A M. DE LA GUETTE
INTENDANT DE MARINE A TOULON
De... si juillet 166*.
Je dois réponse à vos dépesches des 4 et 1 1 de ce mois. Puisque les victuailles courraient risque de se gaster si l'on vouloit les conserver dans les magasins , il n'y a qu'à exécuter l'expédient que vous proposez de les faire reprendre par le sieur Beuf1 moyennant 9,000 livres de perte, pour les fournir en la mesme espèce et en la mcsmc quantité lorsque l'on en aura besoin.
L'ordonnance que M. le Vice- Amiral et vous avez rendue pour le payement des officiers, mariniers, matelots et soldats estoit fort nécessaire pour cmpescher leur mécontentement, et faire connoistre que c'est tout de bon que Ton s'applique à rcstablir la bonne foy dans les alla ires de la marine; mais l'exécution l'est encore davantage; ne doutant pas que vous y teniez la main, en attendant que pour prévenir un semblable inconvénient l'on expédie l'ordre du roy que vous estimez nécessaire.
11 n'y a qu'à approuver ce que vous avez fait pour le licenciement des équipages, et le payement qu'on leur a fait à proportion de la solde qu'ils ont reçue et du temps qu'ils ont servy, ra'assurant que vous aurez suivy les extraits de la revue que le sieur Trubert2 a faite sur les vaisseaux, qui sans doute aura esté fort exacte; mais ce qu'il faut bien observer, c'est que les mariniers et matelots ne s'en aillent pas mal satisfaits. Je tombe d'accord avec vous que ce grand désarmement peut en quelque façon préjudicierà la réputation du Roy parmy les estrangers; mais d'autres considérations plus fortes prévalent sur celle-cy; car, outre que nous estions trop avancés dans la saison pour espérer un fruit considérable de ce grand nombre de vaisseaux qui n'auraient pu tenir la mer que fort peu de temps, je vous avoue que le Roy a eu du dégoust de voir cette mésintelligence qui s'est formée entre les officiers qui composent ce corps-là3, qui, n'estant pas assoupie, aurait vraysemblablement empesché, quand l'on y serait venu, l'exécution de ce qui aurait esté résolu de concert avant le départ.
1 Claude Beuf ou Bœuf, négociant de Ton Ion, entrepreneur de la fourniture des vivre* de la marine.
1 Trubert servait dans la marin»* dés Tanné'1 1 fi43. Nommé commissaire général en 1 fi6fi , il fu» député au dev d'Alger pour n»nmivel<»r
les traites. Il délivra environ huit rent on quitte -rû esclaves et revint en septembre 1667. Tué, le fi juillet ififi9,en examinant un ranon.
1 Vmr la Mire suivante et les pières-n"* ifi el H.
Il'
Je du vous dirav rien sur lu grande dépense que l'on a retranchée par désarmement, outre que l'on pourra se servir plus utilement au printemps des fonds qu'il y eust fallu employer, parce que ce motif ne doit avoir lieu que postérieurement aux autres. Pour ce qui est du choix des six vaisseaux, le Roy s'en remet entièrement à celuy que vous aurez fait, ne doutant point que vous n'ayez préparé les meilleurs voiliers et ceux qui auront esté le plus en estât de sortir du port. Cependant Sa Majesté a trouvé fort bonne la pensée d'envoyer les galères vers le détroit, du costé de Malaga et o"Alicantc, et m'a tesmoigné que, comme l'on a avis certain que les corsaires d'Alger sont présentement à la mer, elle s'assuroit que Ion ne reviendroit pas de ce second voyage sans les combattre. 11 n'y a rien de si grande conséquence pour la marine en générai et pour les principaux officiers qui ont le commandement que de confirmer Sa Majesté
Je sais bien ayse que les marchandises de Hollande soyent arrivées à Toulon; mais il eust esté à désirer que vous m'eussiez mandé si l'on a délivré la mesme quantité au garde-magasin et si elles sont de la mesme qualité qu'il est porté dans la charte-partie et connoissement que je vous ay envoyés, et il sera bon que ledit garde-magasin vous en donne le reçu pour me le faire tenir.
Quant aux galères, le Roy signera ce soir une ordonnance de 3o,ooo livres pour les dépenses qui sont à y faire, laquelle je feray remettre en diligence en mains du trésorier, afin qu'il vous envoyé le fonds incessamment.
Vous aurez vu, par ma dernière dépesche, que je me remets à vous pour commencer la construction de quatre galères ou de deux seulement. Je n'av rien à y ajouter si ce n'est que, pour ne dégouster pas M. Chabert1, il faut 1 u v laisser la conduite de celte construction , observant néanmoins que, sr vous n'en faites bastir que deux, il faudra les presser extraordinaire ment.
Jexpédieray un estât pour les galères; ainsy vous ne serez pas en des avances qu'on fait aux officiers de ce corps à compte de leurs temens. Vous recevrez ledit estât le plus tost qu'il sera possible.
Je crois que les procureurs du pays, ù l'arrivée de M. le premier président d'Oppèdc , ne feront point de difficulté de payer ce qui reste de la partie de 1 9,000 livres; j'en écris encore un petit mot audit sieur premier président, que vous luy ferez rendre, s'il vous plaist.
r de < (instruction navale, ;i Marseille.
8 MARIINK
Au reste, je vous conjure de prendre un grand soin de la conservation des forçats, prenant garde que le pain et les fèves qu'on leur donne soyent fort bons. Un commissaire avec des chaisnes est party pour aller prendre un grand nombre de révoltés du Hou Ion mus 1 qui ont esté condamnés aux galères et les conduire A Toulon; vous en serez informé plus précisément dans quelque temps.
* Arcb. de la Mnr. Htcumt de tfMMM lettre, M. 43.1