A M. MATHAREL
INTENDANT DE MARINE A TOULON
Saint-Germaiu , 1" amisl 1670.
J'ay reçu vos lettres des 18 et qq du mois passé. Je suis fort étonné que vous ayez trouvé les vaisseaux du roy en aussy mauvais estât que vous dites, faute d'estre calfatés et goudronnés; vous avez bien fait d'y remédier, n'y ayant rien qu'il ne faille mettre en pratique pour les conserver en sorte qu'ils puissent durer au moins trente ans. Appliquez-vous à ce point comme au plus important de nostre marine.
Il est nécessaire que vous ayez toujours une grande provision de goudron dans l'arsenal , parce que c'est une marchandise nécessaire à tout . el dont on ne sçauroit avoir trop. El je suis persuadé que, pourvu que l'on prenne tout ce qui s'en fera dans les montagnes de Provence, la manufacture augmentera et se perfectionnera. Devant vous dire, tant sur ce point que sur les autres qui regardent les marchandises propres à la marine, qu'il faut continuellement travailler à nous mettre en estât de nous passer des estrangers et de n'avoir besoin de rien de chez eux, en cas de guerre.
J'apprends par la dernière lettre du sieur Dulignon que l'on est obligé de faire venir du merrain de Naples pour faire des fustailles. Par la raison que je viens de vous dire, il ne faut rien tirer des estrangers pour nostre marine, surtout quand nous avons ces mesmes choses aussy abondamment qu'eux. Envoycz-moy un mémoire de la quantité et de la qualité qu'il vous faut pour faire travailler aux boutes pour les vivres , et aussylost je donneray l'ordre en Bourgogne pour vous en faire envoyer.
Lorsqu'il vous manquera quelques marchandises que vous croirez ne pouvoir trouver dans le royaume, avant que de prendre la résolution d'en faire venir du dehors, envoyez-m'en un mémoire, et je donneray l'ordre pour vous les faire fournir de quelque manière que ce soit.
Je n'ay point encore reçu de mémoire de vous, de Testât auquel se trouvent les constructions; il est nécessaire que vous m'en envoyiez un régulièrement à la fin de chaque mois, contenant les ouvrages faits à chaque
vaisseau et ceux qui restent à faire, avec le nombre des ouvriers de chaque sorte travaillant sur chacun. Pressez continuellement l'achèvement des vaisseaux qui sont sur les chantiers, et tenez la main à ce que le règlement que je vous ay envoyé* sur ce sujet soit ponctuellement exécuté; et à mesure que vous aurez fait mettre un vaisseau à l'eau, ne manquez pas de faire aussytost poser la quille d'un autre.
M. Duguay me confirme qu'il a fait partir les dernières voitures des bois nécessaires pour la construction des sept vaisseaux de l'année prochaine, et qu'avant la fin d'octobre prochain il enverra en Arles une bonne partie des pièces qu'il faut pour les sept autres de 167s, sans comprendre le bois de deux autres que le sieur Dumont doit livrer sur le bord de la Saône, avant l'hyver prochain. Le commissaire Julien1 m'écrit qu'il y en a la charge de quarante allèges sur le port d'Arles, de sorte que vous voyez qu'il est absolument nécessaire de faire bien ranger une si grande quantité de bois pour éviter la confusion. Vous pouvez, pour cet effet, vous servir du petit parc aux masts, en attendant que, par l'agrandissement de l'arsenal, nous ayons fixé des lieux commodes pour les bien placer; vous réitérant que le Roy en veut avoir toujours en chantier pour bastir vingt navires, outre les bois pour les radoubs.
Je suis bien ayseque lescordiers commencent à reconnoistre que le chanvre de Bourgogne est aussy bon que tout autre. 11 faut surmonter les difficultés qui peuvent estre faites, tant par les ouvriers du parc que par les oûiciers, au sujet des marchandises du dedans du royaume, d'autant que leur intérest particulier leur fait toujours plus estimer celles du dehors dont les prix ne sont pas si bien connus.
(Arch. de U Mar. Dépêches concernant la marin». 1670, fol. 339.)