‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 191 sur 486 · AU SIEUR BRODART · texte numérisé non relu

AU SIEUR BRODART

COMMISSAIRE GÉNÉRAL DE MARINE A TOULON

Paris, 1" raay 1C71.

La difficulté que vous faites d'aller voir le marquis Centurion est une conduite si bizarre et qui vous rend si peu en estât de servir dans l'employ que je vous ay donné sur son escadre, que je ne sçais pas où vous avez pris une si folle résolution. Voilà dcsjà deux ou trois occasions où je vous vois des chimères de cette nature1; prenez vostre résolution, ou de servir

1 Voir pièce n* ifiô et nolu.

avec la soumission que vous devez avec des personnes que le Roy establit dans des charges et dignités fort au-dessus de vous, ou de ne point servir du tout. Il faut estre ferme quand il s'agit du service du roy, et fort civil e4 soumis quand il s'agit de ce qui vous regarde.

Dans toutes vos lettres, je ne vois que chicanes sur tout ce qui concerne ledit sieur Centurion. Sa capitulation est fort claire et fort nette; si vous ne l'entendez pas, il faudra donner cette commission à un autre qui l'entendra mieux que vous 1 . . .

(Àrch. do ia Mar. Ordres du roi concernant le* galère», 1671, fol. 89. — Lettra originales de Colbert à Brodmrl , cabinet do M. le marquis de Colbert-Chabannai* )

INTENDANT A ROCHEPORT.

Paris, im may 1671.

J'ay reçu vos mémoires des ao et 2 3 du mois passé, avec celuy des adjudications que vous avez faites. Je crois que c'est un bon commencement, d'autant plus que j'espère à l'avenir que les prix en pourront diminuer, particulièrement si les marchands trouvent une grande facilité dans leurs fournitures, pourvu qu'elles soyent fidèles, et qu'il n'y ayt aucune difficulté à leur payement. C'est à quoy vous devez surtout vous appliquer, estant certain que, si vous pouvez une fois bien establir cet ordre et cette bonne foy, vous aurez les* marchandises bonnes à grand marché et avec une facilité incroyable; et cela mesme entrera dans l'augmentation du commerce du royaume, et donnera de la facilité aux marchands pour les constructions et les radoubs de leurs vaisseaux. Vous devez surtout observer de ne prendre que les marchandises qui vous seront nécessaires sur le pied du projet que je vous ay envoyé, c'est-à-dire d'avoir toujours, dans l'arsenal de marine, de quoy armer quarante vaisseaux dans tous les magasins particuliers, et autant dans le magasin général.

1 Colbcrt écrivait en effet, à Brodart, le 7 août suivant :

t?L6 Roy ayant fait chois du sieur Arnoui pour faire les fonctions de commissaire général de l'escadre de galères de M. le marquis Centurion , et en mesme temps de commissaire de la marine pour l'enrôlement des matelots, je vous en donne avis pour que vous luy remelliei tous les mémoires et instructions qui luy seront nécessaires. Apres que vous l'aurez pleinement

instruit, vous pourrez vous disposer à partir pour vous rendre près de moy, où je vous destine un employ plus avantageux que celuy dans lequel vous servez à présent. . . » (L-ttres n Brodart.)

Rrodart fut attaché, dès le mois d'octobre suivant, au port du Havre en qualité do commissaire général; il y rencontra de nouvelles difficultés. (Voir pièce n" 36a.)

Je feray faire quarante morceaux de marbre noir de deux pieds de long sur un pied de large, et vous les enverray au plus tost. Mais je ne crois pas y devoir faire écrire les noms des vaisseaux , parce qu'ils changeront. Vous pourrez y suppléer par des morceaux de papier noir où vous ferez écrire les noms des vaisseaux qui spnt à présent dans le port, pour les coller sur le marbre lorsque le Roy ira sur les lieux K

Je vous ay fait sçavoir que Sa Majesté iroit par Tonnay-Charente, et retourncroit par la Rochelle. Je crois que vous devez disposer vos vaisseaux en sorte que celuy qui portera le pavillon soit au milieu, et mettre ensuite les plus grands et les plus beaux plus proche, ainsy de suite, en sorte que, de quelque costé que le Roy vienne, il commence toujours à voir les plus petits et voye de suite les plus grands jusqu'au pavillon.

