‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 16 sur 486 · A M. DE LA GUETTE · texte numérisé non relu

A M. DE LA GUETTE

INTENDANT DE MAKJNE A TOULON

De... *8 juillet 1 66s.

J ay reçu vostre dépesebe du 1 8 de ce mois. Ce que vous me mandez de l'origine de la division entre M. le duc de Beauforl et M. le Vice-Amiral est bien probable; mais quand ce dernier auroit eu quelque matière d'estre peu satisfait, il semble qu'il ne devoit pas regarder les affaires avec indifférence et affecter de ne se mesler de rien. C'est un grand malheur qu'il faille entrer en négociation pour concilier les esprits des principaux officiers et mesme des subalternes, pendant qu'il seroit de leur devoir de concourir unanimement au bien du service et ce qui pourroit donner de l'éclat à la marine.

Je crois que si vous faisiez un voyage icy, il ne seroit pas inutile; mais j'estime aussy que vous avez assez d'occupations qui demandent vostre présence à Toulon, de sorte que je ne vois pas que vous puissiez quitter à moins que les choses ne soyent bien establies; je ne laisseray pas d'en parler au Hoy et de vous faire sçavoir ses intentions à cet égard.

Je suis bien aysc que vous ayez suivy les revues du sieur Trubert pour le licenciement des équipages; et, comme je suis persuadé qu'il a* fait sa commission avec exactitude, non-seulement il sera bon que vous ne passiez pas aux capitaines de V Amiral les soixante hommes qu'ils demandent, mais mesme que vous ayez le mesme égard aux revues qui ont esté faites par ledit Trubert dans les autres vaisseaux de l'armée.

Je suis marry que les masts qui ont esté achetés en Hollande n'ayenl pas esté bien choisis, et que le cordage ne soit pas si bon que celuy que l'on auroit pu trouver en Provence. Pour remédier à l'avenir à cela , el

1 Qiialro renb paysan* Iwulounois wiviran pour avoir pris pari à tiu«* insnirtrlinn. (Voir furent ii ro»U« époque condamné* aux j{Ml«'r«"s lnltiniucttnn . Il, un.)

nous empèse lier de passer par les mains des estraugers, il faut tascher par toutes sortes de moyens que ce que le sieur de La Londe1 a entrepris réussisse, et prendre ses mesures pour faire faire du cordage sur les lieux.

Outre les forçats du Boulonnois qui doivent estre maintenant en marche, il y a encore une autre chaisne qui a enlevé les condamnés aux galères dans le Poitou, l'Auvergne et le Limousin, de sorte que vous en recevrez n» nombre considérable. 11 faut prendre un soin extraordinaire de les bien nourrir, vestir et traiter doucement dans le commencement, afin de les endurcir insensiblement à la peine et de ies accoustumer au travail.

J'ay mis es mains du sieur de Saint-Martin 1 l'ordonnance de fonds de la somme de 3o,ooo livres pour la continuation des dépenses des galères, dont vraisemblablement il vous fera tenir l'argent par cet ordinaire. J'ay encore destiné pour la mesme dépense les oo,ooo livres que les députés du commerce de Marseille ont accordées au Roy, et dans peu de jours Ton vous enverra la quittance de l'Espargne a leur décharge.

Je dois vous dire que, le Roy estant à présent en paix avec tous ses voisins et n'y ayant point d'apparence que Sa Majesté ayt à soutenir une autre guerre que celle qu'elle veut faire aux corsaires, il suffira de bien entretenir tous les vaisseaux qui sont dans les ports, lesquels, à ce que je crois, sont au nombre de vingt-quatre ou vingt-cinq, en sorte qu'on les puisse aysémenl mettre à la mer à la moindre occasion , sans s'engager à faire de nouveaux bastimens. Néanmoins, si les deux vaisseaux qui ont esté ordonnés sont commencés, il faudra les achever; sinon, il ne sera pas besoin d'y travailler, mais bien à cinq ou six frégates légères qui soyenl extrêmement bonnes à la voile et propres à combattre les pirates , afin que le Roy puisse avoir trente vaisseaux quand il luy plaira. Mais il sera bon que vous observiez , avant de prendre aucune résolution pour la construction de ces frégates légères, que M. le duc de Beaufort m'a dit que les capitaines les plus expérimentés estimoient que l'on ne sçauroit baslir de meilleurs vaisseaux que les nostres pour faire la guerre auxdits pirates, ce qui est directement opposé à ce que le Vice-Amiral m'a écrit par toutes h* lettres, ce que vous examinerez meurement.

Il n'y a point de temps à perdre à commencer le bastiinenl de deux galères neuves; mais ce qui importe le plus est, lorsque les six qui doivent aller à la mer seront sorties du port, que vous ayez soin que les deux Hulres qui resteront fassent quelque voyage, si elles sont prestes et qu'il y

' // Jin/;»«ail. «•» Provence, l'exploitation 1 Jean Renud de Saint-Martin, Intarfer

ferais qui f«uriiis«ai«*iil de* màU ;i l.i géwfrd de la, marine de ittâi à 1067. mari». ( Voir pièce n" Aa. )

ayt de la chiouniie suilîsamnicnt pour les armer, estant de conséquence que, quand mesme elles ne devroient aller que de Toulon à Marseille et retourner de Marseille à Toulon, elles ne demeurent pas inutiles, nonseulement parce qu'on exercera toujours les forçats, mais mesme que lesdits corsaires n'oseront approcher de nos costes quand ils sçauront que; nous avons des galères à la mer. Enfin il faut que vostre application soit de préparer un nombre de galères, suffisant pour en substituer de neuves en la place de vieilles qui ne pourront plus servir. Quant à l'establisscment qui a esté fait, il n'y a qu'à le soutenir, et insensiblement les capitaines qui ont des galères en propre n'en auront plus quand elles seront hors d'rstat de rendre service. Je ne laisseray pas de voir s'il y a moyen de les dédommager avant ce temps-là.

( Areb. de la Mar. Hemcil de <fitvr*« bure*, fol 48.)

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