INSTRUCTION POUR LE SIEUR MATIIAREL
CONSEILLER DU ROY EN SES CONSEILS, QUE SA MAJESTÉ ENVOYE AU PORT DE TOULON, POUR FAIRE LES FONCTIONS D'INTENDANT.
[Avril 1670.]
En arrivant sur les lieux, son premier soin doit estre de prendre une connoissance générale et particulière des officiers qui auront à servir avec luy et sous luy dans le département du port de Toulon, pour en envoyer une liste à Sa Majesté, avec son sentiment sur leurs bonnes ou mauvaises qualités, afin qu'ensuite elle pourvoyc de commissions et de brevets ceux desdits officiers qui auront assez de mérite et de talent pour s'acquitter dignement des emplois qui leur seront confiés et auxquels ils seront le plus propres; Sa Majesté se promettant du zèle, de l'expérience et de l'activité du sieur Matharel, que non-seulement il fera ce choix sans autre considération que celle de l'avantage de son service, mais mesme qu'il leur donnera l'exemple pour se conduire avec fidélité et diligence jusqu'aux moindres choses qui regardent leurs fonctions.
Pour rendre lesdits officiers appliqués à leur devoir et particulièrement le garde-magasin et les écrivains préposés aux ouvrages du parc et aux autres travaux du port, il sera nécessaire qu'il fasse de fréquentes visites aux ateliers de constructions et de radoubs et dans les magasins, et que, pour cet effet, il n'affecte point d'heures réglées, qu'il se fasse représenter le registre de réception des marchandises et munitions et celuy de sortie , et qu'il examine si elles sont de la quablé portée par les marchés qui en auront esté faits et les échantillons qui en auront esté donnés ; en quoy il s'est commis de grands abus.
II observera de faire à l'avenir tous les marchés pour lesdites marchandises et munitions en public et en présence du contrôleur de la marine, et d'y appeler les officiers qui auront le plus de connoissance et de pratique des marchandises dont il sera question, pour les examiner et en faire l'estimation; et préférer en cela ceux qui feront la condition la plus avantageuse à Sa Majesté, sans avoir égard à ceux qui pourraient estre propo-
en ont la fabrique, tout ce qui peut se faire nous passer des manufactures estrangères < l pour le rendre d'aussy bonno qualité que celuy particulièrement de celle-cy, dont il se fait si
du Nord , et faites-en faire Ips épreuves. Et, s'il grande consommation dans nos ports.,
y a quelque dépense à faire pour cela, je le feray [Dép. conc. la mar. fol. i35.) — Voir pièr»'
volontiers, n'y ayant rien de si important pour n* 109 ot notes, marine que de nous mettre en estât de
M\spar Icsdits officiers ou par les notaires, qui bien souvent ont quelque îriltost secret en ces sortes de marchés.
En faisant ses visites, il prendra soigneusement garde que les officiers ordonnés pour l'avancement des travaux ne détournent point les sculpteurs, peintres, doreurs, menuisiers, charpentiers, maçons, serruriers, vitriers et autres ouvriers pour leur service particulier, et se fera représenter par les écrivains, toutes les fois qu'A l'estimera à propos, les rôles des gens de journée, qu'il fera appeler devant luy, afin de voir si ceux qui y sont employés sont effectivement dans le travail, ledit sieur Matharef devant considérer ce point comme l'un des plus imporlans de son employ, vu qu'il s'est commis de grands abus sur le fait desdits ouvriers, et que l'on a remarqué que plusieurs ont esté employés à faire des meubles pour lesdits officiers, ou à divers ouvrages dans leurs maisons et terres, au lieu de travailler à ceux du port, où ils passoient toujours comme présens.
Il sera présent aux payemens qui se feront tous les dimanches de chaque semaine aux ouvriers du parc, ne fera payer que ceux qui effectivement auront travaillé pour Sa Majesté, et non pour les officiers, et prendra les précautions nécessaires pour éviter que les écrivains n'en fassent passer quelques-uns à leur profit.
