COMM \>DAINT DE GALÈRES
Paris, 1" may 1671.
J'ay reçu toutes vos lettres, dont la première est du nU mars et la dernière du i "1 du mois passé, dans toutes lesquelles je vois la continuation des diligences que vous faites pour pouvoir mettre sur vostre galère capitane le nombre de cent esclaves, conformément à vostre capitulation; et, comme Sa Majesté s'est toujours attendue qu'elle seroit en estât de servir au commencement de ce printemps, il n'y a rien ù quoy vous deviez donner une si forte application que de la mettre en cet estât, afin qu'elle puisse sortir avec les autres galères de vostre escadre au premier du mois prochain.
Il y a longtemps que j'ay écrit à M. Matharel de donner ordre au fondeur de Toulon de travailler au canon ; et , à l'égard des soldats nécessaires pour m\ armement, le sieur Brodart m'assure qu'il vous a offert de l'argent pour en faire la levée, et je luy ordonne de vous en donner sans aucune perle de temps, ne doutant pas que, de vostre part, vous n'ayez desjà pris des mesures pour en trouver le nombre dont vous avez besoin.
Il me semble que le Roy a exécuté jusqu'à présent vostre capitulation exactement, à l'égard des payemens qui vous doivent estre faits en conséquence, puisque vous avez esté payé de vos appointemens et de ceux des olficiers de vostre capitane pour toute l'année dernière 1 670 , et que, après que les quilles des galères capitane et patronne ont esté posées, vous avez touché, pour chacune, la somme de 3 6,000 livres. A l'égard de l'avance du premier quartier pour son entretènement, vous sçavez que, par nostre traité, elle ne doit estre faite que du jour que ladite galère sera entière-
1 Voir pages 3o6 et 3 19.
36f. MARINE
ment armée, équipée et fournie de toute sa chiourme; ainsy je ne vois pas quelle raison vous avez de vous plaindre de la longueur des payement Je ne laisse pas néanmoins de donner ordre au trésorier de remettre le fonds de ce premier quartier et celuy pour le parfait payement du corps de ladite galère, et j'écris au sieur Brodart de vous payer ces deux sommes incessamment, ainsy que ce qui vous est deu pour la solde et subsistance des bonnevoglies que vous avez entretenus jusqu'à présent sur cette galère. Quant à la demande que vous faites que vos appointemens vous soyent payés depuis le premier janvier jusqu'au jour de l'avance du premier quartier, vous pouvez bien juger que l'on ne peut pas faire ce fonds au juste, que l'on ne sçacbc le jour que vostre galère aura esté consignée, et que, pour le sçavoir, il faut qu'elle l'ayt esté.
Quant à la plainte que vous faites de ce que, dans l'instruction qui vous a esté envoyée, le Roy vous ordonne d'obéir, en cas de jonction, à l'officier qui devoit commander la première escadre de huit galères1, cette difficulté estant à présent levée par la résolution que le Roy a prise de faire commander celte première escadre par M. le Général luy-mesmc, il ne nie reste qu'à vous dire qu'en toutes choses vostre capitulation sera ponctuellement exécutée, et que, quand mesme il se trouvera par mégarde quelque chose de contraire dans les ordres qui seront expédiés, Sa Majesté sera toujours preste à vous rendre justice.
Le sieur Brodart fera ce qu'il doit à vostre égard; travaillez seulement à bien exécuter vostre capitulation , et soyez persuadé qu'en tout elle sera ponctuellement exécutée de la part du Roy.
Je vous enverray au premier jour la commission pour donner au sieur François-Maria Doria2 le commandement de vostre galère capitane; cependant vous pourriez toujours l'en mettre en possession 3. . .
