‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 150 sur 486 · AU MÊME · texte numérisé non relu

AU MÊME

Saint-Germain, 9 U aoust 1 670.

Je fais réponse à vostre lettre du 18. M. le Vice-Amiral ni mon fils* ne m'ont point envoyé les remarques dont vous me parlez sur l'instruction dudit Vice-Amiral. Je ne puis plus rien vous écrire sur le sujet de son départ, puisqu'il demeure d'accord luy-mesme qu'il faut apporter une extrême diligence pour profiter du reste de la belle saison contre les corsaires de Salé ; et ainsy je veux croire qu'il sera à présent party. Il me propose seulement, par un billet écrit de sa main, que pour reconnoistre les costes de Guinée il serait nécessaire de mettre, sur les vaisseaux qu'il y enverra, un officier, autre que le capitaine de vaisseau, qui fust capable de bien reconnoistre les postes que les Hollandois occupent. Sur quoy je vous diray, pour le faire entendre, s'il vous plaist, audit sieur Comte, que, pourvu qu'il trouve un officier dans la marine dont il se puisse servir, il le peut sans difficulté 3, mais il ne faut pas prendre un officier de terre, d'autant que je vous ay écrit qu'il ne faut rien mesler de la terre avec la marine.

Je vois par le mémoire que vous m'avez envoyé qu'il vous manque M grosses ancres, et que vous en avez dans le port a 8 non destinées, en sorte qu'il paroist par là qu'il ne vous en manque point; mais il auroit esté

1 Ce voyage fui retardé jusqu'en avril 1 67 1 . — Voir U , 6ao , pièce n* a 10 et note.

* Voici la première lettre où il soit question 'kSeigneby. 11 était alors a Rochefort, chez son "Ofle Colbert de Terron. Nous publions, dans

une section spéciale faisant suite à celle-ci et comprenant uniquement les instructions de son père pour lui apprendre les affaires de la marine, celle qu'il avait rédigé*1 pour ce voyage. 3 Voir pièce n° 217, a* alinéa.

nécessaire que vous m'eussiez fait scavoir combien vos forces vous en peuvent fournir tous les ans, d'autant que, comme il n'y a pas d'apparence que nous augmentions beaucoup le nombre de nos vaisseaux, si vos forges, soit en Testât qu'elles sont, soit en Testât que vous les pouvez mettre, pu voient vous en fournir tous les ans jusqu'à 3o ou 36, je ne serois point d'avis d'en faire venir de Hollande, d'autant plus que je pourrois vous en faire faire aucunes en Nivernois et que nous avons des forges establies à Brest, au Havre et à Dunkerque. 11 est donc nécessaire que vous m eclaircissiez sur ce point avant que de prendre résolution d'en faire venir de Hollande.

A l'égard des bois de Mademoiselle et de tous autres, je me remets toujours à ce que je vous ay écrit, qu'il estoit nécessaire d'en avoir toujours la plus grande quantité qu'il se pourra dans nos arsenaux de marine.

Je suis bien ayse que les compagnies du Nord et des Indes orientales s'acquittent bien de ce qu'elles ont promis, et que vous ayez desjà vu des vaisseaux de la seconde passer dans vos rades pour aller à Brest. Il faudra vérifier à la (in de cette année ce que les deux compagnies s'esloienl obligées de fournir dans nos magasins, et ce qu'elles auront fourny effectivement.

A l'égard du navire de ho pièces qui a esté basty à Bayonne, vous le ferez visiter exactement, et me ferez sçavoir de quelle qualité il est, si vous l'estimez bon pour le roy et de quel prix il sera.

Je vous ay envoyé les noms des trois petites frégates; faites-les diligenter.

Je vous conjure toujours d'expédier tout ce qui concerne la petite escadre pour les Indes, pour la faire partir au mois de novembre prochain, vu que je crains que M. de La Haye1 n'ayt pu doubler le cap de Bonne- Espérance, pour estre party trop tard. Examinez bien soigneusement tout ce qu'il faut envoyer à M. de La Haye sur cette petite escadre.

J'ay envoyé de grands mémoires à mon fils par le dernier ordinaire. Je vous prie de tenir la main à ce qu'il les exécute et qu'il forme les mémoires et instructions de tout ce qu'il faut faire pour mettre en mer les escadres que Sa Majesté destine pour le mois d'avril prochain.

