A M. DE LA GUETTE
De. . . 8 septembre t66a.
Avant que de répondre à vostre dépesche du 5 de ce mois, je vous diray que j'ay esté fort surpris, après avoir examiné Testât daté du 18 juin de l'année présente que vous m'avez envoyé, par lequel il paroist que Ton a desjà dépensé iqv.î8A livres au radoub des vaisseaux venus de Ponant , et qu'il falloit encore y employer 1 i,5i8 livres, de voir que cela montoit à une somme si excessive1. J'ay commencé à apostiller de ma main ledit estât que je vous renverray aussytost que je l'auray achevé; mais je dois vous dire à l'avance qu'après une dépense de 3oo,ooo livres qui a esté faite au radoub des vaisseaux de Ponant et Levant, il n'est pas possible de comprendre qu'il en faille encore faire une de 100,000 livres pour le mesroe sujet parce que lesdits vaisseaux ont esté quatre mois à la mer. Je vous avoue que j'en ay un dégoust et une mortification plus sensible que je ne sçaurois vous exprimer, d'autant plus que, s'il n'y avoit pas de moyen de
la miséricorde de Dieu si je eonnivois arec quelqu'un pour la diminution de leur vie ei pain quotidien, et je puis dire avec vérité que, depuis trois années que je suis icy , je n'ay jamais eu plainte du pain que je ne Paye confisqué ou fait changer. . .» ( Depping, Corresp. adm. Il , 885.)
1 Le 9 a août, Colbert avait écrit à M. de La tiuelte :
«Il est d'une extrême conséquence, après la furieuse dépente qui a esté faite pour le radoub des vaisseaux qui sont en Levant , de les maintenir en sorte qu'il n'y en ayt point ou bien peu à faire lorsque l'on voudra les mettre à la mer. Sur ce point, je vous diray que Sa Majesté désire tenir toujours en mer six vaisseaux, tant l'hyverque l'esté, pour assurer le commerce de <*es sujets et les défendre des pirateries des cor-
saires , et , pendant la belle saison, toutes les galère» que l'on pourra armer; ce qu'il faut que vous fassiez entendre de sa part à tous les négocions de la province, et que vous releviez l'éclat d'un dessein qui est directement à leur avantage; mais il est très-important d'enipescher que nos vaisseaux reviennent tous les trois mois dans nos ports sous prétexte de radoub, car il est absolument nécessaire de les acrouslumer à tenir la mer pendant quinze ou dixhuit mois, ainsy que font les Anglois et les Hol landois, en leur envoyant des victuailles par des barques longues ou par d'autres hastimens ;i des rendez-vous que l'on prend avec secret é. De sorte que, sur ce fondement, le Roy veut qui les six vaisseaux tiennent la mer tout l'hyver prochain. . .* ( lier, de div. lettres, fol. 73. )
KT GALÈHKS. Il
remédier ù une ebote si extraordinaire et qui tombe si peu sous le sens, il «adroit mieux abandonner tout à fait le dessein de la marine que de s'enpgV à des dépenses exorbitantes et s'exposer en mesme temps à la raillerie des estrangers, qui se moquent de ce que nous employons si inutilement des sommes immenses.
Ett effet, Ton a reçu des lettres d'Angleterre où, ce désordre estant connu. Von nous traite comme des ridicules et des gens incapables des affaires delà mer; car enfin il est constant que le roy d'Angleterre ne dépensera que 3,3oo,0(i ) livres, par chacun an, pour entretenir à la mer 1 53 vaisseaux de guerre, Testât en estant fait, qui sera vraysemblablement exécuté par l'industrie et l'application de ceux qui en seront chargés; au lieu que nous en avons dépensé presque autant depuis une année sans aucun fruit. J ajouteray encore que je n'ay pas osé faire voir vostre estât au Roy, parce que je sçais que Sa Majesté en seroit sans doute plus étonnée que moy, et que cela luy pourroit peut-estre faire perdre entièrement la pensée d'avoir «les forces maritimes.
