A COLBERT DE TERRON, INTENDANT A ROCHEFORT
Paris, a janvier 1671.
Je suis bien ayse que vous approuviez ma pensée de réduire en cinq classes les matelots de Bretagne *, et je crois mesme que vous pourriez réduire en quatre les trois classes de Poitou et Saintonge, Aunis et Guyenne. Observez seulement que, comme il se fera beaucoup plus d'arméniens en Charente qu'en Bretagne, il faut aussy y avoir un plus grand nombre de matelots. Cette grâce que nous ferons aux marchands de ces provinces, en leur laissant plus de liberté pour leur commerce, ne sera d'aucun préjudice au service du roy dans les grands arméniens, parce que nous pourrons prendre une, deux et trois classes, s'il est nécessaire.
Je vous avoue que je suis fort surpris de la mauvaise masture du Breton, et que cela me fait craindre qu'il n'y ayt, ni beaucoup d'exactitude, ni beaucoup de capacité dans tout ce qui se passe à Brest. J'en fais une forte réprimande au sieur de Seuil.
Je suis bien ayse que vous vous teniez à Rochefort. Disposez-y toutes choses pour nos armemens de cette année. Je diray à M. d'Almeras d'y passer en s'en retournant en Provence, et dans peu je renverray M. le chevalier de Château-Renault. J'ay desjà commencé à l'entretenir de ce qui se pourrait faire pour réduire les corsaires de Salé. Mais je vous avoue que je l'ay trouvé peu curieux de chercher les moyens de faire quelque chose d'extraordinaire ; et sur ce qu'il m'a dit que, n'ayant point commandé,
' Voir page a 99, note; voir aussi la pièce suivante. — Coll>crt,.iyant reçu la réponse de Matluirel, lui écrivit le 6 février : «Je suis bien ayse que vous espériez venir ù bout de bastir un vaisseau devant te Roy. Travaillez avec soin à vous y préparer en faisant tailler et mettre en botte toutes les pièces nécessaires a sa construction; et ensuite faites-en faire une expérience en voslre présence, afin d'eslre plus assuré d'y réussir. Il seroit à soubailer que ce pust e&lre au moins une frégate de '1.') à 5o pièces
de canon. Mais, si vous ue le pouvez faire que d'une de u6 à 3o, il suflira; vous donnant avis à l'avance que, en quelque temps que le Roy résolve de faire ce voyage, j'iray assurément à Toulon avant Sa Majesté . . . * ( De)>eone. la mar. fol. 65.)
1 lie u6 décembre précédent, Colbert avail écrit dans le même sens à de Seuil. — tint* ordonnance du roi du (i mars 1(171 réalisa l.i pensée du ministre. (Isambert, Ane. lois franc.
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il n'avoit point fait de remarques sur beaucoup de choses que je Iuy deraandois, il m'a paru qu'il se contente de faire son devoir tout doucement sans se mettre beaucoup en peine de faire quelque chose de singulier. C'est un esprit «l'entreprise qu'il faut tascher d'inspirer à tous les gens de nostre marine K
Sur le sujet des corsaires de Salé , je vous prie d'examiner avec soin et application ce qui se peut faire pour réduire et ruiner une fois ces corsaires. Pour cela, je trouve que nous aurons trois choses à faire: l'une, d'entreprendre dans leurs ports, ou par mer ou par descente; la seconde, de les prendre à la mer, en s'en retournant, et chercher pour cet effet tous les lieux où ils peuvent se retirer, en cas qu'ils ne puissent rentrer dans leurs ports en la présence des vaisseaux du roy ; et la troisième, les moyens de les chasser du détroit et des caps de Portugal derrière lesquels ils se mettent; et vous sçavez que depuis peu ils ont emporté deux vaisseaux françois.
Pour la première, il me semble que l'on pourroit mettre dans l'escadre assez de baslimens légers, en faire mesme de plats, qui puissent aller à rames, des barques longues, des chaloupes, et enfin tout ce qui seroit nécessaire pour entrer à force dans leurs ports et y faire quelque action d'éclat. Et, pour la descente, il faudroit examiner s'il seroit possible d'entreprendre quelque chose par ce moyen avec ceux qui peuvent avoir quelque connoissance de la situation des lieux.
Pour la seconde, il faut bien prendre garde que nous ayons des baslimens autant et plus légers qu'eux, et qui tirent aussy peu d'eau, qui soyent commandés par des gens hardis et qui ne craignent pas d'aborder les corsaires.
Et, pour la troisième, il faut avoir de mesme quelques bastimens légers, soutenus de quelques bons vaisseaux, qui les aillent toujours cherchant derrière les caps de Portugal.
Je crois que, pour tout cela, il faudroit disposer cette escadre en sorte qu'il y eust toujours deux bons vaisseaux avec trois ou quatre bastimens
1 Colbcrt écrivait à son cousin de Terron le qui ayt fait parler d'eux, pendant que les An- 6 février suivant : glois et les Uollandois, dans un seul armement
«Le chevalier de Château -Renault a pris de six mois, ont remporté des avantages
«»ngé du Roy. Je luy diray de partir dès de- sidérables sur les corsaires d'Alger. I I. pour
irwin; et, pour Iuy donner moyen de faire quel- vous dire la vérité , je ne vois dans tous nos
que action d'éclat, il faut non-seulement luy gens de marine qu'une ambition fort bornée,
liruslot le Tigre, mais mesme tout ce et je ne scais pas quand nous serons asseï Jusqu'il demandera pour entreprendre quelque reux d'en trouver quelqu'un qui veuille faire rlinse d'extraordinaire, vous avouant que le quelque chose d'extraordinaire. Il faut les ex- Hin. voyant que sa marine languit depuis sept citer fortement à hasarder les vaisseaux de Sa
ou huit ans, coimnence à se dégouster des Majesté et à leur acquérir de la réputation, n'y \tiw\v& dépenses qu'il l'ait, el de ce que ses ayant «pie cette seidc voyc qui puisse les faire if ayenl jusqu'icy fait aucune action considérer. . . - ( f)ép. c<mc. la mar. fol. 76. )
légers vis-à-vis Salé ; un autre vaisseau avec deux bastimens légers sur les costes de Portugal ; et que le reste de l'escadre allasl et vinst continuellement de l'un à l'autre pour appuyer toujours , donner de la terreur, et s'employer suivant les besoins et surtout se tenir souvent dans le détroit.
Examinez ce projet et me mandez vostre sentiment sur tout ce qu'il contient. Appliquez-vous particulièrement à chercher les moyens de faire quelque action de hardiesse.
Il est certain que le Roy ira dans le cours de cet esté à Rochefort. Il faut de quelque façon que ce soit, en travaillant jour et nuit , que vous fassiez bastir un vaisseau dans les 10 ou ta jours de temps qu'il y demeurera Préparez-vous à cela, et pour cet effet prenez dès à présent vos mesures pour avoir à Rochefort tous les charpentiers des Sables, de la Rochelle et des autres endroits d'où vous en pourrez tirer. . .
( Arcb. de la Mar. Déptches concernant la marine, 1671 , fol %.)