D'AUGMENTER LE NOMBRE DES CANONNIERS
[Octobre 167 t.]
Il faut chercher un capitaine ou lieutenant, le plus entendu et lo plus appliqué qu'il y ayt dans tous les officiers de marine, eteeluy qui paroistra avoir le plus d'inclination à l'artillerie, le faire commissaire générai de l'artillerie de marine, avec *j,ooo livres d'appointeraens ordinaires.
11 faut, en mesme temps, enrôler tous les canonniers qui se trouveront et qui se pourront assembler en chacun port, et les mettre, pour toutes leurs fonctions, sous la charge dudit commissaire général.
Dans les désarmemens, il faut les entretenir comme gardiens dans le port et l'arsenal par préférence à tous autres matelots.
Lorsqu'ils serviront de gardiens seulement, ils seront soumis au capilaine du Port.
Tenir la main à ce que le commissaire général leur fasse faire souvent l'exercice du canon, au moins une fois la semaine.
Il sera nécessaire que le commissaire général fosse un exercice du canon par écrit et par figure, en la mesme forme que celuy du mousquet et de la pique dans l'infanterie, et qu'il le fasse pratiquer dans l'école du canon qui sera cslablie sous sa direction; et pour le porter d'autant plus à augmenter le nombre desdits canonniers, Sa Majesté luy fera donner une pistolc par autant de canonniers nouveaux qu'il eslablira et qu'il fera en-
1 Colbert écrivait sur le même sujet, le at août précèdent, au munilionnairc Jacquier :
«J'attends les lettres du commissaire Saechi , avec le procès-verbal des vivres embarqués sur les quatre vaisseaux armés à Brest , pour sçavoir au vrny si , dans la vérification que vous dites qu'il a faite avec vous des vivres embarqués sur le Soleil- Royal, il s'est trouvé 1 5o quintaux de biscuits de plus qu'il ne faut pour le temps qu'il doit eslre en mer. J'espère aussy, par ce moyen, que je vérifieray s'il y a eu 60 barriques de vin de Irop consommées sur
ledit vaisseau ; et soyex persuadé que, quelque intelligence qui vous paroisse entre les capitaines et ce commissaire, je decouvriray toujours la vérité; appliquez-vous seulement à bien faire et laissox-moy le soin du reste.
« Envoyex-nioy au plus lost les reçusdeséenvains de ebacun des quatre vaisseaux, certifia des capitaines, afin que je fasse le calcul des vivres qui auront esté consommés en rab> et «le ceux qui leur restent pour le temps qu'il-* doivent tenir la mer, ce qui servira l»eaiiroii|> à la preuve de ce que vous dites. . . * (Atyconc. la mar. fol. 65.)
rôler, après toutefois qu'ils auront esté six mois entiers dans cet exercice et qu'ils auront monté sur ûn vaisseau dans un voyage où ils auront donné des preuves de leur expérience au maniement du canon.
(Arch. de In Mar. Dépêches concernant la marine, 1671, fol. 171.)
INTENDANT A ROC1IEFORT.
Versailles, 7 novembre 1671.
En examinant en gros Testât que vous m'avez envoyé contenant la recette et dépense qui a esté faite par vos ordres depuis le 1er janvier de cette année jusqu'au 29 du passé, j'y ay trouvé des choses assez considérables pour mériter de vous en faire une dépeschc à part.
J'ay donc trouvé que le commis du trésorier qui vous a présenté cet estât n'a point suivy les intentions de son maistre, qui ne peuvent estre autres que d'exécuter les ordres que je luy donne d'envoyer les fonds à mesure que je luy ay remis les ordres par écrit, n'ayant pas manqué de les luy remettre, suivant le règlement qui en fut fait au commencement de cette année et dont je vous donnay part alors. Cependant, ce commis employé en recette entière 3 3 5, 9 U U livres pour la solde de l'escadre des Indes orientales, et A66,ioi livres pour la solde entière de l'escadre de M. le Vice- Amiral. Or, je n'ay point donné ordre au trésorier de remettre le total de ces deux sommes, et le trésorier mesme en demeure d'accord.
Mais ce qui est de plus extraordinaire est que, sur ces deux sommes, qui montent à 80 1, 346 livres 7 sols1, il dit n'avoir esté dépensé que •391,630 livres 5 sols; en sorte qu'il devoit rester entre ses mains 009,716 livres 7 sols; et cependant, par l'arresté dudit estât, il ne luy reste entre les mains que 356, 301 livres 7 sols; en sorte qu'il auroit esté «liverty de la solde des escadres 1 53,5 1 5 livres. Mais comme je n'ay point ordonné au trésorier d'envoyer ces fonds , et qu'il n'a pas deu les dépenser au préjudice des défenses qui luy ont esté faites de divertir aucun des fonds destinés pour solde et vivres, je sçauray bien luy rayer, s'il l'a fait au préjudice des défenses et de mon ordre 2.
A vostre égard, quand le commis du trésorier vous présentera un estât, il ne doit point suivre Testât du roy dont il ne doit point avoir connois- -ance, mais seulement les ordres de son maistre, et n'accuser que la re-
1 Y compris les sous. - 1 Voir pièce n° 37a.
cette effective qu'il a fuite. Mesme dans lestât que vous luy arresterez en fin de chacune année pour servir à la décharge* de son inaistre, il ne doit point faire de recette, mais seulement dépense; et il vous doit suffire de sçavoir les fonds que le Roy fait pour vostre département, non-seulement par l'extrait de lestât qui vous sera toujours envoyé, mais mesme par les ordres et la distribution de ce projet, qui vous sera envoyé au commencement de chacune année.
Je ne vous sçaurois assez expliquer combien il est important à présent d'estre plus exact que nous ne l'avons esté par le passé à la distribution des fonds et à ne point passer les articles libellés de Testât du roy; sur toutes choses , de ne jamais divertir un sol du fonds destiné pour la solde et vivres des vaisseaux. Le Roy estant à présent dans l'intention d'une très-grande entreprise est plus exact que jamais a voir le détail de ses recettes et dépenses; et nous ne devons jamais espérer qu'il puisse donner aucun supplément de fonds quand une fois sa dépense générale est réglée.
Je vous prie de ne vous départir jamais de cette règle; et comme j<» ne puis sçavoir, par lestât que vous m'avez envoyé, Testât auquel vous estes, par la confusion que le commis y a mise, ne manquez pas de me faire sçavoir au plus tost combien effectivement il a reçu et combien il a dépensé, afin que je tienne la main à ce que vous ayez des fonds. Mais surlout je vous répète encore que vous vous donniez bien de garde de divertir aucun des fonds destinés pour solde et vivres des vaisseaux.
(Areb. delà Mar. Dépêcha concernant lu marine . 1671, M. lit.)