A M. DE LA GUETTE
INTENDANT DE MARINE A TOULON
De. . . 8 septembre i6f»s.
Je dois réponse à deux de vos lettres dont la dernière est du 39 du mois passé. J'ay vu par l'une et par l'autre que vous avez renouvelé le marché du pain des galères avec le sieur Beuf , sans néanmoins l'avoir entièrement conclu afin de me donner le temps de vous faire sçavoir mes M?ntimens. C'est à vous qui estes sur les lieux à examiner si c'est une bonne affaire, parce que vous pouvez mieux connoistre que personne l'utilité qui en reviendra. Cependant je suis bien aysc de vous dire que, dans la distribution du pain que j'ay fait faire à Paria*, j'ay éprouvé un homme, nommé Perrin, d'une grande fidélité et d'une exactitude singulière, lequel ma jiensée scroit d'envoyer auprès de vous pour luy faire faire le pain des galères au compte du roy, parce que je suis assuré que, s'il y a quelque chose à mesnager sur celte fourniture, il le fera mieux qu'un autre, et que, ayant le soin de ladite fourniture , le pain sera toujours bien conditionné el de bonne qualité. Je vous prie de m'en mander vostre avis afin que, suivant la réponse que vous m'en ferez, je puisse ou faire partir ledit Perrin. ou prendre résolution de laisser exécuter le marché que vous avez fait avec le sieur Beuf.
Comme- vous recevrez incessamment un grand nombre de forçais, tant du Boulonnois que des dernières chaisnes qui ont passé à Lyon, il ne faudra pas perdre de temps à mettre les deux galères neuves à la mer afin d'instruire la chiourtne à voguer el de l'accoustumer peu à peu à la mer. Je suis bien inarry que la mortalité soit si grande parmy les faux-sauniers3,
1 Le commandeur Des (jouîtes, capitaine de «aisseau en 1C7O, mourut à Moulins le 1 1 décembre 1688, à l'âge de quatre-vingt-quatre an*. -Il servait dès i637.
! Par suite de la disette. — Voir, à ce sujel, Hut'nrr de CoU/ert, r.liap. 111 et m. — Voir ami le Traité dm jtoliee, par Delamare, II.
M. dr Ln finelle a>ait .Vrit sur ce sujet à
Colbert, le 99 du mois précédent : «Les fauxsauniers continuent à mourir d'un mal qu'on juge procéder d'ennuy cl d'affliction. Carje \ous proteste, Dieu vivant, qu'ils mangent de bon pain, bonnes fèves, dans lesquelles je fais, de fois à autres, mettre de la viande pour rendre le bouillon meilleur, pt sont plus soigneusement . secourus et mieux nourris que ne l'ont jamais .•sté aucuns forçats. Je croirois Pilre indigne de
cl, bien nu je M doute point que. vous les assistiez de tout voslre pouvoir pour les soulager dans leur maladie, je ne puis m'empcscher de vous recommander encore d'en prendre tout le soin qui dépendra de vous.
Je vous conjure de presser extraordinairement le bastiment des deux galères que M. Cbabert a commencées.
( ArcJi. de la Mnr. Recueil dt dirent* lettres, fol. 94.)