A M. D'INFREVILLE
INTENDANT DE MARINE A TOULON
Saint-Germain, 99 mars 1670.
J'ay reçu vostre lettre du 1 8 de ce mois. Si les boulets creux ne réussissent pas, il ne faudra pas s'en servir; mais, si dans les secondes épreuves que vous en devez faire ils ont quelque effet, il ne faudra pas les négliger, v ayant beaucoup d'apparence, vu les autres épreuves qui en ont esté faites ailleurs, qu'ils ne seront pas inutiles, surtout lorsqu'ils ne traverseront pas le corps d'un vaisseau et qu'ils seront arrestés dans le bois '.
Je vous ay écrit plusieurs fois qu'il ne falloit point acheter, s'il estoit possible, aucunes marchandises propres à la marine venant des pays estranfjers, surtout quand nous pourrions en trouver dans le royaume. Cependant j'ay appris que vous aviez acheté 8 à 900 quintaux de goudron du Nord. Vous jugez bien vous-mesme que ce n'est pas le moyen de mettre en valeur celui de Digne et de Vidauban 2, ni d'obliger les particuliers à perfectionner celte fabrique, si on préfère celuy que les Hollandois apportent. Pour raoy, je suis persuadé qu'on en peut faire en Provence d'aussy bon •]ue dans le Nord et qu'il faut s'en servir par préférence à l'autre. Je crois que vous voudrez bien en cela vous conformer à l'intention du Roy, qui en un mot veut se passer des estrangers pour tout ce qui regarde la marine 3.
( Arch. de la Mnr. Dépêches concernant la marine, 1670, fol. iB».)
1 Voir pièce n" 1 a 1 .
1 Département du Var, arrondissement de
1 Dans sa lettre du 90 mai suivant au sieur LtpT, Colbcrt renouvelait cette recommandation :
«Sur ce que vous mavei oy-devant écrit que M. d'Infreville avoit préféré du goudron de Hollande à celuy de Digne et de Vidauban,je *w$ ay fait réponse que le Roy ne vouioit point Absolument qne l'on en achetast d'autre que de. celuy qui se fabrique en Provence.
«•Je tous diray donc que, non-seulement à I égard du goudron , mais mesme de toute autre
'-~li.iii.liv- propre I h marin»-, il faut géné- ^roenl observer de s'en fournir dans le uyaurae, plutost que d'eu prendre desestrangm, quand bien mesme ces dernières seroienl • quelque chose de meilleur marché; estant
important pour mettre nos manufactures on valeur de s'en servir par préférence à» celles du dehors , et de convier par cet exemple les marchands a s'en servir de mesme. { Dep. conc. la mar. fol. 9&9.)
Craignant toutefois que le goudron du Nord valut mieux que celui taonque en rrovenec, Colbert ajoutait: «Si cela estait, je donnerais ordre d'en faire porter à Toulon. Mais auparavant il faut que je sois persuadé que l'on ne peut pas en faire de si bon en Provence. ?> ( Dep. conc. la mar. fol. io3.)
Après avoir reçu toutes les explications qu'il désirait, il écrivit au sieur Léger :
«Je ne veux point faire venir de goudron de Hollande , estant persuadéque , si l'onveut s'appliquer en Provence à le faire aussy lion que celuy du Nord, on peut y réussir de mesme. Examines donc soigneusement, avec ceux qui
MAR1NK