A l'égard des chanvres, je sçais combien il est important que les magasins en soyent toujours bien fournis; mais Pestablissement que j'ay dessein de faire est assez grand et assez considérable pour souffrir quelque chose dans son commencement. Je vous avoue que j'ay une grande peine à consentir que Gallon fournisse tous les chanvres, pour deux raisons :

L'une, que c'est mettre entre les mains d'un seul homme une marchandise entière, en sorte qu'il sera le maistre d'y mettre tel prix que bon luy semblera ; et nous ne sommes pas encore dans le temps d'agir de cette sorte, parce qu'il faut que les peuples vivent, et surtout que cette marchandise ayt un grand débit, et qu'ils soyent portés partout à en semer dans toutes les terres qui en peuvent porter, afin que, par ce moyen, le bon marché nous vienne de l'abondance; ainsy je ne parviens point à la lin que je me suis proposée;

L'autre est que cette fourniture entière me paroist fort suspecte, et que je suis toujours fort en garde contre le sieur Dumont, estant facile de prendre part et de s'entendre avec un marchand seul, ce qui ne se peut pas contre un grand nombre; et mesme je vous dois dire que les marchands de la Rochelle m'ont dit que si l'on adjugeoit ces fournitures par petites quantités, comme de 5o, 100 et aoo milliers, il y auroil quantité de marchands qui s'y engageroient -, ce qui n'arriveroit pas si l'on faisoil l'adjudication entière. Nonobstant toutes ces raisons , je ne laisse pas de me remettre à vous pour accepter ou non la proposition dudit talion...

(Arrh. dr la Mar. Dëjtêchcjt concernant la marine, 1671, fol. 199.)

1 Voir pages 99a et 358. me faite» tic former une société de marchand»

' Cnlbert écrivait, le i5 mai, à Lecarnus, de Clermonl et «le Maringues pour fournir le* nlffldant à Biom : rLa proposition que vous rhanvres nécessaires pour les magasins du roy

m MARINE

'238. — A M. AUNOUL,

INTENDANT DBS GALÈRES A MARSEILLE

Paris, 1" may 167».

Le voyage que le Roy m'a ordonné de faire à Rochcforl a esté cause que vous avez esté quelque temps sans recevoir de mes lettres; je réponds à présent à celles que vous m'avez écrites les 98 mars, 7 et 18 du mois d'avril.

Je ne doute pas que les huit galères qui doivent composer la première escadre que le Hoy a résolu de mettre en mer ne soyent à présent en estât de partir, et que, en conséquence des derniers ordres qui ont esté envoyés à M. le Général et à vous, vous n'ayez mis pareillement In Réale en estât de faire le voyage. Et comme ce qu'il y a de plus important dans le dessein qu'a M. de Vivonne d'armer cette escadre à la légère est de faire en sorte que les galères ne manquent point de vivres pendant leur navigation, je m'assure que vous prendrez de si justes mesures avec luy que cet inconvénient ne sera point à craindre, en embarquant sur lesdites galères beaucoup de biscuit, de vin et des autres victuailles que vous croirez que l'on aura peine à trouver dans les lieux où elles aborderont, et chargeant un commis du soin d'acheter celles que l'on pourra trouver facilement. Cependant je ne sçaurois qu'approuver tout ce que vous faites de concert et par les ordres de M. le Général pour l'armement de l'escadre, et pour prévenir les inconvéniens qui pourroient arriver de la manière dont elle sera armée.