(Arch. do la Mar. Dépfchcg concernant ie* galères , 1671, fol. $7)
1 Voir pièce n° 3*7.
1 François Doria , marquis de Dolce-Aqua , chevalier de l'Annonciade en if>53.
3 Le 1 9 du même mois , Colbcrt écrivait , de Dunkerque, à Doria :
«Je vous envoyé la commission que le Roy m'a ordonné d'expédier pour vous donner le commandement de la galère capitane de l'escadre que M. le marquis Centurion doit mettre en mer. Comme Sa Majesté vous a accordé cette charge sur les lesmoignages avantageux qui luy ont esté rendus de vostre naissance, de vostre courage cl de l'aflklion particulière que
vous avez pour son service, elle s'attend bien que vous n'oublierez rien de tout ce qui dépendra de vous pour soutenir avec éclat , tldtf ce commandement, la dignité de ses fort» maritimes. Cependant, pour seconder vos bonnes intentions et l'envie que vous au 1 la bien servir dans cet employ, Sa Majesté veut bien vous accorder, outre les appointent^ ordinaires qui vous doivent estre payés par le marquis Centurion, une pension delà sohwk de a, 000 livres par chacun an, et ajouter n l'honneur qu'elle vous fait de vous recevoir à son service celte autre marque de son t»
[INTENDANT A ROCIIEFORT.
Montrcuil-sur-Mer, |Q may 1671.
J'ay esté bien aysc d'apprendre, par vostre lettre du h de ce mois, la dis- (►osilion où sont toutes les choses que je vous ay recommandées à mon départ pour l'ordre et la propreté de vostre arsenal en toutes ses parties, et pour faire en sorte que le Roy soit satisfait de la dépense qui y a esté faite jusqu'à présent.
Je vous prie de continuer à me donner part, toutes les semaines, de ce que vous y avancerez. Surtout prenez bien garde que les vaisseaux soyent «traordinairement propres, depuis la quille jusqu'au dernier funin, tant en dehors qu'en dedans2. J'aurois esté bien ayse que vous m'eussiez informé «le lestât de vostre santé parce que c'est le principe de toutes choses.
Pressez fortement la couverture de tous les magasins qui n'estoient pas encore couverts lorsque j'y estois, afin que le Roy voye le grand corps de logis de tous les magasins entièrement achevé. 11 faut aussy presser également l'élévation des magasins du munitionnaire, estant très-important et très-nécessaire qu'il voye la plus grande quantité de bastimens qu'il sera possible.
Puisque nous ne pouvons pas donner au Roy la satisfaction de voir baslirou fort avancer le bastiment d'un vaisseau en sa présence, au moins faut-il qu'il en voye gréer et équiper un tout entier. Pour cela, il faut disposer toutes choses dans le magasin particulier de l'un des plus grands vaisseaux, le faire voir au Roy un malin tout nu et le mettre en une journée de temps en estât d'estre mis à la voile , c'est-à-dire qu'il faudroil y mettre, depuis le lest, s'il peut estre osté, jusqu'au mast de perroquet, toute l'artillerie, toutes les armes, et généralement tout ce qui est nécessaire pour l'armer et équiper et pour le mettre en mer. Je crois que, au défaut du bastiment, ce sera une chose assez belle à luy faire voir. Pensez-y bien et prenez vos mesures justes pour y réussir, si cela vous paroist possible.
rouve fort la pensée que vous avez de faire un chemin par terre de Tonnay-Charentc à Rochefort. Faites-y travailler avec le plus de diligence que vous pourrez; mais, comme le Roy arrivera à Tonnay-Charentc à
' nu*. En mon particulier, »ous me trouverez 1 En quittant Rochefort.
t"U)«)re disposé à faire valoir vos services." 3 Voir pièce n* a3/i et note.
<<V*»c.Jr,fî«i.fol. 9ft.)
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la fin d'aoust, je crois que nous pouvons faire estât qu'il pourra venir par eau, et ranger tous nos vaisseaux sur cette présupposition. 11 est vray qu'en mettant au milieu le plus grand vaisseau avec le pavillon, et rangeant les autres de suite, les plus grands les plus proches de celuy-là, il se trouvera que les plus petits vaisseaux se trouveront dans les extrémités; et ainsy, de quelque costé que le Roy vienne, il trouvera toujours le mesme ordre.
Outre cet ordre, qui sera beau si les vaisseaux sont propres, et l'équipement entier d'un vaisseau, nous pourrons encore luy faire voir l'atelier des constructions, qu'il faut mettre en bon ordre; ensuite le magasin général avec les livres en la forme qu'ils sont tenus; la salle d'armes, qu'il faut bien ranger et tenir très-propre , suivant les mémoires que j'ay prié mon frère de Maulevrier de m'envoyer; ensuite tous les magasins particuliers; la halle aux masts, et en faire faire un des plus grands en présence de Sa Majesté; la halle des tonneliers.
