‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 206 sur 486 · AU SIEUR LEGOUX · texte numérisé non relu

AU SIEUR LEGOUX

FOURNISSEUR DE LA MARINE

Paris, 20 septembre 1671.

Je viens de recevoir vostre lettre datée de la Rochelle du 1 o de ce mois. Parles procès-verbaux des épreuves, je vois que, de 1 34 pièces de canon, 37 ont crevé. Vous en demeurez d'accord, et vous en attribuez la cause à la seconde épreuve; vous vous récriez contre les canons de Périgord, que vous dites eslre beaucoup plus mal faits et estre tous percés pour un quart de pesanteur davantage par la bouche qu'ils ne le sont par la culasse, et vous prétendez que l'on est disposé à Rochefort à donner l'exclusion aux canons de Nivernois et à admettre ceux de Périgord ; et sur tout cet embarras, sans estre convenu d'aucune chose avec l'intendant, vous vous en revenez en me priant de n'ajouter point de foy à tout ce qui sera dit et écrit de vos canons, jusqu'à ce que Resche, Landouillette et vous m'ayez vu.

En réponse de tout ce grand discours, je vous diray qu'il auroit beaucoup mieux valu que vous n'eussiez point fait ce voyage, puisque vous n'estes convenu de rien avec l'intendant; et vous devez estre assuré (jue ma confiance ne peut estre partagée, c'est-à-dire qu'elle ira tout du costé de l'intendant. Les petits officiers subalternes de Rochefort peuvent bien avoir quelque préférence pour les manufactures de Périgord contre celles de Nivernois, mais l'intendant ne peut estre soupçonné de cette partialité, et vous avez mesme eu l'avantage de trouver le sieur Esbaupin 1 estably contrôleur, lequel, ayant esté longtemps à Reaumont, doit avoir plus de partialité pour vos manufactures que pour celles de Périgord. 11 falloit donc, avant de partir, faire voir à l'intendant ce que vous dites, que les canons de Périgord sont percés en trompette, qu'ils n'ont reçu qu'une épreuve, tandis que ceux de iNivernois en ont souffert deux , et que ceux-cy sont beaucoup mieux faits que les autres, que le fer mesme en est aussy bon. Il falloit, dis-je, examiner tous ces points avec luy de bonne foy (et il n'auroit pas manqué d'en convenir s'ils eussent esté véritables), ensuite examiner avec luy ce qu'il y auroit à faire à l'avenir pour estre assuré de cette fonte, et du tout en dresser un mémoire signé de luy que vous m'auriez apporté.

Pour vous dire le vray, si vous ne m'apportez un écrit de cette sorte,

1 Jacques Esbaupin, contrôleur de marine à Rochefort en 1671, directeur de» manufarinrr* de la marine dans le Nivernais en 1678.

ne croyez pas que je fasse continuer vostre fabrique, parce que je ne veux point continuer à estre dans les incertitudes où j'ay esté jusqu'à présent. Et vous feriez bien mieux, en quelque lieu que ce billet vous trouve, de retourner à la Rochelle pour examiner de nouveau cette matière avec l'intendant et faire un mémoire signé de luy ainsy que je vous le dis, parce que autrement je ne recevray aucune des marchandises que vous aurez fabriquées. C'est lavis que je vous donne, et c'est à vous de l'exécuter1.

(Art*, de la Mar. Dépêche* concernant la marine, .671 , fol. 106.)

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