A M. ARNOUL
INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE
Paris, a 4 octobre 1670.
J'ay reçu la lettre que vous m'avez écrite, le 1 a de ce mois, sur le sujet de la Réale; je vous avoue que j'aurois grande envie qu'elle pust eslre mise en mer au mois d'avril prochain, et que vous devez faire toute la diligence qui peut dépendre de vous pour que cela soit. Pensez à tout ce qui sera nécessaire pour ses ornemens, et aussytost que vous en aurez réglé le mémoire avec M. le Général ne manquez pas de me l'envoyer, afin que je travaille, de mon costé, à rendre cette réale digne du Roy nostre maistre. Aussytost que j'auray reçu ce mémoire, je donneray ordre au sieur Dalliez de faire travailler à toutes les armes et les faire fort belles.
Ce pendant faites-moy sçavoir en quel estât est vostre salle d'armes, et
1 Pièce» nM 190 et 191. contre les canons de fer que Colbert voulait
1 On a vu plus haut, pièce n* 118, que faire prévaloir pour l'armement des vaisseaux f« officiers de marine avaient des préventions de second ordre.
prenez grand soin que les armes qui y sont soyent toujours tenues en bon estât.
J'ay vu, depuis peu de jours, le rapport que vostre fils m'a mis entre les mains, de tout ce qu'il a fait à Venise sur le sujet de l'arsenal; j'y ay trouvé beaucoup de choses bonnes et utiles, et je ne doute pas mestnc que vous n'observiez à présent quelques-unes de celles qui se peuvent plus facilement exécuter dans nostre arsenal de galères, surtout pour ce qui regarde la quantité du bois, la manière de le sécher et la règle qu'ils ont de n'en jamais employer qui n'ayt esté gardé plusieurs années dans l'arsenal. Je ne sçaurois vous dire combien il est important que vous vous appliquiez à toutes ces choses, que je trouve toutes absolument nécessaires pour rendre nos galères aussy bonnes que celles de cette république. J'écris à vostre fils en Hollande, pour l'exciter à bien examiner tous les ouvrages et toutes les machines qui servent en ce pays-là, dont nous pourrons peut-estre utilement nous servir, et j'espère que ce voyage luy sera d'un grand avantage1. Je n'ay pas encore de nouvelles que mon fils soit party de Rochefort; je vous prie de disposer toutes choses pour l'instruire en peu de temps de tout ce qui concerne les galères, et de vous appliquer à luy faire connoistre les choses à fond, en sorte qu'il ne se contente pas de la superficie.
Examinez avec M. le Général lequel des deux maistres de hache sera le plus propre pour la construction de la Réak; et comme vous avez l'expérience de toutes les galères qu'ils ont faites, vous pouvez facilement juger lequel des deux pourra y mieux réussir. Je vous diray néanmoins que Chabcrt estant estimé le meilleur, il faudroit plutost se résoudre à souffrir sa bizarrerie que de ne pas rendre cette galère la meilleure de la Méditerranée.
Vous pouvez sans difficulté faire mettre dans les formes les galères le Saint-Jean, la Renommée et la Thérèse et toutes celles que yous croirez qui en auront besoin; et il suffit pour cela que vous receviez un ordre général.
A l'égard des saluts des galères, il faut bien pénétrer ces matières et
1 Colbert écrivait, le même jour, à Arnoul fils , en lui témoignant sa satisfaction au sujet du rapport qu'il lui avait adressé sur son voyage à Venise : * Prenez bien garde, pendant le séjour que vous faites à présent en Hollande, d'observer avec grand soin tous les ouvrages qui se font en ce pays-là pour l'avantage et la facilité de leur navigation , de prendre des dessins de toutes les machines dont ils se servent
pour vider leurs ports, pour la construction de leurs vaisseaux et généralement pour tout ce qui nous peut eslre utile aux travaux que nous entreprenons. Surtout ne vous contentez pas de la superficie comme la plupart des jeunes gens; mais approfondissez les matières et faites un journal exact de tout ce que vous verrez un peu extraordinaire jour par jour.» ( Dép. nmr. feprf.fol.i5>.)
vi m hier soigneusement les rapports qui sont faits par tous les officiers, afin que, après avoir connu clairement tout ce qui s'est pratiqué jusqu'à présent, le Roy puisse faire un règlement fixe et certain pour le faire observer à l'avenir.
Vous n'aurez point les 800 hommes d'Épi nal l, Sa Majesté les ayant rais à rançon ; cependant je suis bien ayse que vous travailliez à vous pourvoir des canons et pierriers nécessaires pour le nombre de galères que vous pourrez mettre en mer.
