A M. DE SEUIL
INTENDANT DE MARINE A BREST
Paris, 7 novembre 16*70.
La dame de Querjean2 s'est plainte icy que l'on avoit marqué les arbres de son avenue de sa maison de La Pallue, pour les couper ensuite, pour les constructions du port de Brest, sans son consentement.
Comme le Roy ne veut pas qu'on coupe de bois qu'après estre convenu du prix avec les propriétaires, il ne faut pas non plus faire couper ceux de cette dame si elle ne veut pas les vendre . . .
(Arch. de la Mar. Dépêches cvncumant la marine, 1670, fol. 118.)
Paris, 7 novembre 1670-
Depuis ma dépesche d'hier au soir, j'ay estimé nécessaire de vous faire encore celle-cy sur divers points importans. Je serois bien ayse de scavoir par vous les différentes qualités des masts du Nord et du royaume, et ceux qui effectivement sont les meilleurs. Pour moy, je suis persuadé que ceux d'Auvergne et des Pyrénées sont aussy bons que ceux de Norwége3,
1 Voir, au sujet de la construction et des ornements de la Réaie, pièce n° a6A, note.
* Nous trouvons à cette époque un marquis de Kerjean et un Kerjean Lasmouël, tous deux capitaines de vaisseau du port de Brest.
' Colbert de Terron partageait, A cet égard , l'avis du ministre, qui lui écrivait le ai du même mois : « Il ne reste donc plus à présent sur cette matière qu'à faire deux choses : Tune de
prendre garde que l'on ne coupe que des n»*t< qui soyent dans leur croissance et dans te temn* de la grandeur et de la grosseur qu'ils peuvent avoir, l'autre de bien considérer la quantité que nous en avons affaire, s'il se peut qu'elle dure éternellement, soit pour la marine dn roy. soit pour celle des particuliers. Pour cela, il me semble qu'il faudroit faire une visite gén.raie dans les Pyrénées et dans l'Auvergn*. Si
et que, s'il s'en rencontre qui ne le soyent pas, c'est que nous manquons d'expérience et d'application pour observer tout ce qu'il faut pour les couper dans l'âge et la situation convenables. Je ne sçais si ceux qui en fournissent nos arsenaux s'assujettissent à ces observations, qui sont essentielles pour n'en avoir que de bonne qualité. Ma pensée seroit donc sur ce sujet que l'on préférast aux autres les arbres qui, par leur situation dans les montagnes, seroient à couvert des chaleurs du niidy; que l'on prist garde de n'en couper aucun pour servir de mast qui ne fust droit et dans sa croissance, et non sur le retour, parce que, alors cette humeur onctueuse qui fait leur bonté venant à leur manquer, ils ne sont plus propres à servir à la masture; que l'on prist garde aussy de ne les couper que dans le temps que la séve a encore beaucoup de force, et non dans la fin de l'automne et dans l'hyver; que ce fust dans le croissant des lunes, et non dans le décours; qu'aussytost qu'ils seroient coupés ils fussent voiturés, afin qu'ils ne séchassent pas trop sur le lieu et ne perdissent point de leur humeur; qu'ils ne demeurassent que le moins qu'il se pourroit sur les rivières, et qu'aussytost qu'ils seroient arrivés dans les arsenaux, ils fussent mis dans l'eau salée, ou à couvert sous des halles.
Il me vient mesme sur ce sujet une pensée que je vous prie d'examiner, qui est que, si on les tenoit suspendus en l'air, le gros bout en haut, et qu'on leur mist de temps en temps de la mesme liqueur qui en sort, fort chaude, dans un petit creux qui seroit fait exprès, il paroist vraysemblable que cela pourroit contribuer à les conserver dans leur bonté, vu qu'il n'y i rien que le défaut d'humeur qui les rende cassans. Je me remets à vous d'examiner cet expédient, estimant que nous ne devons en négliger aucun de ceux qui peuvent estre de quelque utilité pour la conservation de nos ruasts,qui est l'un des points les plus importans de nostre marine.