Je suis bien ayse que M. de Vivonne travaille à former la chiourme des deux nouvelles galères qui ont esté données à M. le comte de Beuil 1 el au chevalier de Pennes2; ce sera assurément un grand avantage si elles peuvent estre toutes armées cette année.

est fort bonne; et comme cela sera fort avantageux au service de Sa Majesté, et me soulagera beaucoup du soin de faire faire ces fournitures , je vous prie de travailler, sans aucune perte de temps, à faire réussir cette proposition, en les obligeant, s'il est possible, de les Uvrer à Rochefort. Pour cet effet, il seroit nécessaire qu'ils prissent correspondance avec quelques marchands de la Rochelle, ou qu'ils lissent une société avec eux pour faire ensemble cette livraison. Comme il nous en fau- .Ira tous les ans un million ou environ, cette

fourniture leur produira assurément beaucoup d'avantages. . (Depping, Currrtyund. mimi" 111, 838.)

1 Le comte de Beuil, capitaine de gahoten 1668, de galère en 1671, chef J'encadre en 1698. Mort le sa juin de la nnW année.

* Le chevalier, depuis commandeur <k Pennes, de Marseille, lieutenant de vaisseau en 1666, caravantste à Malte en 1670, capitaine de galère en 1 67 1 , chef d'escadre Hes j;j lères on 1699. Mort le aG août 1705.

A l'égard de la fourniture de toutes les marchandises qui vous sont nécessaires pour les galères, il faut se servir des sieurs Dalliez tant qu'il ne se pourra faire de marchés publics, mais, aussytost [que possible], il faut faire passer toutes nos fournitures par les marchands.

J'ay reçu le mémoire que vous m'avez envoyé du prix des victuailles qui composent chaque ration, et je m'en serviray pour conclure avec le sieur Dalliez le traité pour la fourniture des vivres des galères; cependant voyez de voslre part, avec le sieur de Bonrepos *, si vous ne pourrez pas encore diminuer le prix de chaque ration.

Je suis bien ayse que vostre fils soit party pour se rendre à Venise, avec les mémoires nécessaires pour y faire toutes les observations qui pourront servir à l'instruction du mien. Comme il arrivera quelque temps avant luy, il pourra prendre ses mesures pour bien faire toutes ces observations. Le dessein que vous avez de l'envoyer, au retour de ce voyage , à Rome , ;i Naples et mesme à Malte et en Sicile est fort bon , et je ne sçaurois qu'y donner mon approbation, ne doutant pas qu'il ne tire de ce voyage des connoissances qui nous seront utiles; je crois mesme que vous ferez bien de l'envoyer dans tous les lieux d'Italie où il pourra avoir matière de s'instruire.

Il y a quelque temps que je vous ay écrit que , le Roy s'estant obligé de pourvoir à la levée et à la subsistance des soldats qui doivent servir à l'armement de la galère capitanc de M. le 'marquis Centurion, il estoit nécessaire que vous m'envoyassiez un mémoire de ce à quoy revient la levée de chaque soldat et sa nourriture à la mer, afin de pouvoir faire ce fonds ao juste. Je m'étonne que vous ne m'ayez point encore donné cet éclaircissement que j'attendray incessamment.

Puisque vous avez reconnu dans la galère que M. le marquis Centurion a fait bastir dans le port de Toulon, quelque chose de bon que l'on n'a point pratiqué jusqu'à présent dans celles que vous faites bastir, il faut sans difficulté s'en servir à l'avenir et profiter de tout ce qui pourra contribuer 1 la bonté et a la durée des galères du roy. Et puisque vous en estes satinait, et qu'effectivement cette galère luy couste ii,ooo livres au delà d'une galère ordinaire, je parleray au Roy pour porter Sa Majesté à luy faire quelque gratification au delà des 60,000 livres qui luy doivent estre payées. Cependant je ne vois pas quelle raison madame de Centurion et

1 François d'Usson de Bonrepos succéda à <1 lufiwillc comme commissaire général de nonne en IU7G. Intendant général des classes

en 1 683. Envoyé en mission a Londres, dn ifi«5, cl ambassadeur en Danemark en 169a. Mort le la avril 1719.

m MARINE

luy peuvent avoir d'cstre si mal contens, et vous pouvez les assurer que la capitulation sera ponctuellement exécutée.

