AU SIEUR LOMBARD
COMMISSAIRE DE MARINE A BORDEAUX
Saint-Germain, si novembre 1671.
J'ay reçu vos lettres du 3o du passé et des 6, 9 et 1 2 du présent, avec la facture du goudron que vous avez fait charger pour Dunkerque. Je m'assure que, suivant mes derniers ordres, vous en enverrez aussy au Havre-de- Grâce la quantité que je vous ay marquée; et, aussy tost que vous m'aurez fait sçavoir à combien le tout reviendra, je vous en feray remettre les fonds. Je suis extrêmement surpris du meschant procédé d'Elias Hall; informezvous soigneusement s'il est party ou non, parce que, s'il est retourné en Suède, l'ambassadeur du roy en ce pays-là en demandera justice2.
1 La guerre de Hollande, qui fui dédarré au mois d'avril suivant. — * Voir page 5H , noie 1
Il faut que vous excitiez les brusleurs de goudron de la Teste-de-Buch à rendre ledit goudron à Bordeaux où ils en trouveront un débit assuré, tant pour le Roy que pour les marchands; mais, sur toutes choses, appliquez-vous à maintenir et perfectionner cette manufacture, que je considère comme l'une des plus importantes de nostre marine, vous assurant que, s'il y a quelque dépense à faire pour cela, le Roy la fera volontiers.
Travaillez à vérifier tout ce que ledit Elias pouvoit devoir aux brusleurs de goudron , et continuez à les assurer que non-seulement il leur sera fait raison de ce qu'il a emporté, mais qu'à l'avenir ils seront payés régulièrement de tout le goudron qu'ils vous fourniront pour le Roy, et qu'ils recevront des marques de sa protection en tous rencontres. Excitez-les toujours à perfectionner cette manufacture, et empeschez-les de brasier du bois vert, puisque vous assurez que cela durcit le goudron *.
(Arcb. de la Mar. Dépêche» concernant la marine, 1671, fol. 19g.)
LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES
Saint-Germain , h décembre 1671.
Je suis fasché d'apprendre que vous ayez esté malade. Il faut, sur toutes choses, travailler au reslablissement de vostre santé.
Le Roy désirant estre informé par vous-mesme de ce que vous m'avez écrit, et voulant sçavoir vostre sentiment sur plusieurs choses importantes au bien de son service, particulièrement sur l'employ et l'action de son armée navale x il est nécessaire que vous partiez de Brest aussytost que vous aurez reçu cette lettre, et que vous preniez vos mesures pour estre icy le ao de ce mois.
( Arch. de la Mar. Dépêches concernant la marine, 1671 , fol. 11 5.)
1 Colbert écrivait au même quelques jours plus tard : «Vous sçavetque le Roy considère
Uufes pour la marine. Aussy ne sçauriez-vous nplojer tos soins et vostre application en Hiose qui soit plus agréable .1 Sa Majesté qu'à h perfectionner en exritant les paysans de Mé- <!*• qui y travaillent à le rendre plus fin et pins
liquide que par le passé, et leur donnant à
cet effet les instructions que vous estimerai nécessaires pour y parvenir, estant certain, si une fois ils le rendent de qualité égale à celuy du Nord, que Ton n'en prendra point d'autre dans les arsenaux de la marine du Ponant...» (Dép. cxmc. la mar. fol. 3/18.) — Voir pièce n" 3o4.
INTENDANT A ROCHEFORT
Saint-Germain, 1 1 décembre 1671.
que vous me devez envoyer sur la prise faite par le sieur de Villeneuve-Ferrières1; mois je trouve les raisons que vous apportez pour confisquer cette prise fort légères, et je ne vois pas qu'un vaisseau soit conâscable parce que celuy qui le réclama dit Ùick% au lieu de Rklmrd et Lisboa au lieu de Bilhao.
A l'égard de ce que vous m'écrivez, que le Roy a l'habitude de donner quelque gratification aux capitaines qui ont fait quelque prise, je vous répondray que cela a lieu quand la prise est bonne; mais quand elle est aussv mauvaise que celle-là, il n'accorde point de gratification.
Envoycz-moy promptement le livre du cours des marées, et soyez toujours persuadé que l'action que les Ânglois et les Hollandois admirent davantage est celle qui fut faite par Ruyler, qui, recevant chasse des vaisseaux anglois et ayant une connoissance parfaite de toutes les marées, mouilla l'ancre si à propos que son navire ne dériva point, et le cours de la marée emporta les Anglois bien loin, en sorte qu'il se sauva de cette manière.
Sur ce que vous m'écrivez que les officiers et matelots qui pourraient se trouver à la Rochelle ne voudraient pas estre lieutenans sur les vaisseaux du roy, à cause qu'ils sont payés à 1,100 livres sur les vaisseaux marchands, il faut que vous en disposiez le plus que vous pourrez à monter sur les vaisseaux du roy, et, en une occasion aussy importante que celle-cy, il faut joindre l'autorité à la volonté.
Le comte de Blenac3 m'écrit une lettre pleine de chagrin de ce que le sieur Rabesnières a esté fait chef d'escadre. Dites-luy bien que, s'il continue, il va u droit mieux qu'il quittast entièrement le service de la mer; qu'il n'y a qu'on moyen de parvenir dans le service, par le temps et les belles actions; et que, comme nous voicy à la veille d'avoir des occasions de se signaler, il ne doit pas douter que le Roy ne reconnoisse ceux qui auront fait quelque chose d'éclatant pour son service...
(Areb. de la Mar. 0rçnVfc« conctruant la mmrine, 1C71, fol. ai8 )
1 Villeneuve-Perrière* , de la Rochelle , lieu- s'emploie familièrement au lieu du prénom //»tenant de vaisseau en 166&, capitaine de Ire- ckarti.
gale, puis de vaisseau eu 1(171. Tué au combat 3 Capitaine de vaisseau en 1670, gomer-
de Stromboli (côte de Sicile), le 8 janvier MUT général aux Dm en 1677. Revenu en
1676. France en 1690, il retourna aux Iles Pâmée
2 On sait que, dam la langue anglais-, DH suivante el y mourut le 3 juin i<>qG. .