A M. DE BRETEU1L
INTENDANT A AMIENS
(Lettre originale.)
Saint-Germain , 10 may 1675.
Encore que vous soyez averty depuis longtemps que le Roy s'en va à Péronne, et que je ne doute pas que vous n'ayez bien fait avancer les travaux de cette place, je ne puis m'empescher de vous dire que vous fassiez en sorte que Sa Majesté soit satisfaite, non -seulement de lestât auquel ils sont, mais mesme du grand nombre d'ouvriers qu'elle doit trouver sur l'atelier, afin qu'elle puisse connoistre qu'ils avanceront encore beaucoup davantage à l'avenir que par le passé.
Et quoyque Sa Majesté ne passe pas à Saint-Quentin, comme elle s'informera soigneusement de Testât auquel sont les travaux de cette place, dont vous connoissez la conséquence, je vous prie de donner tous les ordres que vous estimerez nécessaires et de préparer mesme les plans et mémoires
pour eu bien faire conuoistre Testât à Sa Majesté et pour la persuader par le grand nombre d'ouvriers qui y seront employés que tous les ouvrages qui sont à y faire cette année s'avanceront autant qu'elle le peut désirer.
Pour cet effet, je donne ordre au trésorier des fortifications de vous remettre 3o,ooo livres, et 90,000 au mois de juin prochain, afin que vous puissiez avoir du fonds jusqu'à la fin dudit mois de juin *, néanmoins, si ces deux sommes ne suffisent pas, en m'en donnant avis, je vous en enverray davantage.
J'ay reçu tous les marchés que vous m'avez envoyés. Je les verray et les examinera), ne doutant pas que vous n'ayez pris toutes les précautions possibles pour avoir de bons entrepreneurs et au meilleur marché qu'il vous a esté possible1.
Pressez toujours les entrepreneurs de Doullcns, parce que cette place estant la plus importante, il faut y donner vostre plus grande application et soin.
Le Roy ayant examiné le mémoire donné par M. le duc d'Elbeuf 8 pour bastir des redoutes sur la rivière d'Autbie'et les faire garder par les officiers et gardes de la ferme générale des gabelles, Sa Majesté m'a ordonné de vous dire qu'elle veut qu'aussytost que M. le duc d'EILeuf sera dans la province et que Sa Majesté en sera partie, vous alliez avec luy visiter tous les lieux et endroits de cette rivière où ces redoutes peuvent estre baslies pour empescher le passage aux ennemis4 et exempter par ce moyen de toutes contributions tout le pays qui est en deçà. Aussytost que M. le duc d'Elbeuf et vous aurez vu clairement que le bastiment de ces redoutes empeschera les ennemis de pouvoir passer cette rivière, Sa Majesté veut que n fassiez marquer les endroits et en mesme temps en fassiez faire
1 Le 90 du mois précédent , Collicrt lui avait en effet recommande' de porter lea entrepreneur* i faire des rabais considérables et a se charger des ouvrages au plus juste prix, en ayant soin s de tenir soigneusement la main a ce que les marchés fussent exécutés ponctuellement et avec grande diligence.* (flgFp. à M. de Brtteuxl , 1 675 , pièce n* 1 06. )
* Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, né en 1690, servit dès 16Û 1. Successivement maréchal de camp en 1666, lieutenant général en 16A8, il fut nommé en i659 gouverneur général de la Picardie et de l'Artois, en survivance de son pore , et n'en eut les provisions qu'eu ifi'i-j. Mort le h mai 1609.
' Cette rivière forme, dans presque tout son cours, la limite entre les départements de la Somme et du Pas-de-Calais.
* Ces précautions avaient bien leur importance, puisque le fait était déjà arrivé, comme l'indique la lettre de Colbert du 1 8 janvier 1 675 :
« Le Roy a fait expédier l'arrest cy -joint pour faire le procès aux accusés d'avoir passé sur la rivière d'Aulbic des ennemis de l'Eslat et des faux-saunier*. Su Majesté m'a ordonné de vous dire que, comme ce crime pourrait avoir de dangereusessuitess'iln'estoit sévèrement puny, vous fassiez ponctuellement 1 en sorte que l'exemple de ces coup tienne les autres dans le devoir... 1
un devis el les marchés, et commencer à bastir sans aucun retardement1.
(Bibl. du Corps législatif, Mm. B' i3. Dépéehn <UU eowrAM.it Bnrtntf, 1679,
pièce n* i3o.)