Au sujet desdits ouvriers, il prendra aussy soigneusement garde (pie les commissaires, maistres charpentiers, écrivains, caps-maistres et autres conducteurs de journaliers ne fassent passer à la paye comme bons ouvriers les médiocres et plus foibles pour en tirer une contribution secrète, ce qui est encore une autre sorte d'abus qu'il faut entièrement bannir des ateliers, et qui, outre ce qu'il en couste de plus à Sa Majesté, dégouste les bons ouvriers, qui voyent qu'on ne met pas de différence dans les payerions d'entre eux et les meschans.
Pour eslablir l'ordre et la diligence dans les ateliers du port de Toulon, tant à l'égard des constructions, radoubs, qu'édifices et bastimens, Sa Majesté désire que le sieur Matharel, tous les soirs à l'heure que les ouvriers quittent le travail, fasse assembler au bureau du parc les contrôleur, capitaine de port, commissaires, maistres charpentiers, maistres d'équipages, garde -magasins et quelques-uns des écrivains, pour voir ce qui a esté fait pendant la journée, le travail qu'on a manqué de faire, et résoudre celuy du jour suivant, en marquant à chacun ce qu'il doit faire, [»oiir en rendre compte le lendemain au mesme lieu et à la mesura heure.
Et comme il n'y a rien qui puisse tant contribuer au bien du service de Si Majesté, dans un arsenal de marine aussy considérable qu'est celuy de Toulon, que de porter tous les officiers à concourir unanimement h l'avan-
cernent des ouvrages et à tout ce qui peut estre avantageux au mes me service, Sa Majesté' se promet des soins et de l'application du sieur Matharel qu'il maintiendra une parfaite union entre eux et que, dans l'occasion, il apportera les remèdes convenables pour empescher que la mésintelligence ne fasse de progrès.
Il doit aussy entretenir une bonne correspondance avec les généraux, chefs d'escadre et autres commandans des vaisseaux de Sa Majesté, l'expérience ayant fait remarquer qu'ils ont eu souvent des démeslés avec les officiers des ports à l'occasion du radoub, gréement et armement des vaisseaux qu'ils doivent monter, .où ordinairement ils demandent beaucoup de choses des magasins au delà de leurs besoins. Sur quoy le sieur Matharel se conduira en sorte qu'ils n'ayent aucun sujet légitime de se plaindre, et de ne leur faire rien donner de superflu, leur faisant connoistre combien cette profusion est opposée aux intentions et au service de Sa Majesté.
A l'égard de l'armement des escadres qui seront cy-après mises à la mer au port de Toulon, le sieur Matharel verra avec les commandans à disposer tellement toutes choses, soit pour le radoub, carène et gréement des vaisseaux, ou la levée des équipa'ges, qu'elles soyenten estât dans le mesme temps, en sorte qu'il n'y ayt point de retardement à l'exécution des ordres de Sa Majesté qui seront envoyés sur ce sujet, et que les vaisseaux ne se salissent point dans le port en laissant vieillir la carène, et que, faute d'un bon concert, on ne soit pas obligé à remplacer les vivres inutilement consommés avant leur partance.
Et pour oster tout prétexte de retardement aux capitaines, le sieur Matharel tiendra la main à ce que le garde-magasin et les maistres d'équipages livrent en toute diligence aux écrivains et autres officiers de chacun desdits vaisseaux les agrès, apparaux, ustensiles et munitions contenus dans les inventaires d'armement, arrestés avec les capitaines et les écrivains qui les signeront pour la décharge du garde -magasin et pour faire rendre compte de leur consommation lors du désarmement.
Les vaisseaux estant en rade en estât de partir, le sieur Matharel ira luy-mesme faire les revues en chaque bord et se fera assister des commissaires généraux ou particuliers qui seront prèsdeluy, ne prenant pas seulement garde que les équipages soyent complets, mais encore que les hommes soyent gens d'élite, bien vestus et propres à rendre service, en rebutant ceux en qui il trouvera quelque défaut ou incommodité qui peut se communiquer et gaster le reste de l'équipage, observant d'arresterde sa main le rôle de revue qui sera mis dans le registre de l'écrivain, afin qu'il n\
«oit fait aucune addition ni retranchement dont luy ou les commissaires à la suite n'ayent connoissance, auxquels il fera prendre un double desdits rôles signalés dont il enverra une expédition à Sa Majesté signée de luy, et donnera aux uns et aux autres les instructions nécessaires de ce que chacun d'eux aura à faire pendant leur campagne, pour satisfaire aux devoirs de leurs différens emplois.
