CONSEILLER D'ÉTAT EN MISSION AU HAVRE
Paris, 19 novembre 1670.
J'ay reçu vos lettres des 1 1 , 1 a, 1 6 et 1 6 de ce mois. Je suis bien ayse d'apprendre , par la dernière, que la brèche qui estoit aux barres du Perrey soit en estât de pouvoir estre restablie entre cy et la fin de ce mois, et en seureté pour tout l'hyver.
Je vous avoue que ce travail m'a donné beaucoup d'inquiétude; et, à présent que j'en suis dehors, je seray bien ayse que vous m'informiez en détail de quelle sorte les fondations se font," et si la plate-forme des barres seraaussy profonde que le fond du port, après qu'il aura esté approfondy tout autant qu'il y a apparence de le pouvoir faire.
La grande dépense qui se fait à présent au Havre me semble fort ex-
' Géographe et ingénieur attaché au port dp Hochefort. — Le a 3 janvier suivant, Colbert écrivait à son cousin, au sujet de La Fa- «oHière:
tJe trouve qu'il veut trop raisonner sur les fortifications de terre, dont nous n'avons pas besoin; nous avons besoin d'un homme qui sçache parfaitement les travaux qui sont à faire contre les efforts de la mer, qui soit capable de Lien reronnoistre nos ports et de nous faire des «rte* de toutes les costes maritimes. Je verra y par \ostre lettre si vous l'en jugez capable.» {fkp. cone. la mar. fol. 65.)
La réponse de Colbert de Terron fut sans doute favorable à La Favollière, qu'on char-
Le ih février 167&, Colbert lui écrivit: «Le Roy ayant fait choix de vous pour faire les cartes maritimes de toutes les costes du royaume, et, pour cet effet, ayant donné ordre à M. Colbert de Terron de faire préparer un petit bastiment pour le i5 du mois prochain, il est nécessaire que vous vous teniez prest en ce temps-là pour continuer à faire les observations ordinaires et travailler sans aucune discontinuation à faire toutes lesdites costes. Prenez bien garde de vous acquitter avec soin et exactitude de cet employ dont vous sçavez la conséquence pour le service de Sa Majesté et le bien du commerce de ses sujets... » (Dép. conc. la mar. fol. Ao.) " Voir page 96.
traordinaire. Je ne laisse pas de donner ordre au sieur Pellissary d'y envoyer encore 3o,ooo livres; mais je voudroisbien sçavoir à quoy montent la dépense du Perrey et généralement toutes les autres qui se font au Havre. Je vous prie de les examiner soigneusement et de m'en envoyer des mémoires, et surtout de travailler à réduire les dépenses en sorte que je puisse voir clairement à combien elles pourront monter en tout, et le fonds qu'il faudra faire par chacun mois. . .
( Arch. de la M.r. Défétkm «marnant la marim, t67o. M. 619 .)
INTENDANT A ROCHEFORT
Sainl-Germain, ai novembre 1G70.
J'ay oublié de vous parler des choses suivantes dans ma lettre de ce malin. J'ay vu, par un mémoire qui m'a esté envoyé de Hollande, que, dans l'armement que l'on projette d'y faire de 48 vaisseaux de guerre, l'on y joint 13 frégates de qo à 3o pièces de canon, iq bruslots et 6 galiotes. Je ne sçais (si nous estions dans le cas de faire un pareil armement) si nous pourrions mettre autant de frégates légères, de bruslots et de galiotes. Examinez, je vous prie, si nous avons suffisamment de tous ces bastimens. suivant cette proportion que les Hollandois observent.
Pour des frégates de 20 à 3o pièces, je n'en vois pas 1 a dans nos ports de Ponant ; de bruslots, je ne crois pas qu'il y en ayt 5 en estât de servir; et de galiotes, il ne vous reste que la Christine, l'autre estant à Toulon: mais vous aurez plusieurs petites frégates lorsque celles qu'on baslit à Bochefort, Brest, le Havre et Dunkerque seront achevées; non pas toutefois pour en mettre à la mer un aussy grand nombre que les Hollandois, en cas qu'il fallust faire un armement considérable. C'est à quoy nous devons bien penser vous et moy, et d'avoir non-seulement le nombre de frégates et bruslots de la suite d'une flotte, mais encore de tenir tellement nos magasins munis de toutes choses que, dans une occasion importante, nous n'ayons besoin d'aucune , s'il est possible. Failes-moy sçavoir s'il y a quelque différence entre le gabarit d'une galiote et d'une petite frégate.
J'ay remarqué nussy, dans ce projet d'armement des Hollandois, qu'ils ne donnent guère qu'un cinquième de soldats à leurs vaisseaux; par exemple, ils mettent sur un vaisseau de 60 à 70 pièces de canon, 3oo matelots et 80 soldats; et sur un de /10 à 5o pièces, «îoo matelots et 5o soldats; et nous en mettons le tiers, ce qui fait une notable différence.
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Je vous prie d'en bien examiner les raisons. J'en trouve une, qui est que, comme tous nos capitaines toucboient cy-devant la rnesme solde pour le soldat que pour le matelot, leur intérest particulier faisoit qu'ils n'avoient jamais assez de soldats.
D'ailleurs, je remarque encore une chose fort essentielle, qui est que les flollandois embarquent pour huit mois de vivres sans flustes ni bastimens décharge, et que nos vaisseaux ont eu de la peine, dans le dernier armement, d'en contenir pour sept mois. Je seray bien ayse de sçavoir vostre intiment sur ces différences.
Tenez, s'il vous plaist, la main à ce qu'il soit envoyé à Brest quantité de charbon de terre du Quercy et de goudron du Médoc.
Faites-moy sçavoir si, suivant ce que je vous ay écrit il y a desjà quelque temps, vous entretenez des maistres pilotes, canonniers, et contreiuaistrcs, ou s'ils sont compris dans l'ordre des classes.
(Arcb. de la If fer. DépA-hcë concernant la marine, 1670, Toi. b"]h. )