‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 182 sur 486 · A M. DE SEUIL · texte numérisé non relu

A M. DE SEUIL

INTENDANT DE MARINE A BREST

Paris, no février 1671.

J'ay reçu vostre lettre du i3 de ce mois. Je fais chercher des sculpteurs H des peintres pour vous en envoyer. Aussytost que l'on en aura trouvé de propres pour travailler aux ornempns du vaisseau le Soleil- Roy al \ je donneray ordre pour les faire partir. Ce pendant profitez de tous les momens pour faire tout ce qui peut dépendre de vous pour mettre ce vaisseau en estât de paroistre devant le Roy au mois d'aoust prochain , qui sera le temps auquel il fera le voyage de Rochefort. Et si pour cela vous avez besoin de quelque chose de M. de Terron, ne manquez pas de le luy demander. Faites préparer aussy en mesme temps les trois autres vaisseaux qui doivent l'accompagner, et prenez si bien vos mesures sur l'armement de cette escadre que rien ne puisse estre retardé.

A l'égard des maistres que les négocians de Saint-Malo demandent qui leur soyent laissés pour leurs navires, vous sçavez que le Roy ayant fait un fonds de 6 4,8 00 livres dans Testai général pour entretenir toujours dans le port do Brest le nombre de aoo officiers mariniers, tant canonnière,

1 Voir ptèce n* a3o.

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maistrcs et pilotes que charpentiers , il n'y a guère d'apparence qu'il y en puisse avoir de cette qualité dans les classes au delà de ce nombre. Mais, en cas qu'il y en ayt, il faut que les commissaires m'en envoyent des listes, et pourvu que vous en ayez ce nombre complet, Sa Majesté pourra accorder aux autres la permission de servir les marchands.

J'ay examiné ce que vous m'écrivez au sujet des manières de bastir des frégates légères qui puissent surpasser en vitesse celles des corsaires d'Afrique. Je ne doute point que Hubac n'y réussisse ; mais je veux bien vous dire sur le sujet des constructions que, ayant depuis peu envoyé deux personnes différentes 1 en Angleterre et en Hollande , j'ay vu , par tous les rapports qui me sont venus sur la marine de ces deux Estais, que les Hollandois bastissent plus légèrement que les Anglois et ceux-cy plus légèrement que nous2.

Le Roy m'a ordonné de parler fortement aux commandans de ses vaisseaux, au sujet de l'embarquement de leurs vivres et de toutes les choses inutiles dont ils ont coustume de charger leurs bords. Aussytost que M. le Vice-Amiral sera icy, je luy en parleray de mesme, Sa Majesté voulant que dorénavant les vaisseaux légers qui seront mis en mer pour faire la guerre aux corsaires n'embarquent que pour deux mois de vivres, et que tous les deux mois ils en prennent de nouveaux et se carènent de frais, pour estre toujours en estât de joindre les corsaires et de les combattre. 11 faut exciter quelques-uns de nos principaux capitaines à demander le commandement de ces sortes de bastimens , afin de pouvoir faire quelque action d'éclat qui donne de la réputation aux forces navales du roy et plus de satisfaction à Sa Majesté qu'elle n'en a reçu jusqu'à présent de toutes les grandes dépenses qu elle a faites et continue de faire pour la marine, joint que c'est la seule voye par laquelle ils peuvent s'élever à de plus hautes charges3.

Travaillez sans discontinuation à diligenter vos constructions; et, comme nous avons peu de vaisseaux propres à servir de bruslots, il faut examiner tout ce qui est à faire pour en avoir toujours un nombre proportionne à

1 Arnoul fils et Monceaux. (Voir page 337») parfaites, et apporter plus de précautions <\o- J L'intendant crut devoir faire là-dessus à jamais à vos radoubs et carènes. Il en est de

Colbert des observations qui lui attirèrent cette mesme des avis que je vous ay donnés sur les vive réprimande : constructions de Hollande et d'Angleterre; et,

«Je n'entends pas ce que vous prétendez sur cela et sur toute autre chose, vous dire quand vous dites que l'on remarque bien un peu trop bonne opinion de ce qui les défauts des vaisseaux baslis à Brest, mais par vos mains. Il faut au contraire estre U>u-

qu'on ne remarque pas leurs bonnes qualités. jours en garde contre soy-mesme, et estre \#r

Vous devez croire que je sçais ce qu'il y a de suadé que l'on peut toujours mieux faire. O

bon et de mauvais; et, quand je vous écris, vous sont là les maximes d'un homme- qui veut

devez suivre à la lettre les ordres que je vous profiter et s'avancer. .. n (Dép. corne. In nwr.

donne, redoubler vos soins et vos diligences fol. i5».)

pour rendre toujours vos constructions plus 1 Dans une lettre du a 3 janvier à de Terron,

ceiuy des autres vaisseaux qui sont à Brest, soit en faisant bastir, soit en achetant en cas qu'il s'en trouve.

Aussytost que l'escadre de M. le Vice-Amiral aura* rendu le bord, ne manquez pas de vous informer soigneusement de tout ce qui se sera passé sur chaque bord au sujet des vivres et de me le faire sçavoir pour en rendre compte au Roy, Sa Majesté voulant absolument maintenir un estabiissement si avantageux à son service. . .

( Arrh. de la Mar. Dépêche, concernant la marin*, »67i, fol. io3.)

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