A l'égard de la prétention que ledit sieur Centurion a d'obtenir de If, le grand maistre de Malte1 l'exemption du droit de 56 livres qu'il prend sur chaque esclave qui sort de Pisle, le Roy écrit au Grand Maistre pour le porter à luy donner toutes les facilités nécessaires pour tirer des esclaves de l'islc, et luy procurer, pour les esclaves qu'il achètera, les mesmes exemptions de droits qui sont accordées pour ceux qui sont achetés par vos correspondans 2. Cependant j'approuve le traité que vous avez fait avec M. le commandeur de Binanville pour les avoir à 345 livres pièce, et vous pouvez sans difficulté l'exécuter.

Je suis bien ayse que vous ayez accommodé l'affaire du marquis de Fleury avec ceux de la compagnie du Bastion , et vous me ferez plaisir de m'informer de Testât auquel est cette compagnie, pour connoistre si elle peut bien soutenir ce commerce 3.

J'ay vu et examiné le mémoire que vous m'avez envoyé concernant la cure du port, et j'approuve les mesures que vous prenez pour le mettre en estât d'avoir bientost toute la profondeur qui luy est nécessaire, n'y ayant rien de si important (pie de bien establir ce travail. Pour cet effet, vous pouvez faire faire le plus grand nombre qu'il se pourra de barcades qui servent à recevoir la boue que tirent les machines; et cependant j'expédie un arrest du conseil pour obliger la ville de payer par avance, chacun quartier, la somme de 6,3 5o livres destinée pour la cure dudit port, et une ordonnance portant défense d'enfoncer dans le port aucuns bateaux ou barques.

A l'égard des alignemens de la ville, j'expédie pareillement un amsl du conseil pour commettre le sieur Puget pour en prendre soin et pour obliger les particuliers à ne faire aucuns bastimens sans sa participation4.

Puisque vous espérez avoir bientost tout le bois nécessaire pour la construction de vos quatre vaisseaux, il faut travailler incessamment à les achever, et je vous enverray des fonds. Cependant, comme l'intention dit Roy n'a jamais esté d'establir à Marseille un principal arsenal de marine, et que vous reconnoissez que les vaisseaux y coustent beaucoup plus à baslir qu'à Toulon, vous devez seulement acheter à l'avenir les bois qui se présenteront pour les galères et adresser à Toulon, à M. Malharel, ceux qui se présenteront pour les vaisseaux5.

1 Nicolas Cotoner, grand maître de l'Ordre J Voir nièce n° a ,"k).

depuis t(>63. Mort le a y avril i(>8o, ù lïijje 3 Voir pièce n" 1 96 , pape 3ot>.

de soixante et treiïe ans. Il avait .succédé à son 1 Voir page hoo.

frère, Raphaël Gotoncr. Voir pièce n9 9 1 5.

Je suis bien ayse une vous vous disposiez à m 'envoyer de lu graine et des |>ieds d'acacia, et que, dans le voyage que vous avez fait à Toulon, vous «ijcz pris des mesures pour ni'envoyer de toutes les Ileurs que je vous ay demandées1.

Je vous recommande toutes vos constructions de l'arsenal , de la citadelle et du fort Saint-Jean, et de travailler toujours dans la vue de mettre les rlioses en estât que le Roy en puisse estre satisfait, au cas qu'il prenne la résolution d'aller en Provence.

( \irli. ilr in Mar. lichen fmtim* InJvN»W, 1671 . fol. 81.)

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