‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 97 sur 470 · A M. DE BRETEUIL · texte numérisé non relu

A M. DE BRETEUIL

INTENDANT A AMIENS

Sceaux, «6 ma; 1675.

J'ay reçu vos dépcsches des 1 1 , 1 a et 1 9 de ce mois. Pour la proposition que vous me faites concernant la perte que vous croyez que l'entrepreneur des terres de Doullcns fait sur les travaux qu'il a entreprisse vous diray seulement, pour maxime générale, qu'entrant dans le détail autant qu'il est nécessaire pour vous empescher d'eslre trompé, et prenant toutes les précautions possibles pour le service du roy, vous connoistrez facilement si un entrepreneur est habile, non-seulement pour la solidité des ouvrages qu'il fait, mais mesme pour la bonne conduite, d'autant que tel entrepreneur se ruine à un quart davantage du prix des ouvrages, et qu'un autre se sauve et peut-estre s'enrichit à un quart moins, parce qu'il dispose bien ses ouvriers et prend garde qu'ils ne perdent aucun temps.

Ainsy, lorsque vous serez persuadé par vos propres connoissances de l'habileté et de la bonne conduite d'un entrepreneur, vous devez faire en sorte qu'au moins il ne perde pas sur les ouvrages. Et pour appliquer cette maxime générale à la proposition que vous me faites, vous pouvez sans difficulté faire le marché pour le retranchement des terres de l'esplanade audit entrepreneur, et par ce moyen le mettre en estât de ne pas perdre sur les autres ouvrages qu'il a entrepris.

A l'égard des ouvrages de maçonnerie de la place de Doullcns, je suis bien aysc que vous soyez satisfait de ia conduite de l'entrepreneur Gruge. Prenez les mesmes précautions que je vous ay marquées à l'article précédent pour qu'il ne gagne pas trop el qu'il travaille avec solidité. Cepen-

1 Le 90 juillet suivant, Colbert annonçait a M. de Breteuil que «le Roy avoit fait fonds de 1 9,000 livres pour les redoutes à élever sur la rivière d'Authie, suivant les mémoires de M. le doc d'Elbeuf, qui assurait qu'elles ne reviendraient pas à plus de 8 à 900 livres chacune.» Puis il ajoutait :

« Pour abréger, je »ois |»r vos lettres qu'il y

a dix redoutes à i,65o livras chacune, et comme je ne doute pas que le Roy n'approuve ces dépenses, vous pouvex les faire commencer toutes afin que tout le pays que cette rivière rouvre puisse estre garanly des courses des ennemis.» (Dép. à .W. de Breieuil, 1675. pièces n" i5

et,7r,.)

dant, comme cette place est à présent une des plus considérables du royaume et des plus exposées , je vous recommande toujours de tenir soigneusement la main que les ouvrages avancent avec grande force et vigueur.

Au surplus , je vous prie de prendre un soin particulier des travaux de Saint-Quentin et de Péronne, et de ne pas manquer de m'cnvoyer à la fin de ce mois un mémoire exact de ceux qui ont esté faits cette année auxdites places, afin que j'en puisse rendre compte au Roy, et à l'avenir d'observer cet ordre à la fin de chacun mois.

Lorsque vous aurez besoin d'argent, ne manquez pas de m'en donner avis huit ou dix jours avant que le fonds vous manque , afin que je puisse pourvoir à vous en faire remettre diligemment.

(Bibl. du Coq» législatif, Mss. B* i3. Dépêche» de ta cour à M. de Bit tend, «676, pièce n' i36. - Dépôt des fortification», M«. ao5, 1676. fol. 85.)

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