J'examincray au premier jour le projet d'estat des dépenses que vous m'avez envoyé pour l'année 1671; mais je serois bien ayse, après que mon fils aura esté instruit de tout ce qui concerne les galères, qu'il fist luyraesme cet estât, sans luy faire voir celuy que vous avez desjà fait, mais seulement en luy donnant les assistances et les lumières que vous croirez nécessaires pour cela, ce qui contribuerait assurément beaucoup à son instruction. Il seroit bien nécessaire aussy que le commis du trésorier qui est à Marseille pust compter par estât devant luy de toute la recette et dépense qu'il a faite pendant cette année, et qu'il en vérifiast les acquits, estant certain que cela pourra aussy considérablement servir à son instruction. Je luy ay donné d'ailleurs une si ample instruction de tout ce qui concerne la marine, que, l'appliquant aux galères, ce qui se peut avec facilité, il s'instruira suffisamment de tout ce qu'il doit sçavoir.
Envoyez-moy un mémoire de tous les officiers des galères qui sont à Marseille, le Roy ne voulant payer les appointemens qu'à ceux qui y résident actuellement.
M. de Centurion m'écrit qu'il y a de la mésintelligence entre le chevalier de La Reynarde2, qui commande la Galante, et le sieur Gaillard3, son lieutenant. Examinez ce qui peut avoir brouillé ces deux officiers, parce que, >i on ne peut pas les accommoder, il sera bon de les séparer et de les mettre sur d'autres galères. Je vois par les lettres du marquis de Centurion, qu'il ne se loue pas beaucoup du chevalier de La Reynarde. . .
(Arcb. de la Mar. Dépêche» concernant UtgaUrt», 1670, fol. iB3.)
' Le moi» précédent, Louis XIV avait envahi la Lorraine. Épinal, après un siège de wpt jours, se rendit à discrétion; tous les Français qui étaient dans la place furent pendus sans miséricorde; le reste de la garnison fat fait prisonnier de guerre.
' Le chevalier Félix de La Reynarde, capi-
taine de galère en 1668 , fut interdit le 1 h août 1671 (voir pièce n* ao8). Rétabli le 37 novembre de la même année, il quitta la marine en décembre 1 695.
1 Gaillard, lieutenant de galère en t666, capitaine en 1 684, mort le 1 1 mai 171*.
INTENDANT A ROCHEFORT
Saint-Germain , a5 octobre 1670.
Je viens (l'examiner le mémoire des bastimens que vous avez faits ou commencés à Rochefort cette année, qui est apostillé de vostre main. Sur quoy je vous diray qu'il est impossible que vous puissiez Offre bien servy et avec économie tant que vous ferez faire ces ouvrages à la journée du roy, estant certain qu'aucun ordonnateur ne doit jamais prendre ce parlylà; d'autant que, non-seulement il ne peut avoir luy-mcsme le soin et l'application nécessaires pour tant et de si divers préparatifs qu'il faut faire, mais mesme il naist de ce travail à journées une obscurité qu'il doit toujours éviter. Ainsyje vous prie de vous préparer avec soin et application, pendant cet hyver, à faire les devis et marchés de tous vos ouvrages à prix fait; et, en cas que vous ayez besoin de quelque personne intelligente pour examiner tous vos ouvrages et voir au juste à combien ils doivent revenir, afin que vous ne soyez pas trompé, et mesme d'entrepreneurs habiles, je vous en enverray d'icy '. Enfin, il faut pousser la construction de nos magasins et rendre complet nostre arsenal de marine, suivant le projet que je vous ay envoyé, estant très-nécessaire et très-important qu'il se puisse avancer beaucoup Tannée prochaine.
J'ay un grand remerciement à vous faire de toute l'instruction et de tous les bons traitemens que mon fils a reçus de vous. S'il fait un jour bien sa charge, il vous en aura toute l'obligation. Je le crois à présent sur le chemin de Provence, et après qu'il sera demeuré douze ou quinze jours à Marseille, et un mois ou six semaines â Toulon, je le retireray auprès de moy2...
(Arch. de la Mar. Dépêcha concernant la marine, 1670, fol.
1 Colbert écrivait à son cousin deTerron, quart moins que tes autres y gagne pourtant te 10 du mois suivant : davantage que ceux-cy.
«Sur ce que vous dites que vous avez peine 1 Je ne sçais pas de quelle qualité sont vos à trouver des entrepreneurs, j'observe qu'effec- murailles, mais comme les plus solides qu?je livement on a peine à en trouver dans tous les fasse faire dans les maisons royales ne me r oublieux où on commence à baslir; mais aussytost tenl que 1 1 livres la toise, ou vous estes fort
que, par quelques années, l'habitude s'est trompé, ou les murailles que vous prise des voitures et du travail, on en trouve sont point conduites avec sens et jugenirnl,
avec facilité, pour peu que l'on s'y applique; pour estre trop superbes, ce qui n* convient
d'autant que, ou les hommes se font habiles, ou point du tout au bon mesnage des fiianrr* du
les habiles viennent aux lieux où ils trouvent à roy. ..ri ( Dép. conc. la mar. fol. 56 1 / gagner quelque chose; et je vérifie tous les * Le marquis de Seignclay passa » tuti"
jours que tel homme qui fait un travail à un après un séjour prolongé en Provence