J'ay esté aussy étonné d'apprendre par vous que les victuailles des six vaisseaux commandés par le Vice-Amiral n'iront pas jusqu'à la fin du mois prochain, parce que j'avois toujours cru qu'ils en avoient pour quatre mois, et que lesdites victuailles n'avoient commencé à courir que du premier aoust dernier. L'on prendra résolution au plus tost sur les vaisseaux que l'on pourra faire sortir à la mer, en faisant revenir quelques-uns de l'escadre qui y est maintenant, dont M. Matharel aura soin de vous informer, comme aussy des lieux où Ton estimera nécessaire de faire tenir des victuailles, me remettant particulièrement à ce qu'il vous fera sçavoir touchant cet estât de radoub.
Je tascheray de régler avec les fermiers des gabelles et des traites foraines les droits qu'ils prétendent lever sur les victuailles et les sels dont Ton a besoin pour les arméniens de mer.
Vous sçavez que le Roy a accordé 5o,ooo livres à la ville de Marseille pourhastir d'autres infirmeries, parce que celles que ladite ville a sont trop proches de la citadelle1. J'ay différé jusqu'à présent à faire payer celte Mjmmc, sur ce que le chevalier de Clerville eslimoit que lesdites infirmeries pourroient servir de magasin et qu'il falloit prendre nos mesures pour cela. Ma pensée seroit donc que, comme les habitans de Marseille seront obligés de Jes démolir pour transporter les matériaux au lieu où ils voudront construire leurs nouvelles infirmeries, l'on s'en rendist adjudicataire sous un
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nom emprunté et sans qu'il parust que cela se list à dessein de conserver le bastiment, après quoy je ferois promptement payer lesdites 5o,ooo livres et le prix de l'adjudication de ces démolitions, me remettant à vous de mesnager cette affaire en sorte que nous parvenions à nostre but.
J'ay esté bien ayse de voir que la galère la Dauphme fusl preste à sortir du port; quand mesme elle ne pourrait aller que jusqu'à la Tour1, ce sera toujours beaucoup; et, lorsque les six autres seront revenues de la mer, je crois qu'il faudra disperser les chiourmes nouvelles dans toutes les galères afin que, estant meslées avec les vieilles, elles s'instruisent plus facilement à ramer. .
Je vous conjure de presser extraordinairement le maistre de hache de travailler assiduement, puisqu'il ne manque point de bois, au bastiment des deux galères commencées; mais, ce qu'il faut soigneusement observer, c'est que ces deux galères soyent excellentes, et que ledit maistre de hache se surpasse luy-mesme en cette construction.
J'ay une extrême impatience d'apprendre la suite de la nouvelle que l'on a reçue de la prise faite par nos galères2. Si elle est confirmée par des avis assurés, ce sera un double avantage en ce que nous aurons des Turcs pour fortifier nos chiourmes, et en ce que le Roy pourrait, par un petit succès , prendre plus de goust aux affaires de la marine.
Quant aux tapis dont je vous ay écrit, je crois vous avoir expliqué que c estoit pour mettre dans la galerie du Louvre, et par conséquent que ce sont tapis de pied; mais il les faut d'une prodigieuse grandeur et d'une largeur proportionnée, et j'estimerais que ceux du Caire seraient plus propres pour nostre dessein que les autres que l'on fait à Smyrne; parce que les premiers, ainsy que vous me le marquez, sont plus serrés, plus fins et beaucoup mieux travaillés. Néanmoins, comme il est nécessaire que la teinture en soit excellente, si vous apprenez que celle que l'on donne auxdits tapis au Caire ne soit pas de durée et qu'il n'v ayl pas de moyen de la rendre meilleure, il sera plus a propos de n'y plus songer et de prendre la résolution d'en faire faire en Perse. Je vous prie d'en conférer avec les négocians de Marseille les plus entendus sur cette matière.
(Arrh. Ai> la Mir. Recueil de éittru* kltrn, fol. 106.)
1 La lire**» Tour, construis sons Louis XII , à IVntrop dp la petile rndp dp Toulon. — 1 Voir [mgv 1 :t , note.
ET G ALÈKES. 17