‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 213 sur 486 · A. — AU MÊME · texte numérisé non relu

A. — AU MÊME

Versailles, 3 1 décembre 1671.

Je crains bien que la goutte qui vous a attaqué ne retarde l'expédition de nos affaires. Ne vous forcez pas à écrire de vostre main ; il suffit que vous me fassiez écrire.

À l'égard de la difficulté que le commis du trésorier vous fait, il ne faut pas s'en étonner, car la confusion a esté si grande par le passé que je vous avoue franchement que j'aimerois mieux quitter le soin de la marine que d'y retomber. Ainsy, auparavant que ce désordre soit réformé, il y aura peut-estre un peu de peine dans le commencement, mais j'expliqueray si clairement les ordres que je donneray qu'il n'y aura aucun lieu de douter.

Surtout prenez toujours bien garde de ne jamais divertir la solde et les vivres des équipages, parce que le Roy, en cas d'accident, pourroit vous en demander compte, si vous l'aviez fait sans son ordre.

J'attends vostre réponse à ma dernière lettre. Si nous pouvons restablir l'ancienne marine, il ne faut pas hésiter à le faire puisque le Roy le veut; si nous ne pouvons, il faudra continuer à establir les équipages fixes en la forme que je vous en ay écrit; mais, de quelque façon que ce soit, il ne faut pas retarder un moment à commencera lever des soldats. Et, comme je crois à présent que toutes les levées des troupes de terre sont achevées, vous pouvez prendre vos mesures ainsy que vous avez accoustumé de faire', tant pour lever tout ce que vous trouverez d'hommes dans les gouvernemens de la Rochelle, Brouage et les isles, que dans la Saintonge et la Guyenne, et cela sans rien innover à la pratique ancienne qui s'est toujours observée dans la marine.

A l'égard du sieur de Villepars, qui commande l'escadre qui est dans les isles de l'Amérique, c'est à vous à bien examiner s'il est capable de se bien conduire, d'attaquer, et de se défendre des escadres que les Hollandois ou Zélandois pourroient y envoyer, d'autant que, s'il n'estoit pas capable de cet employ, il faudrait assurément y en envoyer un autre. Vous connoissez bien que, pour la conservation de ces isles dans une guerre comme celle que le Roy veut commencer, il faut assurément un homme qui ayt du talent et qui sçacho bien prendre son party, soit pour se choisir des retraites scures, soit pour bien attaquer.

(Arrh.tle la Mar. Dépêcha concernant la marine, 1671, fol. a 4 a)

INTENDANT A ROC11EFORT.

Saint-Germain, /1 janvier 167:1.

Après avoir hier déclaré mes intentions surl'employ de mes forces maritimes, la campagne prochaine, aux principaux officiers de marine qui sont

îcy *, et avoir entendu leurs raisons surtout ce qui est à faire pour le bien de mon service dans une occasion aussy importante, j'ay esté bien ayse de vous faire sçavoir les résolutions que j'ay prises, afin que, vous y conformant, vous puissiez contribuer en ce qui peut dépendre de vous à la satisfaction que j'espère recevoir de l'eraploy et de l'action d'aussy considérables forces que celles que je mets en mer cette année.

Je désire donc que mes vaisseaux qui seront armés et équipés à Rochefort et Brest soyent tous prests et sortent en effet de ces deux ports depuis leio mars jusqu'au premier avril prochain; par conséquent il est nécessaire que vous fassiez lever en diligence tous les équipages, et que vous fassiez en . sorte qu'ils soyent assemblés à Rochefort dès le premier mars , et preniez bien garde que, lorsque mes vaisseaux descendront au bas de la rivière, vous ayez un assez grand nombre de chattes, barques et autres petits bastimens pour faire descendre avec mesdits vaisseaux leurs canons, vivres et généralement tout ce qui est nécessaire pour leur armement et équipement, en >orte qu'ils puissent se mettre en mer sans estre obligés de renvoyer à Rochefort prendre une partie de ce qui leur sera nécessaire.

J'ay résolu de mettre en mer huit bruslots au lieu de six; ainsy il est nécessaire que vous en prépariez encore deux, pour lesquels je choisira) deux nouveaux capitaines dont je vous enverray les noms par le premier ordinaire.

Je vous recommande surtout de vous appliquer à faire choix de tout ce qu'il y aura de bons officiers mariniers, matelots et soldats, dans toute l'estenduc des costes, sans considérer les classes de service, n'y ayant rien de si important ni de si nécessaire, pour le bien de mon service, que de rendre les équipages de mes vaisseaux les meilleurs qui ayent jamais esté oiis à la mer.

J'ay ordonné au sieur comte d'Estrées de donner son rendez-vous général à Belle-Ile, avec ordre qu'en cas que, par la contrariété des vents, l'escadre de Rochefort y arrivast avant celle de Brest, il allast joindre celle- <v dans la baye de Brest, et, au cas contraire, que celle de Brest allast joindre celle de Rochefort dans la rade des Trousses, pour partir ensuite ' nsemble et entrer dans la Manche.

Je désire de plus que vous donniez une application particulière à examiner ce qui est à faire pour empescher les ennemis de rien entreprendre >nr mes vaisseaux et magasins de Rochefort, et pour cet effet que vous fassiez dresser par le sieur de La Favollière des plans et devis de tout ce que vous estimez y devoir estre fait.

1 Voir purées n" 970 H 277.

J'estime nécessaire de faire une bonne et grande batterie de canons au Vergeron, avec une redoute capable de contenir cent hommes . et autant sur les hauteurs de Soubize, de fermer d'un fossé avec un retranchement le bourg entier de Rochefort avec tous les magasins, et de construire pron internent sur la hauteur, en l'endroit le plus commode pour la défense de tout le circuit, un fort de terre dans lequel 3oo hommes puissent camper, avec une bonne redoute de maçonnerie dans le milieu qui soit capable de contenir cinquante ou soixante hommes.

A l'égard de la chaisne à mettre dans la rivière en l'endroit que vous • estimerez le plus commode, des bruslots et pataches d'avis, je me remets à ce que vous m'avez cy-devant écrit, désirant seulement que vous mettiez promptement toutes choses en estât d'oster la pensée aux ennemis d'y rien entreprendre, et, en cas qu'ils en prissent la résolution, de n'y pas

I I. IPMI .

Comme il est important que le vaisseau le Saint-Philipfm qui doit porter mon pavillon ayt le meilleur équipage qu'il sera possible, je désire que vous fassiez lever la moitié dudit équipage dans les isles de Ré et d'Oleron , et que l'autre moitié soit levée au lieu où sera armé ledit vaisseau.

( Arch. de la Mar. Orért* du roi jxwr la marine, 167» , fol. 1.)

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