M. de Seuil, qui doit se rendre bientost près de vous, m'écrit que le sentiment de Hubac n'est pas de diminuer la largeur des vaisseaux ni de les prolonger, ainsy que vous et M. d'Almeras l'estimez nécessaire. 11 seroit i)on que nous sçussions une fois pour toutes à quoy nous en tenir sur ce sujet, dont vous connoissez l'importance. Examinez ensemble, et dans vostre conseil de construction, les raisons dudit Hubac, dont la plus considérable est que les vaisseaux se soutiennent mieux à la voile quand ils sont un peu larges, afin que nous nous fixions sur ce point1.
MMig approuves celle pensée, il faut, dès à présent, prendre gante que la compagnie des Pyrvoée* ne coupe que les gros masts. Si nous *q arons besoin de pelils, il faut les faire venir
du NordL..»» (Dép. conc. la mar. fol. 587.) — Voir pièce n* 371.
' Le 17 du moi» précédent, Colberl avail adressé à de Seuil les observations suivantes à ce
Je vous prie de faire peser un canon de fer et un canon de fonte de chaque calibre, d'en faire un mémoire et de me l'envoyer, afin de sçavoir au juste la différence de leur poids.
Je donne ordre au sieur Dalliez d'envoyer à Nantes par petites voilure.» les canons, boulets, armes, fer ouvré et autres munitions pour les arsenaux de Rochefort, afin que nous n'en manquions pas.
(Arch. de la Mar. Dépêche* concernant In marine, 1670, fol. 546 >
INTENDANT A ROCHEFORT
Versailles, 18 novembre 1670.
Comme, dans tous les combats qui peuvent arriver dans la Manche ou ès environs, il n'y a rien peut-estre de plus important que d'estre fort instruit de tous les mouvemens de la mer par les marées, par les terres, par les caps et par les vents dilTérens qui peuvent souiller, il seroit peut-estre très-utile et très-avantageux au service de Sa Majesté de chercher, dans les dilférens ports du royaume les plus fréquentés des marchands, les capitaines et les pilotes les plus expérimentés, en faire choix de deux, trois ou quatre, et les faire travailler à faire des tables exactes par révolutions, c'està-dire pour autant de temps que la mer recommence à mesme heure ses mesmes mouvemens.
Par exemple : il faudroil observer par où la marée entre dans la Manche:
Si c'est par la Bretagne et l'Angleterre ou le Pas de Calais ;
Combien elle monte sur toutes les costes de France ;
Combien sur celles d'Angleterre ;
A quel moment, de tous les jours et de toutes les nuits, elle monte sur la coste de Bretagne ;
Idem, sur celle d'Angleterre qui est vis-à-vis;
Ensuite, sur toute la coste de la haute et basse Normandie;
Et ainsy de suite, tant sur les costes de France que sur celles d'Angleterre, jusqu'à Dunkerque et mesme plus avant s'il estoit possible.
sujet : «M. d' Aimeras, qui est l'un de nos plus habiles navigateurs, comme vous le sçavez , m'a écrit de Toulon que, dans les derniers voyages qu'il a faits, il a remarqué que nos vaisseaux estaient trop larges, et M. de Terron, à qui j'en avois écrit, me fait réponse qu'il estime <»on avis estre Ires-bon et qu'il l'approuve fort.
Examinez la mesme ebose avec Hubac et son fils , et voyei toutes les mesures que ce dernier a apportées de Hollande et d'Angleterre; fait'* une différence de celles que nous doutions J"1
tout et me l'envoyez..." {Dép. cime, la mtr fol. 5o7.)
Outre ces observations générales du mouvement régulier de la mer, il faudroit faire encore celles des mouvemens irréguliers, sçavoir ceux qui sont causés par les costes, par les caps et par les vents différens.
Examinez, si cette proposition vous semble bonne , si La Favollière1 y peut travailler et s'il en est capable ; si vous connoissez des capitaines et pilotes assez habiles pour cela, et si vous pouvez entreprendre de faire faire ce travail et jusqu'en quel lieu, parce que, lorsque je sçauray ce que vous pouvez faire, je donneray ordre de travailler à la mesme chose dans tous les ports de la Manche.
(Arch. do ta Mar. Dépecé concernant la marin*, 1670, fol. 18a.)