Et d'autant que l'establissement des écrivains sur les vaisseaux de Sa Majesté est d'une grande utilité1, et que jusqu'iev il n'a pas produit tout If bon effet qu'elle s'en estoit promis, par le peu de soin qu'on a eu d'v employer de bons sujets, le sieur Matharel apportera toutes les précautions nécessaires dans le choix qu'il en fera, pour empescher qu'ils ne tombent dans le mépris des officiers par leur mauvaise conduite ou par leur ignorance. Et pour cet effet il examinera leurs bonnes ou mauvaises qualités avant que de les instituer; et, en cas que quelqu'un d'entre eux commette quelque faute, il le fera sévèrement chastier: et, s'il arrivoit aussy que les officiers des vaisseaux leur fissent quelque insulte, il en donnera aussytost avis à Sa Majesté, qui, suivant l'exigence du cas, interdira lesdits officiers, ou les fera punir plus sévèrement, son intention estant de maintenir lesdits écrivains etde leurdonner une entière liberté dans leurs fonctions.
Au retour des vaisseaux, et aussytost qu'ils seront en rade, le sieur Matharel doit se transporter dans le bord du commandant, où , après s'estre informé de Testât des vaisseaux de l'escadre, il fera en sa présence rendre compte aux commissaires à la suite et aux écrivains de ce qui se sera passé pendant le voyage concernant le fait de leurs charges, principalement des consommations des choses dont les registres desdits écrivains sont chargés, lesquels ils se fera représenter pour les parapher, afin qu'il n'y puisse estre rien ajouté, et que, d'intelligence avec les officiers mariniers, il ne se détourne à leur profit quelques pièces de cordages ou autres choses qui n'auroient pas esté consommées2. Cette précaution servira aussy à reconnoistre
1 Le s i janvier précédent, Colbert écrivait M. d'Infrcville sur les précautions qu'il se roi t
m Heur Léger : «Prenei garde qu'il n'y ayt bon de prendre au désarmement des vaisseaux
p»int d'écrivains inutiles. Envoyez-moy un rôle du roy pour empescher que lés ofliciers mari-
d.> rrux employés au porl de Toulon et de leurs niors et les matelots ne délournent et ne ca-
II faudra à l'avenir observer de n'y chent, comme ils ont coustume de faire, une
que des enfans de bonne famille, qui, parti*? dos agrès, apparaux et munitions.
m «'acquittant bien de leurs devoirs, pourront Comme l'application peut s'en faire de mesnie
parvenir au contrôle ou estre commissaires en Ponant qu'en Levant , j'estime que l'on pour-
<l« marine. . .» ( Dép. conc. la mar. fol. ho.) roit faire un règlement sur M sujet. Mais au-
* On Ml ce passage dans une lettre à Col- paravant je seray bien ayse de scavoir rostre i.-rt (Ii> Terron du commencement de l'année sentiment et s'il n'y auroit rien à ajouter a la
ifi-o: pensée de M. dTnfreville. . . - (/)?/». ronr.
•Je voin envoyé l'extrait d'une lettre de b «NT. fol.
si les écrivains ont fait leur devoir et ont esté soigneux de tenir leurs registres prests et en bon ordre.
Ensuite de quoy, et avant de quitter le bord du commandant, il conviendra avec luy de l'ordre et de la manière du désarmement, par quels vaisseaux il faudra le commencer, et quel nombre à la fois, afin d'éviter la confusion, tant dans le licenciement de leurs équipages, leur emplacement dans la darse, la réception de leurs agrès et apparaux par les olliciers du port, pour les faire porter dans les magasins préparés pour les recevoir avec ordre et propreté, que pour débarquer leurs canons, aflusls et ancres, et les faire mettre dans les endroits à ce destinés dans l'arsenal et les magasins du port.