Faites-luy faire aussy Testât de toutes les marchandises, armes, bois, munitions et autres de toutes sortes pour Tannée prochaine, ainsy que vous le faites tous les ans, ensemble le projet de tout ce qui se pourra faire Tannée prochaine en bastiment de vaisseaux , radoubs , bastiment à

1 Jacob Blanquet de La Haye , successivement capitaine de cavalerie dans un régiment de Maiarin, m estre de camp en 1661, lieutenant général commandant les armées du roi

en Amérique de 1670 h 1675. Revenu (■ Franco, il eut le gouvernement de ThioovilK cl fut tué le 3o juin 1G77 en enlevant »»i

IWnal et généralement tous les vieux ouvrages du parc ; et comme ce mémoire ne se peut faire sans vérifier l'inventaire de tout ce qui se trouve dans les magasins, je crois que ce travail luy seroit d'une très-grande utilité. Au surplus, qu'il travaille toujours à l'exécution de tous les points contenus en l'instruction que je luy ay donnée.

11 me prie de luy permettre de monter sur le vaisseau de M. le Vice- Ainiral pour aller jusqu'à Belle-Ile, d'où il reviendra sur le Lion d'Or. Je sais bien ayse de luy donner cette satisfaction, qui pourra luy estre fort tuile. Donnez ordre à tout ce qui sera nécessaire pour cela. . .

( Bibl. Imp. Mw. S. F. 3,on , Colbert et Seignelay. 111 , cote 8 , pièce 6. — Documents historique* inédit» , publiés par M. Champollion-Figeac , IV, 5« 6. )

LIBUTBNANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES

Saint-Germain, 3o aoust 1670.

J'apprends par les dernières lettres de M. de Terron que vous faites difficulté de saluer M. le Vice-Amiral lorsque vous vous joindrez à son pavillon, sous prétexte que le 39e article du règlement fait sur les pavillons et saluts défend de tirer aucun coup de canon que pour les saluts des vaisseaux et plàxes y mentionnées.

Encore que j'aye bien de la peine à croire que vous ayez pris une semblable résolution, je ne laisse pas de vous écrire ces lignes à Brest et à Belle-Ile pour vous dire que vous devez le saluer quoyqu'il n'en soit pas parlé dans ledit règlement, le Roy ayant estimé superflu d'ordonner qu'un pavillon inférieur saluast son supérieur, vu que c'est un usage estably et que cela se doit sans difficulté '.

Si après cette explication vous en faisiez encore, ce seroit une pure chicane que Sa Majesté trouveroit fort mauvaise et qu'elle ne pourroit excuser2.

(Arcb. de la Mar. Dept'chc* concernant la marine, 1670, fol. 4o8.)

1 La veille, Colbert en écrivant à de Ter- trop habile homme en marine pour douter roo lui disait : «La difficulté dn sieur dn qu'un vaisseau inférieur ne doive pas saluer

Qwsne est une grande chicane. Je ne sçais a tout pavillon supérieur. Cependant je seray

la fia si nous pourrons nous servir de cet bien ayse que vous m 'envoyiez un mémoire

aonnue...» (Dép. conc. la mar. fol. 601.) exact contenant ce qui s'est pratiqué sur cette

1 Dn Qoesne ayant insisté, Colbert loi écri- matière et vostre avis sur ce qui se doit ob-

nl le 1 1 du mois suivant : « A l'égard du salut server sur la forme des saluts et le nombre de

« rendre à M. le Vice-Amiral, si vous avict eu coups, pour en faire une addition au dernier

Inique doute sur ce sujet vous n'avietqu'à me règlement.» (Wp. conc. la mar. fol. &3t>.) —

r*rire et je vous l'eusse levé; mais je vous crois Voir, pièce n* 1 8s, le 3* et le dernier alinéa.

LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES

Saint-Germain , 5 septembre 1670.

Je vois par vostre lettre du 29 que l'escadre estoit encore retenue à la rade de Brest en attendant le reste de ses vivres; et, quoyque j'aye de la peine à croire que cette lettre vous y trouve encore après les ordres que j'ay si souvent réitérés pour vous en faire partir, je ne laisse pas de vous l'écrire pour vous dire qu'un si long retardement déplaist fort au Roy \ vu qu'il y a près d'un mois que vous devriez estre loin de nos costes.

