‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 183 sur 486 · A M. MATHAREL · texte numérisé non relu

A M. MATHAREL

INTENDANT DE MARINE A TOULON

Saint-Germain , 37 février 1671.

J'ay reçu vostre lettre du 17 de ce mois. Je ne doute point que, faisant faire la plus grande partie des ouvrages de l'arsenal de Toulon à prix fait, vous ne trouviez de grands mesnages dans toutes nos dépenses de marine. Je seray bien ayse de voir le mémoire que vous me promettez de ceux que vous avez faits depuis que vous estes en Provence.

11 faudra establir à l'avenir l'ordre de faire des adjudications au rabais de toutes les fournitures considérables qui seront à faire pour la marine, soit fer, chanvre, goudron, bois, masts, ancres, toiles noyales et autres lécessaires pour les constructions, radoubs et garnitures des Pour cet effet, il faudra que vous en fassiez des affiches pour en faire faire l'adjudication à jour préfixe, suivant l'usage ordinaire, estant certain que cet ordre accoustumera les marchands à rechercher dans le royaume toutes les marchandises propres à la marine et à les faire voiturer jusque dans nos magasins; que l'abondance qu'ils attireront par ce moyen dans les ports de mer ne contribuera pas peu à exciter ceux qui s'appliquent au commerce maritime à augmenter le nombre de leurs vaisseaux, et que nous parviendrons en peu d'années à nous débarrasser de tous les soins qu'il faut avoir pour augmenter et perfectionner toutes les manufactures de Dauphiné, Nivernois et Provence. 11 ne faudra pas mesme se rebuter si dans les commencemens nous achetons les marchandises un peu

Colbert, après l'avoir engagé à pousser les olïi- par ses armées navales. C'est une chose d'une ciers à se distinguer sur ces petites frégates, telle conséquence qu'il n'y a rien qu'il ne faille ajoutait : «Examinez si on peut les exciter par faire pour y parvenir. Pensei-y bien et ditesquelque récompense , et soyez assuré qu'il n'y a moy tout ce qui vous viendra dans l'esprit pour point d'oxpédiens que le Roy ne prenne pour cela...» {Dép. conc. la tnar. fol. 45.) — Voir Iaire faire quelque chose digne de sa grandeur «usai page 34o.

m MARINE

cher, d'autant que, en quelques années, assurément elles deviendront à bon marché. J'écris au sieur Dalliez de concerter avec vous tout ce qui est à faire pour cstablir cet ordre; et le plus tost que vous y pourrez travailler, ce sera assurément le mieux. Vous pouvez aussy mettre dans les affiches que, pourvu que les entrepreneurs donnent bonne caution, il leur sera avancé le tiers du prix des marchandises qu'ils se seront obligés de fournir.

J'attends toujours le projet de règlement de police que vous avez fait, l'inventaire de vos magasins, et les autres estais que je vous ay cy-devant demandés, que mon fils, par sa précipitation et son impatience, n'aura pas pu voir et régler avec vous. J'en ay une fort grande d'apprendre le temps et l'heure de son départ.

Sur la proposition que vous faites de donner 100 livres d'augmentation au capitaine de chaque vaisseau pour sa solde, et le charger de la nourriture de l'aumosnier, du chirurgien et des valets, ensemble A3o livres pour la table desdits valets, je vous diray qu'en général il faut toujours travailler à diminuer la table des capitaines et les porter, autant qu'il sera possible , à se faire nourrir par le munitionnaire. J'envoye néanmoins cette proposition à M. de Tcrron pour l'examiner et en donner son avis, et ensuite je la feray voir au Roy afin qu'il puisse donner ses ordres pour l'exécuter. Cependant, si vous estimez qu'elle doive l'estre dans l'armement de MM. de Grancey et d'Almeras, vous le pouvez faire; mais il ne faut pas que le capitaine croye avoir 100 livres d'augmentation pour sa table, mais seulement qu'en se chargeant de cette nourriture le munitionnaire luy donne 1 oo livres par mois. A l'égard des valets, il faut sans difficulté réduire leur solde sur le pied des soldats et non pas des matelots.

Je suis bien ayse aussy que vous vous disposiez à faire mettre à l'eau les vaisseaux le Glorieux, le Fidèle et le Furieux dans la fin du mois prochain, et le Maure et l'Indien trois mois après. Pressez toujours vos constructions, et failes-moy sçavoir quand vous serez en estât de commencer quelques autres vaisseaux, afin que je vous en envoyé l'ordre et les noms. Surtout il est nécessaire que vous examiniez les moyens de vous fournir de bruslots, dont je vois que nous pouvons avoir besoin ; et observez bien que tous les officiers de marine disent qu'il faut qu'ils soyent un peu grands, parce que, lorsqu'ils sont petits et que les ennemis les voyenl venir à eux, ils connoissent bien que ce sont des bruslots et s'en garantissent avec plus de facilité 1 . . .

(Arcb. do la Mar. lhpéckt$ concernant U marine, 1671, fol. 1 19.)

1 Ici revenait un passade, déjà supprimé n" aao, page 887, relatif aux différentes constlans la lettre précédente, celui de la pièce truclions navales.

INTENDANT A ROCHEFORT

(Copie portant : De la main de Colbert.)

Saint-Germain, A mare 1O71.