Pendant ce désarmement, il fera faire un rapport exact à chaque capitaine de la navigation de son vaisseau, contenant les observations qu'il aura pu faire en le gouvernant et le manœuvrant, les défauts qu'il aura reconnus dans sa construction, s'il ne porte pas bien ses voiles, s'il est trop pesant, si cela tient à sa masture ou aux envergures, si l'on a manqué en quelque chose à son dernier radoub, et enfin ce qu'il y auroit à faire pour les mettre en estât d'en tirer un bon service, pour estre ledit rapport, signé du sieur Matharel, dés principaux officiers du port et du capitaine, envoyé à Sa Majesté, qui enverra ensuite ses ordres nécessaires sur ce sujet. Et, à l'égard des défauts qui auront esté remarqués dans la construction, il en donnera avis aux maistres charpentiers , afin qu'ils s'en corrigent à l'avenir et deviennent plus habiles que ceux des autres nations estrangères pour la force des vaisseaux, leur bonne assiette et leur vitesse.
Les capitaines, ainsy qu'il est dit cy-dessus, ayant signé l'inventaire de l'armement de leur vaisseau seront obligés de signer celuy des consommalions au désarmement; et jusqu'à ce qu'ils y ayent satisfait, le sieur Matharel fera retenir ce qui pourra leur estre deu par le trésorier de la marine ou son commis audit port.
Sa Majesté ayant depuis peu déchargé les capitaines du soin de faire leurs victuailles 1 et en ayant chargé le sieur Jacquier, munitionnaire de ses armées navales, le sieur Matharel appuyera de toute l'autorité qui luy est commise cet establissement contre lequel la plupart des capitaines ne manqueront pas de faire naistre plusieurs difficultés dans la réception des victuailles qui leur seront fournies, ou d'exciter leurs équipages à se plaindre pendant la campagne. Sur quoy Sa Majesté désire qu'il leur fasse connoistre que les premiers qui s'opposeronl à cet establissemen!
* Voir i« V Appendice, Ordonnance du 't mars 1670.
par de mauvaises voyes, ou qui feront insulter les commis dudit Jacquier directement ou indirectement, seront cassés sans retour. Mais, pour leur ostcr tout prétexte de s'en plaindre, le sieur Matharel leur fera donner avis d'assister à la visite qu'il fera desdites victuailles avant qu'elles sovent embarquées, afin que, s'il s'en trouve de mauvaise qualité, elles soyent rebutées, et que Ton soit assuré qu'il y en aura la quantité suffisante pour le nombre d'hommes qui "sera dans leur bord pendant tout le temps qu'ils seront à la mer.
A l'égard des vaisseaux qui seront désarmés dans le port, il tiendra soigneusement la main que les officiers qui les ont en leur garde s'acquitteut bien de leur devoir en veillant continuellement sur leurs gardiens |>ar de fréquentes visites pendant le jour et des rondes pendant la nuit, voir s'ils lavent bien lesdits vaisseaux d'eau de la mer deux fois le jour, surtout lorsqu'ils ont esté mouillés d'eau de pluie, s'ils sont bien calfatés et couverts de prélarts, et leurs masts chaperonnés et goudronnés, en sorte qu'ils ne puissent estre endommagés de l'eau douce, ni de l'ardeur du soleil.
Sa Majesté faisant descendre une quantité considérable de bois de la province de Bourgogne, et faisant aussy acheter du bois tors en Provence, pour la construction de ses vaisseaux au port de Toulon , et n'y ayant pas autant de place qu'il seroit à désirer pour les placer commodément, elle veut que le sieur Matharel donne une application particulière pour les faire bien ranger; en telle sorte que, mettant chaque espèce de pièces en pile l'une sur l'autre et en bon ordre, il se puisse trouver assez d'espace dans ledit parc et dans les endroits les moins incommodes pour les placer et arranger toutes, observant de mettre au-dessus de chaque pile des appentis ou couvertures légères pour les garantir du soleil et de la pluie, en ''(tendant qu'on ayt basly des remises pour les mettre à couvert.
