A M. CHANTEREAU
INTENDANT DES FORTIFICATIONS
Versailles, 3 may 1675.
Je vous feray sçavoir au premier jour si le Roy veut abandonner sa forest de Saint-Gobain pour y prendre les 9,09a arbres pour tous les ouvrages de charpenterie qui sont à faire à La Fère; mais il aurait esté bien nécessaire que vous m'eussiez, fait un mémoire9 par estimation de la dépense de ce à quoy monteront tous les ouvrages de charpenterie des deux manières, c'est-à-dire par estimation combien il faudra de cents de bois,
• Les observations de Colbcrt portèrent leurs fruits. Il en exprimait ainsi sa satisfaction à l'intendant, le 10 du mois suivant :
m Comme je sçais bien que les gains que les entreprentMirs ont faits cy-devant ont esté immenses, je n'ay pas esté surpris de ta diminution que vous y avex encore faite, et je ne doute pas que , par le soin et l'application que vous donnent ensuite , vous ne trouviez des moyens de faire faire quelque rabais. C'est à quoy je vous prie de vous appliquer toujours soigneusement...'' (Dépét Au fortif. 1675, fol. 83.)
1 Ce mémoire ayant été adressé le ao à Colbert. il répondit six jours après a l'intendant :
* J'ay reçu vostre mémoire contenant la réduction des 9,099 pieds d'arbres que vous avex demandés de la forest de Saint-Gobain pour la fortification de La Fère, au cent de solives, mesure de Paris, et j'ay esté surpris de voir qu'il en faille encore 18,7 1 a [solives] pour les écluse* et a 1,388 pour les ponts, grilles et autre* ouvrants, dont la dépense monterait a
1 a5,6i3 livres en les faisant fournir par l'entrt'preneur, et à 56, 000 livres en les prenant dans cette forest, d'autant plus que l'année dernière la plus grande partie des remparts qui ne sont pas rêves tus, furent garnis de Ira is<-s et mis en estât de défense , que la grande écluse fut faite, que les demy-Juoes de la Brosse et de la porte Nostre-Dame furent fraisées et palissadées, qu'il fut fait plusieurs bastardeaux , et que partie des chemins couverts furent palissades. Je vous avoue aussy que je ne puis comprendre que la dépense en monte ides sommes si fortes, l'estimation que le sieur Ferry a faite de tous les ouvrages à faire cette année en général à cette place , suivant le mémoire de M. de Vauban, ne montant qu'à aa'j,s33 livres. Véritablement, comme il n'a pas distingué ni marqué en particulier ce qu'il faudrait pour lesdils bois, je ne le puis connoistre au juste; mais il est facile de voir qu'il n'a jamais pensé que cette seule dépense pust rstre si considérable...- (Dépét dnjorùf. 1 675, fol. 87.)
soit que l'entrepreneur les fournisse entièrement , soit qu'il les prenne dans ladite forest , afin que Sa Majesté pust connoistre à combien ils monteront, sur le pied de 33o livres le cent pour les écluses et de 3oo livres pour les autres bois, les faisant fournir par l'entrepreneur, ou de 1 ho livres en les prenant dans ladite forest. Au surplus, je vous recommande toujours la diligence pour avancer les trois places dont vous estes chargé.
Je vous avoue que je trouve un peu délicat qu'il n'y ayt que le seul Gruge qui se rende entrepreneur de tous ces ouvrages. Je trouve mesine que le cent de bois mis en œuvre est bien cher à 33o livres1. Vous devez prendre garde que la bonne opinion qu'on a de l'habileté de Gruge n'augmente pas trop le prix des ouvrages dont il se charge. Je crois que , quand il gagnera 1 a , i5 ou ao livres pour cent de bois plus qu'un autre, il est bon de le dissimuler; mais si cela alloit à davantage, il faut d'autres entrepreneurs. C'est à vous à y prendre garde.
(Dépôt des fortiOcatioiu, Mm. so5 , i675, fol. 74.)