Il faudra faire master un vaisseau en sa présence. Pour cela, il faut, s'il est possible, que la machine soit faite; et vous pouvez vous servir pour cela de l'Anna en ponton.
Ensuite, faire voir fabriquer une grosse ancre; et c'est en cela qu'il faut establir un grand ordre, en sorte qu'il n'v ayt que le nombre de forcerons nécessaires pour remuer les machines et pour battre.
Faire voir les magasins des chanvres, les goudrons, la filerie, la corderie, l'estuve, le magasin des cordages goudronnés; et, dans tous ces ateliers, il faut y establir un grand ordre et une grande propreté, et faire faire en chacun tout ce qui s'y peut faire de plus beau et de plus extraordinaire.
Il faudra aussy faire donner carène à un vaisseau. EnGn il faut que vous examiniez tous les jours tout ce qui se peut faire qui puisse donner |du> de satisfaction à Sa Majesté, et vous y bien préparer dès à présent.
Si vous pouvez faire assembler les eaux dont vous m'avez parlé et les faire conduire à la fontaine de Saint-Nazaire , ne manquez pas de le faire, d'autant que le Roy verra cette fontaine en allant aux rades pour voir les vaisseaux1.
Je vous recommande pareillement l'arrangement des bois, en sorte qu'il n'y ayt aucune confusion en toutes choses.
Je sçauray du Roy quel nom il voudra donner à la petite frégate.
Il me semble que je n'ay plus rien à vous dire. Pensez aux ornemens de tous les bastimens qui serviront à Sa Majesté . . .
(Arch. de la Mar. Dépêche* concerna* h marine, 1671 , fol »«» 1
1 Voir pi^re n° a U.
INTENDANT A ROCHÉFORT.
Tournai, 3 juin 1671.
J'ay reçu vos lettres des 1 lx , 18 et ai du mois passé. J'attends avec impatience le mémoire que vous m'avez promis à la fin du mesme mois de tout ce qui aura esté fait en exécution de celuy que je vous ay laissé; et j'estime nécessaire , d'icy au voyage du Roy, que vous m'envoyiez un pareil mémoire tous les quinze jours. Travaillez autant qu'il vous sera possible, non-seulement à l'exécution du contenu audit mémoire, mais mesme à examiner avec soin s'il ne se peut rien faire de mieux. Surtout faites partir prompteraent l'escadre de M. le Vice-Amiral, afin que, en estant débarrassé, vous puissiez donner toute vostre application à polir vostre arsenal et à disposer toutes choses en sorte que le Roy en ayt une pleine et entière satisfaction.
Sur la blessure du chevalier d'Hailly, il faut traiter ces sortes de matières d'une autre manière que vous ne faites, Sa Majesté n'estant pas satisfaite qu'un duel ou qu'une rencontre entre un capitaine et son enseigne K passe sans en estre autrement informée que par un mot vague que vous mettez dans vos lettres. Cela ne répond en aucune façon à l'exacte discipline que le Roy fait observer à présent dans ses troupes. Et, comme il est nécessaire que nous nous conformions à l'esprit de Sa Majesté, il faut (et elle le veut ainsy) qu'en toutes occasions pareilles vous fassiez faire une information exacte par le prévost delà marine1, de laquelle vous me devez aassytost envoyer une copie, faire arresler les officiers et les mettre au conseil de guerre.
Vous devez vous persuader qu'il n'y a rien qui fasse tant de peine au Roy que de voir un mot de cette manière dans vos lettres, sans aucun antre éclaircissement. Il n'y a rien mesme que Sa Majesté puisée moins souffrir que ce relaschement de la discipline; prenez donc bien garde à l'avenir d'en user de cette sorte , et faites sçavoir généralement à tous les officiers de marine que Sa Majesté vous a ordonné d'en user ainsy. Il est mesme très-important que les officiers de marine commencent à s'accoustnmer à tenir des conseils de guerre, et à sçavoir ce que c'est de rendre la justice dans l'estendue de leurs fonctions . . .
(Arch. de la Mar. Dépêches concernant la marine, 1671, fol. mg.)
1 Officier établi pour la punition des crimes de Louis XIV, datée du camp devant Dole, en commis par les gens de mer. Une ordonnance 167 A, donna au prévôt et i ses lieutenant» 111. a 4