11 apportera aussy les précautions nécessaires pour la conservation des masts, soit en les faisant mettre en des fosses d'eau salée, ou sous des han- }jars, ou, faute de l'une ou de l'autre commodité, les faisant couvrir de planches, en sorte qu'ils ne puissent estre endommagés par la trop grande ardeur du soleil, qui les fait ouvrir, ou par l'eau de pluie, qui les pourrit.
Il observera de mesme de faire ranger en bon ordre tous les canons, ancres, boulets, affusts, madriers, planches de sap et de Prusse, bois propres pour les sculptures, poulies, pompes et affusts, et autres choses «fui se trouveront en divers endroits du parc , afin qu'on puisse les trouver facilement lorsqu'on en aura besoin.
Il aura aussy un soin particulier de faire ranger en bon ordre chaque «'spèce de marchandises et munitions; en sorte que les estrangers, en voyant
l'arsenal de marine du port de Toulon, soyent persuadés que les François sont capables, par leur application, d'autant d'ordre qu'eux, et qu'à l'avenir, s'il est possible, ils viennent en France pour apprendre de nous ce que nous avons appris d'eux jusqu'à présent.
L'augmentation des canonniers des vaisseaux de Sa Majesté consistant à les tenir dans un perpétuel exercice, le sieur Matharel travaillera à en former un corps de quatre ou cinq compagnies de cent canonniers ebacune, qui seront entretenus à son service au port de Toulon, à la teste desquels Sa Majesté mettra un commissaire général d'artillerie ou quelque autre officier, pour leur faire faire continuellement la manœuvre et l'exercice du canon. Et, pour les exciter à devenir les plus habiles de la mer, Sa Majesté donnera des prix de temps en temps à ceux qui auront tiré le plus juste à la butte destinée pour cet exercice, où il sera bon qu'il assiste de fois à autres pour les encourager et les exciter à mieux faire l.
Il doit aussy estre informé que le moyen le plus seur pour avoir d'excellens charpentiers et en grand nombre est, non-seulement de porter les pères à instruire leurs enfans dans leur métier, mais encore de les obliger à élever d'autres jeunes garçons qui puissent devenir habiles et servir un jour à la construction des vaisseaux de Sa Majesté, comme aussy il prendra garde que les autres maistres de chaque métier qui travaillent dans le parc ayent soin d'instruire leurs apprentis.
Sa Majesté estant informée que la plupart des pilotes qui servent sur ses vaisseaux en Levant et particulièrement les Provençaux ne sçavent leur métier que par routine, n'ayant jamais eu aucune connoissance de l'hydrographie et ne sçachant pas mesme écrire, ni l'arithmétique, elle désire que le sieur Matharel establisse une école d'hydrographie au port de Toulon pour l'instruction desdits pilotes, et une école dans le parc pour enseigner gratis les enfans des pilotes et matelots à lire, à écrire et l'arithmétique, en sorte qu'ils soyent mieux disposés que leurs pères à apprendre l'hydrographie et le pilotage.
Par le moyen des vaisseaux que Sa Majesté fait bastir cette année, elle aura le nombre de 1 10 vaisseaux de guerre, dont elle veut bien se con-
1 Colbert faisait les mômes recommandations à son cousin deTcrron , le a 1 avril 1 670 :
f Appliquez-vous à rétablissement des canonniers, estant bien nécessaire d'en former el d'en avoir toujours un grand nombre des meilleurs de l'Europe. Nous n'avons pas ù présent d'eslablissemcril plus important cl plus nécessaire à faire que celtiy-là
Et quelques jours après : « Il est aussy
très-nécessaire que vous establissiei à Roche fort une école d'hydrographie et de canonniers. H faut avoir toujours dans les ports 4 ou 5 00 bons canonniers, outre tous ceux qui serviront sur les vaisseaux du roy..."> cunc. la mar. fol. lyti et a 10.)
