‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 116 sur 486 · AU SIEUR DUMAS · texte numérisé non relu

AU SIEUR DUMAS

COMMISSAIRE DE MARINE AU HAVRE

Saint-Germain, no janvier 1670.

Je vous avoue que vostre dernière lettre ma donne* un grand déplaisir. Je vois un vaisseau du roy, tout neuf, perdu dans un port et dans une rade que Ton tasche, avec une dépense incroyable, de rendre bons; et cependant, il faut que nous soyons assez malheureux d'y perdre un vaisseau «Je celte qualité-là, et dans un temps qu'il est destiné à un voyage pour lequel il est impossible d'en substituer un autre en sa place1.

Je ne puis m'empescher de vous dire qu'il est bien difheile qu'il n'y avt un peu de vostre faute ou de vostre négligence, vu que, dans une saison comme celle-cy, vous deviez prendre toutes les précautions imaginables pour éviter un si fascheux accident; et vous ne pouvez pas vous excuser d'avoir laissé coucher à terre les deux capitaines au préjudice de l'ordonnance du roy du q. mars, qui a esté publiée dans tous les ports, qui le leur défend expressément tant que leurs vaisseaux sont en rade2.

En un mot , je ne sçaurois assez vous exagérer combien cette perte a esté sensible à Sa Majesté, le préjudice qu'elle fait à son service, ni combien elle me touche en mon particulier. S'il n'y a point d'autre remède que d'en sauver les agrès et le canon, il faut y travailler sans perte de temps; mais s'il se pouvoit qu'on pust le relever, ce seroit quelque matière de consolation. Enfin, ne sçachant les suites de cet échouement, je ne puis vous donner d'ordre précis sur ce sujet, mais je sçais que vous devez (enter toute sorte de moyens pour en retirer tout ce que vous pourrez 5. . .

(Arch. delà Mar. Dtptehe* concernant la marine, 1670, fol. 33.)

«ns celle lettre pour vous dire que nostr*' intention est que vous ayez à les enregistrer incessamment, et le contenu en icelles Tarder ei observer selon leur forme et teneur. Car te) est nostre plaisir...- ( Ordre» du roi, loi 55.)

1 Ce vaisseau était destiné à faire partie de iWâdre des Indes. — Voir la pièce suivante.

On Kt, au sujet de ce naufrage, dans le imionnaire géographique de Malte-Brun :

•-C'est sur la pointe du Hoc que, vers la fin ■lu trii* siècle, le Rouen, vaisseau de 70 casons, tint en sortant du Havre s'abîmer dans ^s «abtes mouvants, sans qu'on en put rien auver. Ce navire, dont on a vu près de vingt

ans l'extrémité du grand mât s'élever au-dessus do la mer, est célèbre par les dilapidations auxquelles sa construction donna lieu.»

" Voir,àl'/lpj>efwttc«,Ordonnancedu 1 Amant 1669. — Voir aussi pièce n° ao4.

' Colbert écrivait le même jour à M. de Seuil :

«Nous avons fait une perte très-considérabli' en perdant le vaisseau le Rouen, tout neuf, qui a échoué dans la rade du Havre-dc-Grâcc |>arce que le capitaine n'avoit pas couché à son bord. Celte faute, qui ne demeurera ps impunie, doit servir d'exemple à tons les officiers de marine, et vous devez bien prendre garde de ne jamais laisser coucher à terre au-

INTENDANT A ROCHEFORT

Saint-Germain, 37 janvier 1670.

Le vaisseau le Rouen a péry et ne peut estre remplacé de deçà , ainsy que vous le sçavez bien, pour l'escadre des Indes; et, comme il ne le peut estre non plus de delà, je crois qu'il faut se contenter seulement de cinq vaisseaux et de deux flustes. Le principal consiste à les faire partir promptement, vous avouant que la longueur du temps que toutes nos escadres demeurent dans les ports sans en pouvoir sortir est ce que j'estime de plus fascheux et de plus terrible dans toute nostre marine.

Nous avons reçu hier par nos Esclielles de Levant des lettres de MM. do Faye 1 et Caron2, directeurs de la compagnie des Indes, qui sont à Surate, qui nous disent affirma livement que, tant que nous ne ferons point partir nos vaisseaux dans le cours du mois de décembre, ils perdront toujours six, sept et huit mois de temps, et que la dépense de ce retardement consommera toujours tout ce que l'on pourroit gagner d'ailleurs. Considérez bien de quelle conséquence cela est, et estudiez bien les moyens de remédier à tous les inconvéniens qui peuvent arriver à nos vaisseaux si nous ne trouvons moyen de les mettre plus promptement en mer. Il en est de mesme de toutes les autres escadres.

A présent que nous voyons à peu près la fin de toutes nos constructions, c'est-à-dire que nous pouvons faire estât au commencement de l'année prochaine du nombre de vaisseaux que nous voulons , il faut nous appliquer avec tous les soins possibles à polir nostre marine, et le principal consiste

' De Fayc, marchand de Lyon. Il

rade . . . » choisi par les négociants de cette ville

Un autre sinistre arriva dans le même port représenter dans les Indes, où il alla en qua-

peu de temps après, et Golbert en manifestait lité de directeur de la compagnie.

son mécontentement au sieur Dumas, 1 François Caron fit d'abord un long sé-

le a8 février : jour au Japon pour le service de la 1

« L'échouement du vaisseau le Sauveur, après hollandaise des Indes

la perte du Rouen, n'a pas été une nouvelle fita des tracasseries que lui suscita sa compa-

fort agréable au Roy, et assurément , si de pa- gnîe pour l'attirer en France , et lui offrit, bien-

; , Sa Majesté ne tôt après . la direction de la compagnie des Inde*

pourroit se dispenser d'abandonner le Ha>re- orientales. En celte qualité, Giron s'établit a

de-Grâce, et de n'y plus faire aucune dépense. Surate, puis à Ceylan; mais, sa probité ayant

a Je trouve que vous excusez bien facilement été soupçonnée, il fut renvoyé en France par

le capitaine Raisin , et je ne vois pas sur quel M. de La Haye. Le navire qui le ramenait li 1

vu qu'un capitaine doit répondre naufrage dans la rivière de Lisbonne , le 5 avril

qui luy est confié jusqu'à son dé- 1673, et Caron périt avec une grande partie

. . 1 (Dép. «me. la mar. fol. 109.) de l'équipage.

ET GALÈRES. m

à mettre promptcmcnt en mer nos escadres. Pour cela , il me semble que nous devons toujours éviter d'armer une mesme escadre en deux ports différens, et qù'à l'avenir il faut que Rochefort fournisse une escadre entière elque Brest fournisse l'escadre suivante; peut-eslre que dans peu le Havre H Dunkerque en pourront aussy fournir une à leur tour.

A présent que le temps est plus doux, pressez toujours vos constructions et faites en sorte que tous nos vaisseaux soyent achevés cette année, s'il est |N>ffibIe.

(Arcb. de la Mar. Dépêchée concernant la marine, 1670, fol. 43.)

Page 1