‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 207 sur 486 · A M. ARIVOUL · texte numérisé non relu

A M. ARIVOUL

INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE

Versailles, a 5 septembre 1671.

Je fais réponse à vos lettres des 39 du mois passé, 5,8 et 19 de ce mois.

J'ay esté bien ayse d'apprendre que les deux escadres commandées par les sieurs de Villeneuve et commandeur d'Oppède2 soyent arrivées en bon estât, et qu'il n'y ayt eu ni morts ni malades. C'est assurément un très-grand avantage; mais pour le bien confirmer et rendre, s'il est possible, les galères du roy les meilleures de la mer, il seroit à souhaiter que l'on pust exécuter la proposition que M. le Général avoit faite autrefois de les faire naviguer pendant l'hyver, d'autant que, si l'on pouvoit une fois les accoustumer à tenir la mer en toutes saisons, il n'y auroit rien de si avantageux ni qui pust mieux leur donner une très-grande réputation. Entre-

1 Voir pièces n°* aig, 3o5 et notes. — Colbert écrivait à de Terron, le I octobre suivant : if Je vous avoue que le party de foiblesse que tous dites avoir pris dans tout ce qui s'est passé pour l'épreuve qui a esté faite en présence des sieurs Legoux, Besche et LandouilleUe m'a d'autant plus surpris que vous sçavez vousmesme l'importance de ceUe affaire.» Colbert ajoutait qu'il était résolu à ordonner au sieur Dalliez de partir pour Rochefort. «Comme il est bien intentionné et qu'il a l'esprit droit, je ne doute point que vous ne parveniez facilement à convenir avec luy de tout ce qu'il y a de bon et de mauvais dans les canons et dans butes les autres marchandises du Nivernois. A l'yard des plaintes que les officiers de Brest

sçavoir au juste ce qui en est au retour de l'escadre; il faudra voir combien il sera crevé de canons à la canonnade de Salé , et m'en envoyer le mémoire...»

Le même jour Colbert imitait Dalliez  faire un voyage a Rochefort en ajoutant : «M. de Terron m'écrit que le sieur Legoux est convenu que le fer du Nivernois estoit aigre, mais qu'il pourroit estre adoucy; il faut que vous voyiez ce qui peut se faire làdessus pour remédier à un défaut qui est essentiel... » (De/i. cone. la mar. fol. 1*7 et

1 Capitaine de galère en 166a, commissionné en 1671, chef d'escadre en 1680. Mort en octobre 1681.

tenez soigneusement M. le Général dans ces pensées, et taschez de le faire convenir de quelque chose qui puisse fortifier ce corps et le rendre de plus en plus considérable.

Le trésorier des galères vous doit avoir desjà remis le fonds de 1 00,000 livres qui a esté fait en dernier lieu à compte des dépenses de l'année prochaine; ainsy vous pouvez continuer les provisions des marchandises qui vous sont nécessaires; mais je vous avoue que je suis étonné que vous ayez acheté pour a 0,000 écus de bled dans le temps que vous venez de conclure un traité avec les sieurs Dalliez et de Bonrepos pour la fourniture des vivres des galères, vu que c'est à eux à faire cette fourniture. Failes-moy sçavoir ce que vous prétendez faire de cette grande quantité de bled, et quelle en doit eslre la consommation.

A l'égard des autres marchandises dont vous avez besoin pour vos magasins et pour les constructions, radoubs et équipemens de toutes les galères, il faut vous attacher à suivre la pensée que vous voyez dans toutes mes lettres, c'est-à-dire de porter les marchands à les fournir, en sorte néanmoins que vous puissiez avoir le choix de toutes les marchandises et les avoir à bon prix. Ma pensée seroit que vous publiassiez dans toute la Provence et mesme dans les provinces circonvoisines que vous achèterez toutes les marchandises qui vous sont nécessaires à la foire de Beaucaire, comme chanvre, bois, fer, voiles, cotonnincs, herbages, mastset généralement toutes celles dont vous avez besoin. Aussytost que les marchands en verroient un débit et une consommation assurés, il s'en trouveroit assurément qui feroient des efforts pour y en apporter. Je crois bien que la première année vous n'y en trouverez peut-estre pas beaucoup ni de trop parfaites, mais en achetant tout ou la plus grande partie de ce que vous y trouveriez, quand mesme elles seroient un peu chères et qu'elles ne seroient pas trop bonnes, je ne fais aucun doute que l'année suivante vous n'y en trouvassiez une plus grande quantité et que par la suite vous n'attirassiez avec facilité dans les foires une si grande abondance de loute> choses que, non-seulement vous les trouveriez parfaites, mais mesme que le prix en diminueroit considérablement.

