A M. MATHAREL
INTENDANT DE MARINE A TOULON
Saint-Germain, ao mars 1671.
Je suis bien en peine de la résolution qui est à prendre au sujet de> dix pièces de canon fondues par Baube qui se sont trouvées chambrées. C'est à vous à voir et à examiner avec les officiers si l'on s'en doit servir ; et cependant il faut prendre plus de précaution que jamais pour n'avoir que des pièces parfaites, et, pour cet effet, il faut assurément observer les mesmes choses qui s'observent à Douay, dont M. du Metz 1 n'aura pas manqué de vous laisser des mémoires.
L'épreuve qu'il a faite à Lyon a encore plus mal réussy. Toutes les pièces d'Émery ne valent rien du tout; et c'est un très-grand bonheur pour nostre marine que le sieur du Metz ayt fait ce voyage, pourvu que nous sçachions en profiter et prendre à l'avenir toutes les précautions nécessaires pour cela.
Je suis bien ayse que les canons de fer de Bourgogne ayent résisté à l'épreuve. Il faut bien prendre garde d'establir leur réputation , à quelque prix que ce soit , de sorte que les capitaines ne fassent aucune difficulté d'en
• Officier d'artillerie chargé de surveiller de Gravelines en t684. — Frère de Géd&n les épreuves des bouches à feu, maréchal de du MeU, garde du trésor royal, camp en 1G76, gouverneur de Lille en 1680,
armer leurs vaisseaux, d'autant que, sans cela, vous voyez bien que ce seroit une dépense prodigieuse entièrement inutile.
J'ay vu le mémoire des prix faits que vous avez introduits. Il y a lieu d'espérer que la méthode de faire des marchés au rabais cstablira dans peu sur les costes de Provence un commerce de toutes les marchandises et munitions propres à la marine qui les rendra à meilleur marché; mais vous devez soigneusement observer de mettre dans vos afliches et marchés que les entrepreneurs seront obligés à ne fournir que des choses du cru <lu royaume, ou qui y auront esté fabriquées, Sa Majesté ne voulant point, sous quelque prétexte que ce soit, que l'on se serve dans ses arsenaux de marine d'aucune marchandise des pays estrangers.
Toutes les fois que vous avez à raisonner sur les officiers de marine, ne considérez jamais ce qui se fait sur les galères, d'autant que vous sçavez bien que de tout temps les capitaines de galère ont esté payés comme ils sont aujourd'huy. Et, comme c'est un bastiment bien plus difficile et plus dangereux que les vaisseaux, il ne faut pas s'étonner si les capitaines en ont esté mieux traités ; mais si vous faites considérer aux officiers de marine les officiers des troupes de terre, ils trouveront que le service de la marine est bien plus avantageux; et, en un mot, le Roy ne veut point augmenter leurs appointemens.
A l'égard de la nourriture des trois bas officiers, aumosnier, chirurgien et écrivain, et des valets, s'ils ne veulent pas s'en charger pour 100 livres d'augmentation , il faut continuer à les faire nourrir par le munitionnaire 1 . . .
( Arch. de in Mar. /fo/«<rA«j eanrernant la mnrint , 1671. fol. i56.)
INTENDANT A ROCIIEFORT.
(Copi«- portent : De la main de Colherl.)
Paris, a3 murs 1671.
Je reçus hier vostre lettre du t6,qui m'a exlraordinairement surpris, m'apprenant le bel ordre que Jacquier a donné pour la fourniture des vivres aux trois escadres que vous devez mettre en mer. Mais je vous avoue que le remède que vous proposez, de ne faire partir que les vaisseaux de Château-Renault et l'escadre de l'Amérique, me paroist un peu violent. S'il y a de l'impossibilité, je n'ay rien à dire; il faut subir cette loy; mais
' Voirpièc*. n' «93.
;iô/i MARINE
il faut faire jusqu'à l'impossible pour mettre en mer tous les vaisseaux que le Roy a ordonnés.
Pour cet effet, il faut que vous chargiez Dumonl et Rodez1 d'ayder le marchand qu'il a estably pour son correspondant, et mettre toutes sortes d'expédiens et de diligences en pratique pour achever l'armement de tous ces vaisseaux et les mettre en mer dans le temps que le Roy a ordonné. J'écris cependant audit Jacquier pour luy bien faire connoistre la qualité «le la faute et les conséquences qu'elle peut tirer après soy, et luy donner conseil en mesme temps de partir aussytost et s'en aller nuit et jour on poste à Rochcfort.
Nous verrons s'il estimera bon ce conseil et s'il l'exécutera. Je luy envoyé un courrier qui sera dans trois jours à Brest.
J'attends avec impatience le mémoire et les modèles de tous les ornemens qu'il faudra donner au Solcil-Boyal , tant pour le pavillon, flammes, enseignes de poupe, que pour le dedans des chambres, les lits, tapisseries, sièges, ensemble vostre avis pour les couleurs dont il faudra que soyenl tous ces ornernens2.
Surtout appliquez-vous à fournir à M. de Seuil tout ce qui luy sera nécessaire pour l'armement de ce vaisseau. . .
(Arch. de la Mar. Dépêches concernant la nutrine. 167 1 , fol. t65.)