‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 147 sur 486 · INSTRUCTION AU COMTE D'ESTRÉES · texte numérisé non relu

INSTRUCTION AU COMTE D'ESTRÉES

VICE-AMIRAL DE PONANT

j,5aoust 1670.

Le Roy ayant donné ses ordres pour le désarmement de l'escadre de ses vaisseaux commandée par le sieur comte d'Eslrécs, vice-amiral d»' France, et en mesme temps Sa Majesté ayant fait préparer une autre

' Julien, de Marseille, rlabli en 1G70 c de» bois. Rayé des cadres en 1671»

Arles pour la réception et l'ex-

cadre de neuf vaisseaux de guerre pour estre remise en mer sous le commandement dudit Vice-Amiral, Sa Majesté* a bien voulu luy faire connoistre ses volontés pour lemploy de ladite escadre pendant les sept mois qu'elle doit tenir la mer.

Pour cet effet, ledit Vice-Amiral estant desjà bien informé du contenu en l'instruction que Sa Majesté luy fit donner lorsqu'il sortit des rades de son royaume au mois de février dernier1 pour commander ladite escadre, il suffit seulement de luy rappeler en peu de mots que Sa Majesté veut qu'il s'applique à donner une entière liberté au commerce de ses sujets et qu'il serve à leur bien faire connoistre la grande et puissante protection qu'elle veut leur donner, qu'il paroisse souvent dans les ports et rades du roy catholique pour accoustumer les Espagnols à voir ses forces maritimes -, et qu'il fasse la guerre aux corsaires de Salé jusqu'à ce qu'ils ayent restitué aux sujets du Roy tout ce qu'ils leur ont pris et qu'il les ayt obligés à demander la paix. Et comme ce dernier point est le principal , et que Sa Majesté veut employer tous les moyens possibles pour y parvenir, elle a desjà donné des ordres pour préparer de petites frégates légères, sçavoir la Mlc-hh et la Fontarabie et une tartane, pour joindre à ladite escadre et remédier par ce moyen au défaut de petits bastimens que ledit Vice-Amiral a trouvé dans le premier voyage qui! a fait vers la ville de Salé.

Pour cet effet, Sa Majesté veut que, aussytost que le vent luy pourra permettre, il fasse voile directement vers cette ville avec les neuf vaisseaux de ladite escadre et les trois petits bastimens que Sa Majesté v a fait joindre, et qu'il employé toutes ses forces ainsy qu'il jugera plus à propos pour faire la guerre auxdits corsaires, soit en insultant quelques-unes de leurs places, en les canonnant, mettant pied à terre pour leur enlever des esclaves, soit en mettant ses vaisseaux en rade et les postant de telle sorte que les bastimens des corsaires ne puissent ni sortir de leur ville ni y rentrer, soit en leur donnant chasse et les combattant partout où il pourra les rencontrer.

Pour parvenir d'autant plus seurement à la fin que Sa Majesté s'est proposée, elle veut que ledit Vice-Amiral ne quitte jamais la rade ou la hauteur de Salé, soit en personne, soit en y laissant le nombre de vaisseaux de guerre des escadres qu'il commandera, estimé nécessaire pour tenir cette ville bloquée par mer et empescher que les vaisseaux des corsai d> qui y font leur retraite ou n'en puissent sortir ou n'y puissent entrer sans

1 Voir 1 1 , Boa , pièce n" 78. — 1 Voir II , 5a a , note 1 .

estre pris. Pour cet effet, Sa Majesté donne ordre, dès à présent, au sieur Colbert de Terron, intendant générai de la marine de Ponant, de disposer toujours de petits bastimens pour relever ceux qui seront postés près de ladite ville, mesme d'envoyer deux vaisseaux de l'escadre qui devra eslre mise en mer après que celle qui y est mise à présent aura consommé ses vivres, et de combiner si bien le départ des vaisseaux qu'ils puissent arriver aux costes de Salé avant que ledit Vice-Amiral soit obligé d'en partir pour venir rendre le bord, et ainsy successivement d'escadre en escadre, en (elle sorte que, sans aucune discontinuation, il y ayt toujours des vaisseaux de guerre et trois petits bastimens devant la ville de Salé.

En cas que le sieur d'Estrées n'estime pas nécessaire que l'escadre soit proprement attachée à la garde de l'entrée de la ville, il pourra en envoyer tel nombre qu'il estimera à propos pour naviguer vers les Canaries1, revenir vers le détroit et les caps de Sainte-Marie, Saint-Vincent et Finistère afin de tenir toujours toutes les mers libres, appuyer et donner protection à tous les vaisseaux françois qui y naviguent; et mesme, en cas de quelque besoin, Sa Majesté veut qu'il donne escorte d'un vaisseau de guerre toutes les fois qu'il rencontrera deux ou trois vaisseaux françois ensemble, et mesme un seul lorsqu'il croira en avoir besoin.