Cette abondance produiroit assurément un autre effet considérable qui est que les marchands, trouvant dans les foires une grande facilité et abondance de marchandises nécessaires pQur la navigation, seroient par là excités, plus que par toute autre chose, à bastir des vaisseaux et augmenter par ce moyen leur commerce et leur navigation; et comme nou> n'avons rien de plus important, dans cette nature d'affaires, que de maintenir et conserver les eslablissemcns faits par le sieur Dalliez en Dnuphinr .

il faut toujours prendre de luy toutes les marchandises de ses fabriques et manufactures. Mais vous verrez par la conduite que je viens de vous expliquer qu'aussytost que les marchands verront une scureté de débit et de consommation par le moyen de cette foire, ils s efforceront eux-mesmes •l'entrer en la place dudit Dalliez, et insensiblement ces establissemens se diviseront entre les marchands, et c'est à quoy je veux parvenir. 11 seroit aussy nécessaire pour diligenter l'exécution de ce dessein que, en mesme lemps que vous ferez savoir dans tous les lieux où il se fabrique des marchandises qui vous sont nécessaires, que vous les voulez acheter à la foire de Deaucaire, vous y envoyassiez des échantillons et les modèles les plus parfaits des marchandises, en avertissant les marchands que vous n'en achèterez point qu'elles ne soyent aussy bien fabriquées que les échantillons que vous avez envoyés.

Je n'entends pas bien pourquoy vous me proposez, au défaut de pouvoir mettre les galères Patronne, Dauphine et Souveraine dans les formes pour les raccommoder, d'en bastir trois neuves, vu que vous faites bastir les neuves dans les formes de mesme que vous y faites raccommoder les vieilles; je me remets néanmoins à ce que vous estimerez de plus à propos, c'est-à-dire que vous en pouvez faire bastir trois neuves suivant la proposition que vous faites. Vous devez cependant observer qu'il faut travailler à diminuer la dépense autant qu'il se pourra, le Roy estant obligé d'en faire à présent de si grandes pour ses troupes de terre qu'il est absolument nécessaire que la marine et les galères cherchent l'économie en toutes choses.

Faites promptement le projet de la dépense de l'année prochaine, pour me l'envoyer au plus tost; préparez-vous à arrester Testât de la dépense de cette année dans le mois de décembre, et envoyez-moy, en mesme temps, l'inventaire général de tous les magasins; c'est un ordre qu'il faut que vous observiez tous les ans sans jamais vous en départir.

Comme la construction de la Réale est la plus importante de vos occupations et que ce sera vostre ouvrage , je ne doute pas que vous n'y employiez toute vostre industrie pour la rendre, par sa magnificence, sa bonté H sa beauté, digne du Roy, nostre maistre'.

1 On aurait peine à comprendre les nompassages de ta correspondance où il est <pe>tioQ de la Rèaîe si Ton ne savait pas qu'il « en eut dpux en même temps.

Dans le Carnet de la marine , pour 1 677, nous «oyons en effet que les deux Malet étaient rest»'« dans le port de Messine: la vieille, Italie ;*r Clialiert en 16G8, qui devait être démo-

lie; la neuve, construite en 1673, mais qui ne fut cependant achevée que deux nu trois ans plus tard, et qui ne devait être renouvelée qu'en 1 688 , après doute années de campagne et une année de garde-côtes.

C'est donc de la vieille Renie qu'il s'.igit pages 1/1 G et , par exemple; et c'est à lit Rëale neuve que se rapportent toutes les recoin- -

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Sur le sujet de l'infanterie des galères, je suis obligé de vous répéter ce que je vous ay écrit tant de fois, que je m'étonne que vous ne m'en envoyiez point des extraits de revue; observez de faire le payement sur le pied desdiles revues, et de m'en envoyer un extrait tous les mois et mesme Testât des payemens qui auront esté faits.

Vous pouvez sans difficulté conclure un nouveau traité avec l'armateur sous la bannière de Malte qui s'offre de vous fournir des esclaves rendus à Marseille à 80 piastres. A l'égard de la proposition que vous avez faite d'engager des chevaliers de Malte à acheter des esclaves pour le Roy, Sa Majesté n'a point encore pris sa résolution sur cette proposition l.

Sur les difficultés que vous avez avec les échevins de Marseille au sujet de l'agrandissement, et sur la proposition que vous faites d'establir Puget pour voyer, vous devriez examiner un peu la suite que doit avoir une affaire de cette nature pour ne me pas donner la peine de vous faire une longue explication qui consomme toujours du temps, à quoy vous pouvez suppléer, ou par vous-mesrac , ou en prenant conseil.

Vous demeurez d'accord d'estre cstably commissaire pour raison de cet

mandations relatives à la construction et aux ornements, qu'on trouve pages 379, 3oi , 3o5, 307, 389, etc. ainsi que la lettre de Seignelay que nous donnons ci-après. C'est aussi de ce bâtiment célèbre que les restes sont conservés au Musée naval du Louvre, dont iU font avec le modèle môme, construit récemment, un des principaux ornements :