J'ay lu et examiné autant que j'ay pu vostre règlement de police de marine; et, comme c'est un travail d'une très-grande conséquence, je crois (pie nous ne le pouvons assez retoucher pour le rendre autant parfait qu'il se pourra. Je vous envoyé le premier cahier presque tout corrigé de ma main, et j'ay ohservé de faire transcrire mes corrections, afin que vous les puissiez lire avec facilité. Vous verrez que j'ay abrégé beaucoup de termes, retranché partout les raisons que vous donnez quelquefois à la disposition de chacun article, osté partout on, dont vous vous servez trop souvent, de mesme ces autres termes, j tZ se peut, s'il est possible, autant qu'il se pourra, et autres de mesme nature, qui ne peuvent convenir à un règlement que le Roy fait, dans lequel il doit parler absolument. Quoy que j'y aye desjà fait, je n'en suis pas encore satisfait, et je vous l'envoyé pour le revoir encore et y retoucher. Surtout il faut que vous vous appliquiez à la diction, à la rendre correcte, intelligible, peser tous les termes pour n'en point mettre d'inutiles, et retrancher tous les superflus et toutes les répétitions.

Il me semble que bien souvent vous entrez dans un certain détail qui ne convient pas à la dignité du Roy; c'est ce que vous devez encore examiner. Comme j'en ay beaucoup retranché, ne retranchez plus rien d'essentiel sans m'en donner avis.'

Je n'y ay point trouvé de chapitre exprès de la police qui se doit observer dans les arsenaux; et, quoy qu'elle soit répandue dans tous les titres, j'estime néanmoins qu'il faut examiner cette matière et en faire un titre exprès Il est très-important que vous vous appliquiez à pénétrer tout ce qui peut regarder cette matière, et à la bien coucher par écrit.

Le terme chose, qui est souvent répété, doit estre osté partout.

(Arcb. de la Mar. Dépêchée concernant la marine, 1671, fol. i35.)

1 Le livre IV de l'Ordonnance de la marine rades et rivages de la mer. — Voir pièce mile en effet de la police des ports, côtes, n* 357 <* "O**.

INTENDANT A ROCHEFORT

Saint-Germain , 5 mars 1671.

Je vous supplie de considérer avec grande attention tout ce que je vous ay écrit sur les différentes manières de construire en Angleterre et en Hollande, n'y ayant rien assurément de plus important pour nostre marine, d'autant que vous voyez clairement l'avantage que les Hollandois ont sur nous si leurs vaisseaux sont autant ou plus vîtes de voiles que les nostres et s'ils peuvent entrer en beaucoup de lieux où nous ne le pour rons pas.

11 faut establir le conseil des constructions dans nos arsenaux, pour examiner toujours les avis qui viendront des différentes proportions et résoudre ce qui sera de plus avantageux pour le service du roy et pour rendre ses vaisseaux meilleurs que ceux des Anglois et des Hollandois, s'il est possible. Travaillez à faire un projet de règlement pour l'establissement de ce conseil et envovez-le-moy l.

J'ay beaucoup d'impatience d'apprendre le départ de l'escadre des Indes et de celle du chevalier de Château-Renault. Assurément nostre marine pèche considérablement par le trop long retardement dans les ports et dans les rades, et, ce qui pis est, je vois qu'au lieu de diminuer ce retardement augmente toujours. H n'y a rien à quoy vous deviez tant vous appliquer qu'à empescher la continuation de ce désordre, lequel à la fin ruineroit entièrement nostre marine.

Le sieur Jacquier est party, et je le tiens à présent à Rochefort. Pressezle de faire un bon establissement avant qu'il en parte, afin que les vivres ne causent jamais aucun retardement dans les ports, ni aucune précipitation dans les retours. Cet homme est assurément capable de bien faire, s'il veut. Il faut l'échauffer, luy faire voir tout ce qui est arrivé de mal et l'exciter à y remédier, et surtout ne le point laisser partir qu'il n'ayt fait un establissement solide et à vostre satisfaction. Ensuite il faudra qu'il aille faire la mesme chose à Brest, d'autant qu'à Toulon je vois k sieur Matharel content du sieur Dulignon qui prend ce soin pour le sieur Jacquier.

J'ajoute encore ce mot au chapitre de nos constructions : je sçais que la manière dont on a basty et la force que l'on a donnée à nos vaisseaux les

1 On a vu plus liaut (pièce n" 197) le vint pour la Icnuc du conseil de construction Ijermcde celte idée. Le règlement qui inter- est du aa mars 1671. (Isambert, XVM.Ms )

fera durer un très-long temps; mais il faut toujours examiner ce qui convient le mieux, ou de bastir si fortement et estre inférieur aux autres nations en vitesse et dans les entrées , ou d'estre égal ou supérieur en bastissant autrement. Pour moy,je croirois que nous en avons assez de forts à présent, et qu'il faudra commencer à bastir un peu plus légèrement, et particulièrement en employant des chevilles de bois, d'autant que je vois que les deux nations conviennent que les chevilles de fer, par la rouille, font des voyes d'eau, au lieu que le bois serre davantage le bois.

A l'égard des capitaines de frégates légères, s'ils aiment mieux estre lieutenans, il faut les laisser dans leurs postes.

Vous dites bien qu'il faut tenir ferme à l'égard de nostre vieille marine, mais je suis persuadé qu'il ne faut pas tenir moins ferme à l'égard de la nouvelle. Pour vous dire le vray, je trouve assez extraordinaire que le chevalier de La V rillière 1 se fasche de faire deux ou trois voyages de capitaine en second, et que Langeron2el Relingue9 s'impatientent de faire trois voyages en qualité d'enseignes. Si le Roy avoit égard à leur impatience , nous verrions bientost des jeunes gens de vingt ans vouloir estre capitaines, ce qui seroit perdre entièrement nostre marine.

Je partiray d'icy assurément la troisième feste de Pasques.

(Arc h. de la Mar. Dépêche* concernant la marine, 1671, fol. t a4. )

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