Et comme il n'y a rien qui excite tant les marchands d'augmenter leur commerce que lorsqu'ils croyent estre protégés et qu'ils le sont effectivement , et mesme qu'il est nécessaire qu'ils en soyent fortement persuadés , l'opinion faisant quelquefois le mesme effet en cette matière que la réalité mesme, Sa Majesté veut que ledit Vice-Amiral fasse ce qu'il estimera nécessaire pour donner la seureté et la liberté de commerce à tous ses sujets et mesme qu'il affecte de donner comme une escorte à tous les vaisseaux françois qu'il rencontrera et de publier partout l'ordre exprès qu'il a reçu de Sa Majesté pour cela, afin que le bruit qui s'en répandra parmy les marchands et négocians fasse l'effet que Sa Majesté désire.

Elle désire de plus qu'il paroisse , le plus souvent que la guerre de Salé luy pourra permettre, au devant des ports d'Espagne et qu'il travaille toujours à familiariser les Espagnols avec les forces maritimes de Sa Majesté, et à leur persuader qu'il a ordre particulier d'assurer partout le commerce et mesme les voyages des galions et des flottes de la Nouvelle-Espagne.

Dans le cas que son escadre pourra demeurer en mer, s'il pense, sans se départir de la guerre de Salé, qui doit toujours estre préférée à toute autre action, pouvoir envoyer quelques vaisseaux vers les Canaries, au Cap-

1 Voir page Jift, noie.

Vert, en Guinée, pour reconnoistre toujours les mers et les costes d'Afrique, Sa Majesté* non-seulement luy permet, mais mesme sera bien ayse que cela se puisse faire.

En ce cas, il donnera de si bons ordres à ceux qu'il employera dans ces voyages que Ton en puisse tirer toutes les connoissances qui seront nécessaires pour la facilité de la navigation des vaisseaux de Sa Majesté, el pour tout ce qu'elle voudra faire en ces pays-là à l'avenir.

Sa Majesté veut qu'il continue la visite des vaisseaux est rangers pour en retirer les François et les remettre entre les mains des officiers de l'amirauté pour estre punis selon la rigueur de la dernière ordonnance1.

A l'égard des saluts, Sa Majesté le renvoie au règlement qu'elle en n fait et aux ordres contenus en l'instruction précédente à l'égard des Anglois.

(Bibf. Imp. Mm. S. F. 3,oia, Colberi et Sàgnelay. IV, cote IS, fièee h.)

Saint-Germain, 9 aoust 1670.

J'ay reçu voslre lettre du 3 aoust, par laquelle vous vous plaignez que M. de Seuil a donné à d'autres capitaines deux canonniers que vous aviez fait venir du Havre à Brest pour servir sur vostre bord. Il me semble qu'un si petit intérest que celuy-là ne méritoit pas que vous en fissiez des plaintes, n'estant pas impossible d'en retrouver d'autres; et je suis assuré que, pour peu que vous vouliez bien vivre avec luy, il aura toute la disposition pour y correspondre de sa part. Je luy en écris en ce sens, et vous me ferez plaisir en vostre particulier de faire céder ces petits chagrins au bien du service du roy *.

Je crois que vous estes à présent en estât de partir; il est important que vous ne perdiez pas de temps à vous mettre en mer.

(Arch. do ta Mar. Dépêche» concernant la marine, 1 670, fol. 366.)

• Voir, à V Appendice, Ordre du roi du 5 dérembre 166g.

» Colbert écrivait le même jour à de Seuil , en lui prescrivant de faire rendre à du Quesnc les deux canonniers : «Vous devez prendre garde qu'il n'y ayt jamais dans voslre conduite ni chaleur ni emportement pour per-

sonne , d'autant que le service du roy ne peut pas compatir avec aucune passion. Vous dem considérer le sieur Du Quesnc pour le plus habile homme que nous ayons assurément dans II marine ; el encore qu'il eust des défauts , c'est à vous à les souffrir et à faire en sorte qu'il senr agréablement ...*>( Dép. cône, la mar. fol. 365)

INTENDANT A ROCHEFORT

(Copie portant : Do la main de Colbert.)

Saint-Germain, 1 3 aoiusl 1670.

J'ay révoqué Tordre que j'avois donné en Suède, à l'égard des masts du !Wd; ce sera à présent la compagnie du Nord, seule, qui vous en fera venir, et ainsy vous vous expliquerez avec les directeurs du pays et des qualités que vous les demanderez.

Je liray au Roy le mémoire de M. le Vice-Amiral sur tous les jeunes officiers qui ont servy sur son bord.

Nous avons à remplir les charges de major de la marine de Levant et de Ponant; mandez-moy vostre avis sur tous les sujets qui peuvent estre capables de cet employ, et mesme de ceux d'ayde-major. Vous sçavez que le Roy ne veut point qu'un officier possède deux charges.

Sur la quantité de vaisseaux que le Roy a en mer, ou aura à la fin de cette année, qui seront de cent dix et n'augmenteront pas beaucoup à l'avenir, examinez si nous avons assez d'ancres pour les mellre tous en mer, et si nos forges sont capables de nous en fournir suffisamment pour toutes x>rtcs d'arméniens. En attendant que vous les ayez mises en cet estai, si vous estimez nécessaire d'en faire venir quelque quantité de Hollande, je leferay; mais il ne le faut faire qu'à la dernière extrémité. Adieu, je suis tout à vous.

( Arch. de la Mar. Dépêche» concernant la marine, 1670 , fol. 373 )

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