‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 167 sur 486 · A M. MATHAREL · texte numérisé non relu

A M. MATHAREL

INTENDANT DE MARINE A TOULON

Paris, h décembre 1670.

J'ay reçu vos dépesches du mois passé. J'ay bien du regret de la mort du sieur de Bellisle \ sçachant que Sa Majesté a perdu en luy un bon officier. En cas qu'elle fasse quelque changement dans les départemens des officiers, je luy proposeray le sieur de Banville2 pour celuy de Toulon, et mesme pour commander l'un des vaisseaux de l'escadre de l'année prochaine. Mais vous sçavez qu'en cela le Roy a plus d'égards pour les anciens capitaines que pour les nouveaux, estant bon que ceux-cy apprennent leur métier sous les autres, avant de leur confier le commandement des vaisseaux de Sa Majesté.

Je feray venir ce soir le sieur d' Aimeras et le sieur Gobert pour voir les plans qui ont esté dressés sur mon mémoire des arsenaux de marine : après quoy je vous en feray sçavoir mon sentiment. Je seray bien ayse aussy de voir ceux auxquels le sieur Puget travaille sur la mesme idée. Mais à l'égard de ses dessins de poupes, il est nécessaire qu'il corrige sa manière et qu'il accommode ses ornemens au gabarit des vaisseaux et à la commodité de la navigation , sans quoy il nous seroit inutile 5.

Puisqu'il a envie de travailler à quelque ouvrage de sculpture pour le Roy, et d'employer à cet effet quelques-uns des blocs de marbre qui sont

1 Pierre de Bellisle-Perou , de Paris, d'à- 1 De Banville, de Caeo, capitaine de vai*-

bord serpent-major, capitaine de vaisseau en seau à Brest en 1668. Bayé des cadres pour

166s. Mort sur le vaisseau FIIe-<le-Fnmce, le absence le 99 janvier t083.

1 9 octobre 1 670. 1 Colbert était un peu influencé en ceci par

à Toulon, vous pouvez luy dire qu'il me fasse sçavoir à quoy il auroit inclination de travailler, estant bien ayse de luy laisser en cela suivre son génie et de voir les dessins qu'il fera K

(Arch. de la Mar. Dépêche, concernant la marine, 1670, fol. 61 1.)

INTENDANT A ROCI1EFOHT.

Paris, 1 1 décembre 1670.

J'ay reçu vostre lettre du k de ce mois. A l'égard des soldats qui seront cy-après sur les vaisseaux, je conviens facilement avec vous de leur donner suffisamment pour les habiller, et qu'ils y consomment plus d'habits qu'a terre. Pour cela j'approuve la proposition que vous faites de leur donner k livres 10 sols à chacun par mois lorsqu'ils seront en mer; c'est-à-dire que l'on pourroit régler leur solde ordinaire à 7 livres 1 0 sols, sur laquelle on leur déduiroit un écu seulement pour les vivres, qui leur seront fournis sur les vaisseaux. Vous pouvez régler leur solde sur ce pied-là, en sorte que cela soit une fois fixe, et qu'à l'avenir j'en fasse le fonds sur les estais. Et comme assurément il importe beaucoup que nous ayons de bons hommes sur les vaisseaux, en cas qu'à la fin des voyages vous estimiez nécessaire de donner quelque petite gratification en habits ou autres choses à ceux qui auront esté embarqués, on le pourra faire.

Sur ce que vous m'écrivez de la pratique des capitaines de quitter leur bord quand ils ont une fois mouillé l'ancre et affourché leur navire, je vous dira v que c'est une pratique d'une marine foible et mal réglée, et sans discipline militaire. Un capitaine de vaisseau du roy doit estre, à l'égard de son vaisseau, ce qu'un gouverneur est à l'égard d'une citadelle, c'està-dire qu'il ne doit jamais coucher dehors sans permission expresse du

It marquis d' Aimeras qui avait demandé dans uo mémoire la suppression des ornements (tes Wanx. Cet officier général était allé jusqu'à dire qu'il vaudrait mieux que le Roi donnât 10,000 écus tous les ans à Pugel et qu'il ne mit pas le pied dans l'arsenal.

Malharel au contraire écrivait À Colbert, le «6 juin 1671 :

?Si M. d' Aimeras a trouvé les dessins défectueux en quelque chose, la plupart des capitaines n'ont pas esté de ce sentiment, et il est «rtain que le sieur Puget donne un tour à ses

dessins qu'on ne voit point chex les autres nations. Il n'y a qu'à le retenir un peu dans le trop de saillie et de relief qu'il donnoit cy-devant à ses figures et à ses galeries, et il me semble l'avoir réduit là-dessus au point que l'on peut désirer...» {Notice sur la iculpture navale du port de Toulon, par M. Victor Brun.) — Voir pièces n" 1 84 , 18g et notes.

1 Puget obtint en effet quelque temps après deux blocs de marbre dans lesquels il ébaucha le Milon de Crotone et Y Androuu .it' , qui ne furent terminés qu'en 1681.

Roy, à peine de sa teste; et toutes les petites convenances dont vous me parlez ne sont d'aucune considération à Têtard d'un point et d'une maxime aussy essentielle que celle-là. Il faut que le capitaine, au lieu d'aller luy-mesme à terre pour y coucher y envoyé son lieutenant; ou, quand il a mouillé proche de terre , qu'il parte si matin qu'il puisse eslre assuré de pouvoir remonter sur son bord avant la nuit; considérez qu'en une seule année nous avons vu un vaisseau du roy périr parce que le capitaine qui le commandoit n'estoit pas couché sur son bord *, et un autre vaisseau du roy abandonner ceux qu'il devoit escorter2. Ce sont deux fautes si grandes et qui marquent tant d'ignorance de la discipline qu'il est absolument nécessaire d'apporter de la sévérité pour establir les véritables maximes de la guerre dans les esprits des officiers de nostre marine. Et quoyque à l'avenir l'on pust peut-estre autoriser un principal officier du port, comme le vice-amiral, l'intendant ou le chef d'escadre, à donner, par écrit, la permission aux capitaines de coucher à terre, il est toutefois nécessaire, dans les commencemens, de ne se point dispenser de cette règle, à laquelle vous devez vous tenir exactement, sans vous en départir, quelque raison qu'on vous allègue au contraire; et, le premier capitaine qui y manquera, il faut le faire arrester sans difficulté et luy faire son procès.

Soyez bien assuré que le Roy ira à Rochefort dans l'esté prochain. Ainsy, dès à présent, prenez vos mesures pour préparer toutes choses en sorte que Sa Majesté soit satisfaite; surtout que vos magasins soyent rangés, autant qu'il se pourra, suivant le projet que je vous ay envoyé, estant certain qu'il n'y a rien qui satisfasse tant les esprits et qui paroisse si grand, si beau et si magniGque que le bon ordre, dans un establissement aussy considérable que celuy de Rochefort.

(Arch. delà Mar. Dépéri** concernant la marine, 1670, fol. 6«->

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