Je sçais bien que l'une des principales causes vient de ce que le sieur Jacquier n'avoit pas tous ses vivres prests, mais je sçais bien aussy que la quantité de cloisons que les capitaines ont fait faire dans leurs bords pour leurs vivres et leurs logemens y a beaucoup contribué2, et qu'ils ont apporté tant de changemens à celles qui avoient esté faites qu'il aura de la peine à trouver de la place pour en embarquer pour six mois ; c'est à quoy il estoit bien important que vous tinssiez la main, d'autant plus que M. de Seuil n'estoit pas en estât d'agir. Tout ce que je puis vous dire sur ce sujet est que M. le Vice-Amiral devoit mettre à la voile le 3o du mois passé pour se rendre à Belle-Ile, et que si vou6 estes encore à la rade de Brest, vous perdez ainsy que luy le temps fort inutilement, et le plus précieux de toute la campagne.

( Arch. de la Mar. Dtpéeka concernant la marine, 1670, fol. 4*3 )

INTENDANT A ROCHEFORT

Saint-Germain , 1 1 septembre 1 670.

Je veux croire que M. le Vice-Amiral est party, c'est pourquoy je ne vous en parleray plus.

Vous sçavez que les corsaires de Salé ont desjà pris un vaisseau frau-

ration des vivres des équipages et des officier*, il est de la dernière importance de if en faire faire aucunes qui ne soyent absolument oVeelsaires, et de si bien mesnager la place qu'il \ en uyt suffisamment pour placer sept ou huil mois de vivres, s'il est possible. ..*{ Itép. cour. la mar. fol. 6&<j.)

1 Voir page ia6, note l.

• Voir Isambert , Ane. loUfranç. XVHI , 634, Ordonnance du 1 3 juin 1 67 1 . — Colbert écrivait à ce sujet a de Seuil , lo 1 9 septembre suivant :

«A l'égard des cloisons que vous avez fait faire dans chacun des vaisseaux, pour la séjw-

çois1, ce <jui doit faire connoistre combien il importe d'avoir continuellement de grands et petits vaisseaux devant celte ville-là.

Je n'ay rien à ajouter sur cela aux ordres que je vous ay donnés ; seulement, si, par malheur, M. le Vice-Amiral n'es toit pas party, faites l'iml'n.ssible pour le faire partir, et aussytost commencez toutes choses pour la grande escadre du mois d'avril prochain , et envoyez-moy au plus lost les noms de tous les vaisseaux dont vous croyez qu'elle pourra estre composée, ensemble le nombre d'hommes de leurs équipages. Si mon fils estoit en santé2, faites-le travailler à dresser Testât de la solde et des vivres pendant un an, ensemble de toute la dépense qui est à faire pour les mettre en

Par les nouvelles que j'ay reçues de Brest, je dois croire que les vaisseaux qui ont esté armés sont à présent à Belle-Ile.

M. le Vice-Amiral a bien fait d'embarquer Michaut et Gimosac ; mais pour vous dire le vray, par toutes les nouvelles que je reçois des Isles et des vaisseaux qui ont esté en Guinée, la conduite de Michaut a esté telle qu'elle mériteroit une très-sévère punition , et ce sera la dernière faute en marine que le Roy pardonnera 5. La grande perte qu'il a causée à la compagnie par sa faute causera peut-estre celle de ce commerce, qui est trèsavantageux.

Je verray le premier cahier de vostre règlement général de police; comme c'est une pièce très-nécessaire et très-importante pour nostre marine, il est nécessaire que vous y travailliez avec grande application. Je vous mettray mes sentimens en apostille sur chacun article.

Aussytost que mon fils sera en santé, je vous prie de le remettre sur les voyes de toutes les connoissances qu'il doit prendre de la marine.

J'ay reçu toutes les lettres écrites de ma main *.

(Àrrli do la Mar. Dépêche» concernant la marine, «670 , fol. 4a6.)

1 La tartane Nottrt-Dame^-Mùérieorde.

-Voir II, 553, pièce n' i 35.

1 Srignelay était tombé malade à Rochcfort. —Voir, dan» la section suivante: Lettre à Colbertde Terron du «9 août 1670.

3 Voir pièce n° 1 76.

* On voit par cette phrase que Colbert au faisait renvoyer ses dépêches. Mazarin n'avait pas pris avec lui celte précaution.

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