AU COMTE DE VIVOINNE
GÉNÉRAL DES GALÈRES
Saint-Germain, 8 janvier 167t.
Le Roy ayant esté informé que le sieur de Villeneuve a emmené avec luy en Bretagne un forçat des galères nommé La Grée2, Sa Majesté, pour prévenir le préjudice que son service pourroit recevoir si les capitaines se donnoient de semblables libertés, a fait expédier l'ordonnance cy-jointe portant défenses à tous capitaines et autres officiers des galères d'en tirer
1 Quelque temps après, le t5 février, Col- seurement que Ruyter en fera la tentative, et
bert lui écrivait : qu'il est fortement persuadé qu'il y réussira ; et
«M. le duc de Navailles a reçu ordre du Roy comme cela roule en quelque sorte sur non*,
do se rendre dans le gouvernement de la Ro- je vous prie de vous y bien appliquer et <le
chelle, pays d'Aunis et Rrouage pour y com- donner à M. de Navailles toutes les facilité* qui
mander. Vous devez luy rendre toutes les civi- pourront dépendre de vous pour y remédier,
lités auxquelles vous estes obligé, et surtout Informei-moy soigneusement de tout ce qui f
vous appliquer avec luy pour voir loul co qui passera sur ce sujet. . . ?» {Drp. cone. la m*r.
est à faire à Rochefort , pour garantir les vais- fol. 7 1 .) seaux et les magasias du roy de toute insulte * Voir H, 69, pièce n' 16.
de la pari d.-s Holl.imlois. Vous pouver. compter
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aucuns forçais à peine de cassation, et aux argousins , de leur en délivrer à peine désire mis à leur place.
Je ne doute pas que, suivant en cela ce qui est des intentions de Sa Majesté, vous ne teniez la main à l'exécution de ladite ordonnance ».
( Areh. de la Mar. IhpéckeM mmil le* palêrr* , 1 67 a , fol. 5. )
INTENDANT A KOCHEFORT.
Saint-Germain, 10 janvier 167 a.
Le Roy a pris toutes ses résolutions après avoir entendu tous les officiers de marine que Sa Majesté a fait venir. Les sieurs du Qucsne et Gabaret partiront demain ou après pour s'en retourner. Sa Majesté retient icy le ♦ieur de Rabesnières; et il m'a assuré qu'il donnoit ordre d'icy à tout co qui luy est nécessaire pour son équipage. Vous voyez qu'il n'y a plus de temps à perdre à présent pour préparer toutes choses. Je vous avoue que j'ay une grande impatience d'apprendre, par tous les ordinaires, ce que vous avancerez, tant dans la préparation des vaisseaux que dans la levée des matelots et soldats. Sur toutes choses, comme vous voyez que, dans cette occasion, il s'agit de la gloire de la nation pour ainsy dire, je prie de ne rien raesnager pour prendre tout ce qu'il y a de dans toutes vos islcs, à Mornac, Royan 2 et partout ailleurs, estant certain qu'il ne se présentera jamais aucune occasion où il soit nécessaire de faire de plus grands effets qu'en celle-cy, en laquelle les François, qui sont nouveaux dans l'application de la marine, vont paroistre à la mer avec ou contre les deux plus puissantes nations du monde, et avec un moindre nombre de vaisseaux. Vous voyez combien il est important pour la gloire pt pour la satisfaction du Roy, et pour nostre honneur particulier, à nous qui nous en meslons depuis si longtemps, de faire en sorte que les vaisseaux du roy se trouvent supérieurs en bonté, s'il est possible, qu'ils soyenl mieux équipés , mieux fournis de toutes choses, et surtout que les équipages soyent si bons, tant en officiers mariniers, matelols que soldats,
1 Le a a juin suivant, Colbert écrivait à proposer ceux auxquels vous estimere* (pie le Arnoul : Roy pourra accorder la liberté en
f\oai devez observer soigneusement l'ordre des Turcs pour servir à leur place, afin qne
ii »oi« a esté donné de ne détacher aucuns j'en puisse rendre compte â Sa Majesté. . . ( \Hp.
formats sans ordre exprès, encore mesme qu'ils ronr. In gai. fol. t6'i.) >;cnt fait leur temps, et qu'ils veuillent mettre »
m Turc à leur place. Vous pouvex seulement Inférieure,
que s'il se présente une occasion, comme il est impossible autrement, ils se trouvent aussy supérieurs en bravoure et en belles actions. Et pour cela je crois que vous en viendrez à bout, si vous prenez tout ce qu'il y a de bon dans vos isles pour composer vos équipages. Je ne puis m'empescher de m'estendre toujours beaucoup sur un article qui me semble si important.