(enter pour le présent. Après quoy elle n'en fera plus bastir à Toulon que deux par chaque année de ko à 5o pièces de canon chacun, avec deux bruslols ou frégates légères de 3o pièces de canon chacune, qui seront destinées pour servir de bruslots dans les corps d'armées navales et de frégates légères contre les corsaires, et mesme, en cas de nécessité, pour porter des vivres à la suite des escadres et des galères, le sieur Matharel devant faire l'une de ses principales applications à perfectionner iesmaistres charpentiers, à se corriger des défauts remarqués dans les précédentes constructions, et à se rendre sçavans et pratiques en la construction de toutes sortes de vaisseaux.
Le sieur Matharel sera informé que, outre le bois nécessaire pour construire ces quatre vaisseaux, le Roy veut en avoir toujours dans son parc de Toulon suffisamment pour bastir vingt vaisseaux de guerre, s'il est pos- >ible, avec six magasins bien et commodément construits pour y mettre toutes les marchandises et munitions propres, tant pour la construction et garniture desdits vingt vaisseaux , que pour le radoub de ceux qui sont audit port, ou qui y doivent rendre le bord.
Avant que de prendre une dernière résolution sur la construction desdits magasins, le sieur Matharel examinera soigneusement les moyens de les rendre faciles et commodes. Pour cet effet, il recherchera les dessins des plus fameux arsenaux de l'Europe et en remarquera les avantages et les défauts pour profiler des uns et des autres. Sa Majesté ne voulant plaindre aucune dépense pour parvenir à avoir plus de commodité et de facilité qu'aucune autre nation dans les constructions, radoubs et armemens de ses vaisseaux.
H observera aussy que, l'intention de Sa Majesté estant de se passer autant qu'il sera possible de toutes les marchandises et manufactures estrangères propres à la marine, il doit préférer celles qui se peuvent trouver dans le royaume, afin d'exciter par le débit les particuliers qui s'y ap- . cliquent à les perfectionner et à maintenir leur establissement. Et, en cas <|uil y en eust quelqu'une chez les estrangers qui ne fust pas encore establie en France , il en donnera avis à Sa Majesté , ainsy que des nouvelles manufactures propres à la marine qui pourront estre inventées, afin qu'ensuite elle donne les ordres nécessaires pour en faire faire l'establissement dans son royaume.
Par la raison cy-dessus de l'exclusion des fabriques estrangères pour l'usage de la marine, le sieur Matharel examinera si le goudron qui se fait à Digne et à Vidauban en Provence est d'aussy bonne qualité que ecluy •|ui vient du Nord , et excitera les particuliers qui s'v appliquent à perfec-
tionner celle manufacture, en sorle que l'on n'en use point d'autre pour les vaisseaux du rov
C'est aussy dans cette mesme vue que Sa Majesté a fait faire plusieurs establissemens de manufactures de marine en Bourgogne et Dauphiné, dont elle a commis le soin et la conduite au sieur Dalliez de La Tour, qui se perfectionnent tous les jours de plus en plus, et par le moyen desquels ses magasins de Toulon se trouvent abondamment fournis de presque tout ce qui est nécessaire à la marine. Le sieur Matharel sçaura que ledit Dalliez doit faire de nouvelles fournitures pendant la présente année, suivant Testât dont il luy sera donné copie, et prendra garde que les officiers du port, par d'autres motifs que ceux du véritable service de Sa Majesté, n'y donnent pas une entière approbation, et contribuera autant qu'il luy sera possible à perfectionner les manufactures et à persuader tous les officiers de marine de leurs bonnes qualités.
A l'égard de la justice, le sieur Matharel l'exercera sur les vaisseaux et dans le parc seulement, suivant les formes prescrites par les ordonnances et le pouvoir qui luy en est attribué par sa commission.
S'il s'agit des ouvriers travaillant dans le parc, ou de quelque différend d'ouvrier à ouvrier, il peut le juger ; et si quelque bourgeois ou autre non officier de marine s'y trouvoit meslé,ou y avoit intérest,il doit laisser agir les juges ordinaires.
