‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 162 sur 486 · A M. ARNOUL · texte numérisé non relu

A M. ARNOUL

CITBNDANT DES GALÈRES A MARSEILLE

Saint-Germain , 3 1 octobre 1G70.

Je fais réponse à vostre mémoire du 99 de ce mois. Je vois que vous avez résolu avec II. le Général les proportions de la Réale, mais je vous assure que j'ay un peu de peine que vous en confiiez la construction au jeune Chabert, vu qu'il me semble que le plus expérimenté maistre do hache ne sçauroit estre trop bon pour un ouvrage de cette qualité. Je me , remets néanmoins au choix que vous avez fait, ne doutant pas que vous Caves bien examiné auparavant. Mandez-raoy si vous avez du bois assez sec pour ce bastiment, d'autant que je vois, parle rapport que vostre fils m'a donné de tout ce qu'il a vu à Venise, que c'est la principale application des Vénitiens, et qu'ils ne mettent jamais de bois en œuvre qu'il n'aytesté longtemps sous l'eau pour le durcir et mesme pour le sécher; et c'est à (|uoy vous devez vous appliquer, d'avoir toujours une grande quantité de tais sous l'eau et d'observer à le ranger en telle sorte que l'on puisse prendre celuy qui aura esté reposé plus longtemps.

Je suis bien ayse que M. le Général ayt quitté la pensée d'envoyer trois [jalères à la mer pendant les mois de novembre et décembre, et il faut se préparer à mettre toutes les galères en estât de pouvoir faire quelque chose de considérable l'année prochaine.

Je vous ay fait sçavoir, par mes précédentes, que le Roy s'estoit fixé à entretenir 60 mariniers de rame sur chaque galère'. Aussytost que le nombre sera complet ne manquez pas de me le faire sçavoir, et observez surtout de ne prendre que de bons hommes. Quant aux bonnevoglies de chaisne qui se présentent, vous pouvez sans difficulté les donner à M. de

1 Vingt jours auparavant , Colberl avait écrit * Arnoul : «Je vous ay desjà fait sçavoir que »f»tu pouviez arrester des mariniers de rame [•r>;frrablement aux bonnevoglies de chaisne, puisque M. le Général est persuadé que l'on en tirera autant et plus de services que de ces derniers, et que d'ailleurs ils sont de moindre i-pmse*. A l'égard du nombre, le Roy est df-irx'uré ferme à ne point augmenter celuy de fopargalère; et, après que vous en aurci arf*té ce nombre-là , vous me le ferez sçavoir.

• Voir pièce n* iA4 et note.

Surtout , il est nécessaire que vous fassiez choix des hommes les plus robustes et que vous croirez les plus capables de bien servir.

«11 est certain que la taverne que les comités tiennent dans les galères est un abus considérable auquel il importe de remédier; mais il faudra s'y prendre avec douceur el employer quelque temps pour supprimer une chose qui est un peu trop establie. Vous pourrez en trouver les moyens de concert avec M. le Général. emir. le» gai fol. 1 63.)

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Centurion, estant important de l'ayder, autant qu'il se pourra , à trouver des chiourmes pour les galères de l'escadre qu'il doit mettre en mer.

Je suis bien ayse de ce que les deux galères neuves seront achevées de bastir à la fin de cette année , et que le Roy puisse faire estât d'en mettre vingt en mer au printemps prochain. Ne manquez pas de faire une revue exacte -de toutes vos chiourmes et de tous les soldats destinés pour les galères, afin de connoistre s'il y aura un nombre d'hommes suffisant pour en armer ce nombre.

Je crois que les intendans du port ont esté establis par un règlement de police de la ville; ainsy il ne faut que faire un nouveau règlement pour en establir quatre au lieu de deux, et je ne vois pas qu'il soit nécessaire d'aucun ordre du roy. Vous devez seulement en faire l'ouverture à M. d'Oppède et à M. l'évesque de Marseille quand ils seront sur les lieux; et en cas qu'il soit effectivement besoin de quelque ordre, je vous l'enverray.

Je suis bien ayse d'apprendre le bon estât auquel est le commerce du Bastion l. Examinez bien si la compagnie a fait cet establissement ainsy qu'elle y est obligée; mais je vous avoue que je ne comprends pas que ce commerce augmente par la cessation de celuy du Levant, vu qu'il me semble qu'il ne cesse pas beaucoup. Faites-moy sçavoir par quelle raison vous vous estes servy de ce terme.

Je vous ay expliqué mes pensées, par mes précédentes, sur le sujet des achats de bois, et vous pouvez sans difficulté acheter tout celuy qui se présentera. Vous avez desjà reçu 100,000 livres et je vous enverray encore autres 100,000 livres à la fin du mois où nous allons entrer, afin que vous puissiez estre plus au large et continuer ces achats, n'y ayant rien de si important pour les galères et pour les vaisseaux. Cependant pressez toujours la construction de vos quatre vaisseaux, afin que vous puissiez en commencer d'autres.

Vous me mandez que vous m'envoyez 3, 000 jonquilles et i,3oo hyacinthes; mais vous ne me faites point sçavoir à qui vous les avez adressées; prenez vos mesures pour en pouvoir envoyer quantité à l'avenir, et faites vos provisions de bonne heure pour l'année prochaine.

(Arch. <1p la Mar. Dépêche* concernant les galères, 1670, fol. 1&7 ) 1 Le Bastion de France, sur la côte berbère. — Voir 1 , 195.

INTENDANT A ROCHEFORT

Paris, 6 novembre 1670,

Je fais réponse à deux de vos lettres des 37 et 3o du passé. J'ay reçu les deux projets que vous m'avez envoyés pour le conseil de construction 1 ci pour le corps d'infanterie. Je feray voir le tout au Roy et vous feray sçavoir ses intentions. Ce pendant vous me ferez plaisir de me faire connoistre ce que sont devenus tous les soldats qui avoient accoustumé de servir sur les vaisseaux avant la levée de ces deux régimens d'infanterie qui y servent à présent.

Quant aux classes des matelots, il faut fixer une fois le temps auquel commencera l'année de service, et ne pas tant considérer leur commodité. Celle du Roy est, suivant que vous l'avez approuvé, que ses vaisseaux, au mois d'avril de chaque année, soyent mis en mer un an entier. La considération d'une plus grande commodité pour les matelots ne doit pas divertir cet ordre, s'il est bon, ni obliger à payer deux classes dans les trois premiers mois de chaque année.

Voicy nostre marine establie ; il faut travailler à présent à la conduire avec économie et à diminuer les dépenses, que nous avons jetées jusqu'à présent à cause que nous n'avions rien d'estably. 11 faut donc absolument établir, du premier jour d'avril, le temps du service et du payement, •t publier, si vous l'estimez nécessaire, la classe dès à présent; les matelots trouveront des expédiens pour servir sur les costes, sans s'engager dans les voyages de long cours, depuis le mois de décembre jusqu'à celuy d'avril . . .

(Areh. de la Mar. Dépêche* concernant la marine, 1670, fol 6/1 3.)

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