M. le Vice-Amiral et les sieurs du Quesnc et Rabcsnières ont demandé au Roy deux choses : l'une, que les équipages des trois vaisseaux qu'ils monteront fussent fortifiés de cinquante hommes chacun; et l'autre, que leur canon fust tout de fonte. Faitcs-moy sçavoir aussy vostre sentiment sur ces deux points.
A l'égard du premier, nous pouvons tenir pour certain que les équipages des vaisseaux françois, sur le pied qu'ils sont réglés dans l'ordinaire, sont d'un quart plus forts que ceux des vaisseaux anglois et hollandois. Et ainsy cette augmentation ne seroit pas nécessaire. Néanmoins, vous m'en manderez vostre sentiment l.
A l'égard du second, vous examinerez s'il est possible de passer le règlement, c'est-à-dire si vous avez plus de fonte [à Rochefort], et à Brest de mesrae, qu'il ne faut pour l'exécuter. Pour le vaisseau de M. le Vice-Amiral, il faut sans didiculté luv donner toute fonte. Pour les deux autres,
si vous en avez au delà de l'exécution du règlement, le Roy pourra leur accorder cette grâce. Mais il faut l'examiner auparavant *
( Arrb. Je la Mar. DcpA-he* concerna* la marine, ,673, fol. 9 )
AMBASSADEUR A LONDRES
Saint-Germain , 1 6 janvier 1 672 .
Le Roy a esté bien aysc d'apprendre, par vostre lettre du 1 o de ce mois, que le roy d'Angleterre ayt approuvé la proposition que vous luy avez faite de sa part d'envoyer en Angleterre un oflicier de marine avec mon fils pour conférer, avec le duc d'York et les autres ofliciers de la marine d'Angleterre, de la jonction et de l'action, pendant la campagne, des forces
1 Le 1 3 du mois suivant , Colbert écrivit a ce rien changer. Mais Sa Majesté vous a acconl
sujet à du Quesnc : vingt-cinq hommes d'augmentation sur vostre
«La réduction que vous avez proposée, de Iwrd; et j'en envoyé l'ordiv ù M. de ivuil
ne mettre que le quart de soldats au lieu du par cet ordinaire. . . 1 (l)ép. eonc. h mar.
tiers, estant contraire à l'usage eslably dans Toi. 66.) la marine, le Roy n'a pas estimé à propos d'y « Voir pièce n" ftfti.
KT (iALÈKKS.
maritimes des deux couronnes. Vous avez un mémoire que je vous ay envoyé, qui contient le principal de toutes les résolutions qui sont à prendre ; mon fils portera de plus une instruction qu'il fera luy-mesmc sur tout ce qu'il aura à faire1. Et, comme ce voyage luy peut estre fort utile pour son instruction, je vous prie de luy ayder en tout ce qui dépendra de vous.
J'estime que ce voyage luy pourra estre beaucoup plus utile que le précédent, d'autant qu'après avoir travaillé quatre mois sous moy il est assurément plus en estât de profiter de tout ce qu'il verra et entendra. Le principal point consiste à ce que vous disposiez toutes choses en sorte qu'il ne demeure, s'il est possible, que quatre jours à Londres, et qu'il puisse avoir la liberté de retourner à Chatam et à Portsmouth pour y voir Testât auquel sont les vaisseaux du roy d'Angleterre, s'embarquer et repasser en France.
Pendant le temps qu'il sera auprès de vous, je vous prie de faire en sorte qu'il y ayt toujours quatre ou cinq des principaux officiers de la marine d'Angleterre qui mangent avec luy à disner et à souper, afin qu'il puisse les entretenir et contribuer ainsy à les faire toujours parler de leur métier et de tout ce qu'ils ont vu.
S'il y avoit en Angleterre quelque imprimé ou quelque traité manuscrit qui traitast de la police dans les arsenaux de marine, de la fonction des officiers généraux des armées navales, des officiers particuliers de chacun vaisseau et de tout ce qui sert à la manœuvre, des crimes et des fautes qui >e peuvent commettre, tant dans la manœuvre des vaisseaux que dans les actions de guerre et les combats, des récompenses et des punitions, des ordres généraux des batailles, des signaux et généralement de tout ce qui concerne la marine, je vous prie de le faire rechercher, quand mesme il serait en anglois, d'autant que cela seroit fort utile à mon fils, qui pourrait faire traduire le tout.
Enfin vous me ferez un très-grand plaisir de rechercher vous-mesme tout ce qui luy peut donner une profonde connoissance de toute la marine d'Angleterre.
Mon fils partira mardy prochain.
(Arch.oVla Mar. Dépêth** concernant h commert* , 1679, fol. th.) 1 Voir, dans la section suivante, la lettre du a'» septembre 1671.