Sa principale occupation doit estre d'establir si bien l'arsenal et tous les ouvrages de marine que, toutes les fois que le Roy voudra baslir un nombre considérable de vaisseaux, il puisse y satisfaire promptemenl; eu sorte qu'il n'y ayt point de vaisseaux qui demeurent plus de trois mois sur les chantiers pour les rendre entièrement achevés et prests à mettre à la voile, cette diligence estant absolument nécessaire pour la bonne construction et pour la durée. Il est aussy très-important que tous les vaisseaux qui seront au port de Toulon soyent toujours en bon radoub, en sorte qu'ils puissent estre mis à la mer toutes les fois que le Roy l'ordonnera.
Sa Majesté ayant fait faire l'enrôlement général de tous les matelots et gens de mer dans toute la Provence, elle veut que le sieur Matharel tienne la main à ce que la division desdits matelots en trois classes, pour servir alternativement sur ses vaisseaux, soit soigneusement exécutée; que. de chaque classe, il en soit formé les équipages du nombre de vaisseaux dont les escadres seront composées, et que chaque capitaine de marine prenne soin de chacun des équipages, afin que, toutes les fois qu'il en sera
1 Voir patfi» isS, noie S.
besoin , il puisse estre assemblé en huit ou dit jours. Pour cet effet, il est nécessaire de faire en sorte que l'équipage de chaque vaisseau se trouve dans l'estendue de trois ou quatre lieues de pays, et de proche en proche, s'il se peut.
Et d'autant qu'il n'y a rien qui puisse tant marquer la grandeur et la puissance de Sa Majesté à l'égard de la marine que la grande quantité de bois, masts, canons, armes, munitions et toutes sortes de marchandises à l'usage des vaisseaux, et de tenir le tout bien rangé, le sieur Matharel y donnera une application particulière, en sorte que les eslrangers soycnt portés à venir voir l'arsenal de Toulon par curiosité, et qu'il ayt plus de réputation que ceux de leur nation, sinon dans l'espace, au moins dans le bon ordre.
Il sera nécessaire que le sieur Matharel fasse, dans le mois de septembre de chaque année, un estât de toutes les marchandises, munitions et armes dont il aura besoin dans le cours de l'année suivante, tant pour servir aux constructions, radoubs, gréement et armement des vaisseaux , que pour mettre en réserve dans les magasins dudit port , lequel estât il enverra au sieur Colbert, afin qu'il puisse donner les ordres pour y faire travailler en divers endroits du royaume et les faire voiturer à Toulon.
Il luy enverra aussy à la fin de chaque année un inventaire général de tout ce qui se trouvera dans lesdits magasins pour le faire voir au Roy, afin que Sa Majesté soit informée de lestât auquel ils se trouvent.
Au commencement de chaque année, il arrestera le compte de toutes les dépenses de la précédente, et l'enverra de mesme au sieur Colbert pour estre présenté à Sa Majesté.
Et, comme il y auroit encore diverses choses à ajoutera la présente instruction, Sa Majesté s'assure que le sieur Matharel y suppléera par son expérience et sa capacité, remettant à luy expliquer ses intentions dans les suites sur tout ce qu'il aura à faire pour son service au port de Toulon.
(Areh. de la Mar. Ordres du roi pour la marine, 1670, fol. 6a.)
AMBASSADEUR A LONDRES
Saint-Germain , 11 avril 1670.
Par l'accord provisionnel que vous ave* fait avec M. le duc d'York sur le sujet dessaluts, il est dit que les vaisseaux des deux nations se rencontrant au delà du cap de Finistère ne se salueroienl ni les uns ni les autres.
m MARINE
dépendant Ton a remarqué, par quelques discours fails par des capitaines ou inaistres de vaisseaux marchands anglois, qu'aucuns d'eux pourraient faire difficulté' de saluer les vaisseaux de guerre du Roy ainsy qu'il est accoustumé; et comme les vaisseaux de Sa Majesté se feront saluer, ce qui pourra apporter quelque perte aux marchands anglois, Sa Majesté est bien ayse que, par manière de discours et comme de vous seulement, vous portiez M. le duc d'York à le déclarer aux marchands ainsy qu'il l'estimera à propos, afin qu'ils ne tombent pas dans cet inconvénient.
(Bibl. du Minist. de Hat. M*. Copie de lettrée de Colbcrl, M. 10.1