A M. DE SEUIL
INTENDANT DE MARINE A BREST
Saint-Germain, 16 aoust 1670.
J'ay reçu vostre lettre du 8 de ce mois. L'escadre estant en rade, elles troupes embarquées de ce jour-là, il est important qu'elle parte promptement, si elle ne l'est pas encore, pour se rendre à Belle-Ile, où M. le Vice- Amiral doit la joindre avec les vaisseaux le Rochcfort, le Brave, les deux frégates légères et la tartane. Je luy écris que j'ay donné cet ordre. Ne manquez pas aussy de luy donner avis du jour qu'elle partira de la rade de Brest.
Je suis extrêmement surpris d'apprendre que les équipages de cette escadre auront consommé près de six semaines de leurs vivres avant que de mettre à la voile. Il n'y a rien à quoy vous deviez tant vous appliquer qu'à espargner les jours de vivres et qu'à trouver les expédiens de n'en consommer tout au plus que sept à huit dans les rades, à moins que les vents ne fussent contraires, qui est un mal auquel on ne peut remédier. Vous voyez bien qu'il n'y a rien de si préjudiciable au service du roy que cette inutile consommation de vivres; d'autant que Sa Majesté prétend que ses vaisseaux tiennent la mer sept mois et non pas cinq mois et demy. Pour y remédier, elle a rendu l'ordonnance cy-jointe que vous ferez ponctuellement exécuter2.
Aussytost que la frégate Mercuk sera désarmée, faites promptement
» Les habitants de Bayonne n'obéirent point; à la raison...» (Même provenance que la Irttrt, car, le i5 du mois suivant, Colbert écrivait à fol. A3a.)
de Tcrron : « Il faut une fois mettre cette ville * Voir Isambert , Ane. lois franç. XVIII , 37 1 -
travailler à son radoub, ainsy qu'à tous les vaisseaux que vous avez dans le port de Brest, en sorte qu'ils soyent toujours en estât d'eslre mis en mer, et qu'il n'y ayt plus qu'à leur donner carène , toutes les fois que Sa Majesté le désirera.
J'ay appris le manquement de vivres où quelques-uns des capitaines de l'escadre qui a rendu le bord sont tombés. A présent qu'il y a un munilionnaire général , il faut prendre garde que cela n'arrive jamais.
Je vous ay cy-devant envoyé les noms des deux frégates de cinquante pièces de canon et de deux autres de vingt-huit, que vous m'avez assuré pouvoir faire bastir entre cy et le mois de mars prochain; ainsy vous l>ourrez en faire poser les quilles à mesure que les vaisseaux qui sont sur les chantiers seront mis à l'eau.
Vous pouvez aussy faire construire deux frégates légères de douze à quatorze pièces de canon, mais il faut que Hubac prenne garde de faire quelque chose d'extraordinaire et qu'elles soyent très-fines de voiles.
Quant au grand vaisseau que vous proposez aussy de bastir, il faut auparavant achever ceux qui sont sur les chantiers , et construire les quatre cy-dessus et les deux petites frégates, après quoy Sa Majesté prendra sa résolution sur le nombre et le port de ceux qu'elle voudra faire bastir à Brest.
A présent que vous allez estre débarrassé de l'armement de l'escadre , appliquez-vous à dib'gcnter la construction et le radoub de tous les vaisseaux; à bien policer tout le travail de l'arsenal, afin que ceux qui y sont employés fassent bien leur devoir, et s'instruisent et se perfectionnent chacun dans sa profession.
Travaillons aussy à mettre promptement la seconde forge de grosses ancres en estât de pouvoir en forger bientost. Faites-moy sçavoir combien vous estimez en pouvoir tirer des deux par chacune année, et ce qu'il vous en faudroit en cas que Sa Majesté voulust mettre tous ses vaisseaux du département de Brest à la mer.
Je donne ordre au sieur Pélicot de vous envoyer les ustensiles de forge et les compagnons forgerons que vous luy avez demandés. Observez à l'air de ne luy rien demander pour la marine1; et, lorsque vous aurez in de quelque chose, il faudra m'en faire un mémoire, et aussy tost je donneray l'ordre pour vous le faire fournir.