«Je viens d'examiner avec M. Le Brun, écrivait Seignelay à Arnoul fils le 8 octobre 1 67 A, les dessins que vous m'avez envoyés pour le dedans el le dehors de la galère liéaU, et comme mon père n'y cstoit point et qu'il m'a assuré vous avoir envoyé, depuis près de deux ans, les dessins dudit sieur Le Brun , faits sur les mesmes mesures, je m'étonne fort que vous ne m'en disiez pas un mot et mesme qu'il ne paroisse pas, par le mémoire que vous m'avez envoyé , que vous les ayez fait exécuter. Si ces dessins se sont trouvés perdus ou que, par quelque autre raison que je ne comprends pas, vous ne les ayez pas fait exécuter, et que vous ayez suivy les pensées de celuy dont vous m'avez envoyé les dessins, je ne puis pas m'empescher de vous dire que vous n'avez rien fait qui vaille, parce que ces dessins-là sont fort communs, pour ne pas dire pis, et sont fort in- , dignes du lien où vous les avez mis; et je ne

puis pas trouver de raison qui vous ayt pu obliger à en prendre d'autres que ceux que je vous avois envoyés, auxquels ledit sieur Le Brun s'estoit appliqué avec grand soin.

«Ce que vous avez à faire à présent est de faire cesser tout ce que vous avez commencé, de faire chercher les dessins que je vous aj envoyés, qui doivent estre entre les mains et dans les papiers de vostre père ; me faire sçavoir précisément si vous les avez exécutés ou non, cl m'envoyer ensuite un dessin juste, marqué par pouce et par pied, de tous les endroits de la galère, tant du dehors que du dedans, où il faut des ornemens de sculpture on de peinture, avec vostre avis touchant les lieux qui peuvent estre ornés de Tune ou de l'autre manière. Et prenez bien garde que, sans estre obligé de vous récrire de nouveau , on puisse connoisu* clairement, par ce que vous enverrez, toutes les mesures justes, afin que je puisse vous faire faire des dessins des véritables mesures. J<* vous répète cecy, d'autant plus qu'il n'y a aucunes mesures marquées dans tout ce que vou> m'avez envoyé, ni aucune échelle, sur quoy vous devez observer que ces mesures doivent estre par pied et pouce de roy.» ( Dtp. eeme. \n fffli. fol. i3o.)

1 Voir pièce n* 961.

agrandissement avec M. de Signier l, conseiller au parlement d'Aix. La fonction de commissaire est de nommer des experts, d'entendre les échevins et toutes les parties intéressées, puis, avec connoissance de cause, faire faire un plan, donner des alignemcns, faire exécuter le tout et empescher qu'il n'y soit contrevenu. Si quelqu'un résiste ou n'exécute pas les ordonnances des commissaires , c'est à eux à le condamner à des amendes et à le faire obéir; si l'autorité leur manque, ils doivent avoir recours à celle du roy, qui réside en la province en la personne du gouverneur, et, si cette autorité n'est pas suffisante, il faut avoir recours à l'autorité du Boy mesme, qui sçaura bien maintenir le pouvoir de ceux qu'il establit pour commissaires en quelque affaire que ce soit. Vous voyez bien qu'en agissant de cette sorte, vous- aurez raison; mais tous les autres moyens que vous proposez ne sont que des brouillasseries qui n'aboutissent à rien. Une autre fols, en pareil rencontre, prenez conseil de gens qui soyent capables de vous dire les mesmes choses.

A l'égard des maladies qui ont à présent cours à Marseille, je ne doute pas que M. l'Évesque et les échevins ne fassent leur devoir en cette occasion pour en prévenir les suites. Prenez de voslre part toutes les précautions que vous estimerez nécessaires pour empescher que les malades des galères n'en soyent infectés.

Si les marchands de Marseille prennent goust au commerce des Isles et qu'ils exécutent le mémoire qui vous a esté envoyé par le sieur Pélissier, ce sera assurément un très-grand avantage pour eux; faites-moy sçavoir dans quelle disposition vous les avez trouvés à cet égard.

La demande qui vous a esté faite par un particulier, de luy donner pouvoir de chercher les canons et boulets recélés et enfouis dans la terre, n'estant point une alfaire de marine, vous pouvez luy dire seulement que s'il en apporte quelques-uns dans les magasins, ils luy seront payés au prix qui sera convenu avec luy.

Le sieur Dalliez m'écrit que le sieur Poncet, qui a signé un marché avec vous pour la fourniture des bois de galères, demande à se départir dudit marché s'il n'en fournit pour douze galères. Gomme vous demeurez d'accord que vous avez obtenu de luy hoo livres de diminution sur chaque galère, vous pouvez sans difficulté conclure des marchés pour le bois de douze galères; mais il faudroit que je sçusse à combien monte le marché que vous avez fait avec luy.

! Sipiier, «honnélc homme, raisonnaMemenl intelligent.* ( Tableau de* parlementé, Doppinj;, m. 16

Appliquez- vous à l'article de l'achat des marchandises et de la foire di* Bcaucaire qui est très-important.

Je vous envoyé les ordres du roy nécessaires pour faire attacher à la chaisne quatre Turcs qui se sont trouvés sur une barque qui avoit esté prise sur les corsaires de Tunis, lesdits Turcs estant à présent dans les prisons de Marseille.

(Arcb. de la Mnr. Depéckt» concernant Jet gaUru , 1671, fol. 19t.)

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