‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 121 sur 486 · COMMISSAIRE DE MARINE A SAIIST-MALO · texte numérisé non relu

COMMISSAIRE DE MARINE A SAIIST-MALO

Saint-Germain, a6 février 1670.

Les habitans de Saint-Malo se plaignent que l'on a compris dans les classes de l'enrôlement les officiers dont ils se servent pour la pesche des morues, comme caplaniers, saleurs, ouvreurs et décolleurs, sans lesquels leurs navires ne peuvent aller en Terre-Neuve. D'autant qu'il est important de ne pas oster les moyens de continuer cette navigation, le Roy veut que ces sortes d'officiers soyent exceptés de l'enrôlement général , et que , de concert avec les échevins de ladite ville, vous en fassiez un rôle particulier pour en faire mention dans la classe de cette année, pourvu toutefois que vous soyez assuré que ces gens-là ne sont nullement propres à servir sur les vaisseaux de Sa Majesté ainsy qu'ils l'ont assuré, et qu'ils ne servent point pendant le voyage à la manœuvre des bastimens qui vont à la pesche. En ce cas, il ne faudra point les décharger de l'enrôlement, mais leur permettre le voyage de Terre-Neuve cette année seulement.

J'en écris au marquis de Coëtlogon, que je crois présentement à Rennes, alin que rien ne se fasse sur ce sujet sans sa participation. J'attends les rôles imprimés des quatre classes de son département pour prendre Tordre de Sa Majesté pour le fonds de la demy-solde de la première, remettant à m'expliqucr alors de ses intentions sur les permissions qui pourront estre accordées aux matelots de cette classe pour faire de petits voyages le long des costes et de port en port, pour leur donner moyen de subsister plus aysément. Cependant ne perdez point de temps à faire imprimer lesdits rôles, s'ils ne le sont pas encore2.

( Arch. de la Mur. Drpécket concernant la marine , 1670 , fol. 97.)

1 Philibert de Narp ou de Narpes, rommisaire de marine à Brest, en 1 668 , puis à Sainl-Malo. Morl à Rochefort, en 1679.

(jOiDert écrivait a ce sujet au marquis uc Coftlogon, le a 1 du mois suivant : «rapprends, par les lettres que j'ay reçues de Bretagne par le dernier ordinaire que, si l'exemption demanda ponr les officiers de la pesche des morues avoit lieu, à peine pourroit-011 s'as- «jivr, dans le nombre considérable de mate- IrHs qui sont de la première classe, qu'il y en

eust assez pour former les équipées de six vaisseaux. Mais je veux croire que vous avez remarqué que le Roy n'avoit accordé cette exemption qu'en cas que ces sortes d'officiers de la pesche ne servissent point à la uiaixcuvre et que, n'y en ayant point qui n'y serve, vous n'aurez pas passé outre, vu que ce seroit oster du service les meilleurs officiers mariniers et matelots de celle classe. . .» ( Dtp. eonc. lamar. fol. i65.)

\àà. — A M. ARNOUL,

INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE

De. . . 98 février 1G70.

J'ay reçu vos lettres des 8 et 1 1 février. Je trouve bien des inconvénicns dans l'exécution de ia proposition que vous faites d'avancer aux bonnevoglies des galères que vous avez engagés leur solde pour les huit mois de campagne; car, outre que le Roy s'obligeroit de faire une dépense considérable pour cette avance, j'appréhende que cela ne produisist un effet tout contraire à celuy que vous en attendez, et que, bien loin d'engager plus fortement ces bonnevoglies au service, cette avance ne leur donnast matière de le quitter entièrement pour aller dans d'autres royaumes et profiter de l'argent qu'on leur aura donné; parce que, comme nous n'avons point de lois en France, comme dans les autres Estais, pour pouvoir obliger un homme à demeurer toute sa vie en galère, et que l'on ne peut mettre à la chaisnc ces bonnevoglies, il est certain que la grande facilité qu'ils ont de se sauver et l'envie de gagner en feroit déserter plusieurs, et il arriveroit que le Roy, perdant un bonnevoglie, non-seulement perdroit un homme propre à la rame, mais mesme un bon sujet.

Nous ne pouvons pas, en cette occasion, nous servir de l'exemple des autres Estats, où l'on est bien ayse de leur avancer leur paye pendant plusieurs mois, parce que à Gênes on les met à la chaisnc, et à Malte ils ne peuvent se sauver qu'en s'embarquant sur les vaisseaux de l'Ordre.

Examinez bien toutes ces raisons et ne manquez pas de m'en mander au plus tosl vostre sentiment *.

( Arch. de la Mar. Dépêche» concernant les galère», «670 , fol. 3o.)

■ Peu du temps après, Colbcrt écrivait au même intendant :

«Je vois par vostre lettre te» diligences que vous faites pour maintenir les bonnevoglies que vous avez levés et en augmenter le nombre jusqu'à 80 pour ebaque galère. Sur quoy je vous diray que je souhaite fort que cet eslablisaement, en la forme que M. le Général et vous l'avez projeté, réussisse; mais je suis obligé de vous dire que tous les gens habiles en galères, et l'expérience mesme de tous les Estais qui eu ont, peut raisonnablement faire douter de ce succès, tous généralement soutenant qu'il n'y a que le baston et la chaisnc qui puissent

servir à une aussy dure manœuvre que celle-là , et que vous courez risque, après avoir entretenu de ces bonnevoglies pendant Pbyver, de trouver une grande diminution lorsque voos aurez à mettre les galères en mer; et de plus, à l'égard de ceux qui se résoudront au service , les comités n'auront pas la mesme liberté de les faire agir, ni le mesme pouvoir qn'ih» ont sur les esclaves et les forçats.

«Quant à l'exemple des autres Estais, mm sçavez bien que les bonnevoglies de toutes le» nations estrangères ne sont bonnevoglies que de nom et qu'ils sont enchaisnés comme les forçais, et qu'ils ne peuvent jamais sortir qu'en

Page 1