1 Coll. -M écrivait le 39 mai précédent au c'est un homme à qui je ne veux plus donner
rommisaire Gravier, à Dunkcrque : e Le sieur aucune commission et auquel j'ay défendu
FVIieol m'écrit que vous luy avez demandé expressément de rien envoyer dans les porta
quatre-vingts ou cent pièces d'cslamine blanche pour les magasins du roy sans mou ordre cx-
rouge pour faire des pavillous. Outre que près, nous avons plusieurs manufactures de
11 est nécessaire que vous fassiez promptenient un estât général de toutes les marchandises et munitions dont vous avez besoin pour la fourniture des magasins de Brest pendant Tannée prochaine, et qu'après l'avoir concerté avec M. de Terron vous me l'envoyiez, afin que je donne l'ordre de bonne heure pour y pourvoir.
Le sieur Jacquier m'écrit que vous luy voulez faire payer le fret de mille quintaux de biscuit, qu'il a fait venir de La Rochelle, sur le Saint- Augustin. La chose est de trop peu de conséquence pour luy demander, quoyqu'il y soit obligé par son traité. Mais faut qtf'iî Jasse ses establissemens à Brest, en sorte qu'il y puisse faire tout le biscuit nécessaire pour les armemens qui s'y feront.
(Arch. delà Mar. Dépêche* concernant la marine, 1670, fol. 38 il
INTENDANT A ROCHEFORT
(Copie portant : De la main de Cotbert.)
Saint-Germain, 18 aoust 1670.
J'ay vu l'interrogatoire de Michaut1 : dites-luy que le Roy luy pardonne pour cette fois. Mais examinez bien avec M. le Vice-Amiral tout ce qu'il faut faire pour bien establir la subordination dans la marine, et l'exécution des ordres de la guerre. Tout vaisseau qui sera ordonné pour escorter un autre vaisseau, il faut qu'il périsse ou qu'il le ramène.
11 faut bien prendre garde de tirer de toutes nos navigations, et des journaux qui sont tenus, des connoissances exactes et fidèles, pour tous ceux qui auront à faire les mesraes voyages, et mesme il faudra s'en servir pour composer des cartes marines.
S'il manque un mois de fonds de l'estat-major de M. le Vice-Amiral, j'en feray le fonds sans difficulté.
Sur ce que vous proposez de luy donner un vaisseau de décharge pour
serge establies en divers endroit* du royaume où l'on en peut faire fabriquer de telle qualité et couleur que l'on voudra , de sorte que vous n'avez qu'à ni'cuvoyer des échantillons de celles qui vous sont nécessaires, et aussytost je donneray Tordre pour vous en faire voilurer. Et non - seulement à l'égard des rerges, mais encore do toutes les autres choses dont vous pourrez avoir besoin ù l'avenir pour
la marine, vous n'avex qu'à m'envoyer un niémoire, et je donneray ensuite les ordres pour vous les faire ponctuellement fournir dans h temps que vous me marquerez. . .» (Dép. cm. ta mar. fol. 357.)
1 Le capitaine Mirhaut avait alwndonné un vaisseau faisant le commerce de Guinée q» il avait ordre d'escorter. — Voir pièces xim 1S0
rendre son navire propre , observe* bien qu'il ne servira pas d'exemple aux autres pour tenir aussy leurs navires propres ; d'autant que les capitaines diraient toujours que, si on veut leur donner un bastiment de décharge, ils seront aussy propres que luy. Les Anglois et Hollandois ne le pratiquent point, et vous sçavez vous-mesme que le Roy ne l'a jamais voulu permettre à M. de Beau fort. H est vray qu'il en prit un de son autorité en deux voyages seulement.
Le voyage que les directeurs du Nord feront sera très-utile à la compagnie K
Ayez toujours soin de l'armement des Indes et tenez le prest pour le mois de novembre. . .
( Arch. de la Mar. Dépêches concernant la marine, «670 , fd. 885. )