‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 222 sur 486 · AU SIEUR DU BOURDIEU · texte numérisé non relu

AU SIEUR DU BOURDIEU

CONSUL A ALG .

Versailles, 8 avril 167a.

J'apprends, par vostre lettre du 37 février dernier, les plaintes que* vous avez faites au Dey au sujet de deux barques françoises, dont l'une a esté coulée à fond par l'abord d'un vaisseau d'Alger, et l'autre prise, son équipage s'estant sauvé en terre. Le Roy désire que vous fassiez les plus vives et les plus pressantes instances qu'il vous sera possible auprès dudit Dey pour obtenir la restitution de tout ce qui a esté pris ou perdu de ces barques, et que vous luy fassiez connoistre que Sa Majesté ne laissera pas cette action impunie.

A l'égard des ordres que le Dey a donnés à ses corsaires pour la visite des baslimens qui auront passe-port et porteront pavillon de France, le Roy empeschera bien qu'ils n'ayent l'effet qu'il s'est promis. Et, lorsqu'il vous parlera de la sorte, Sa Majesté désire que vous luy fassiez connoistre qu'elle sçaura bien garantir ses sujets de cette infraction, et que, quand elle prendra la résolution de leur faire la guerre, elle ne les attaquera pas aussy foiblement qu'ont fait les Anglois2, mais qu'elle mettra cent vais-

> A partir de cette époque, il est difficile de distinguer toujours les lettres de Colbert des Irttres de Seiguelay. Mais il est certain que Hles de ce dernier sont, toutes les fois qu'il

séparé, de lui adresser son travail, à cachet volant.

Nous publions néanmoins, dans un intérêt historique, un certain nombre de pièces évidemment émanées de Seignelay.

- On peut lire cependant plus baut (page 39o, noie &) uu passage dans lequel Colbert

seaux à la mer pour courre sus auxdits corsaires, et pour les brider dans leurs ports, ainsy qu'elle tient ceux de Tunis depuis deux ans.

( Arrh. de h Mar. Dcptckei ronmtmnt le commerce , 1673 , fol. toi.)

AMBASSADEUR A LOSDRES.

Saint-Germain, 13 avril 167a.

J 'ay reçu vos deux lettres des k et 7 de ce mois, avec les articles dont vous estes convenu avec les commissaires du roy de la Grande-Bretagne sur tout ce qui doit eslre observé pour les salutsdans la jonction des flottes. Aussytost, j'en ay envoyé une copie à M. le Vice-Amiral et à mon fils, avec ordre au premier de s'y conformer, et ainsy j'espère que cela n'apportera aucune difficulté1; mais je vous avoue qu'il me semble que M. le duc d'York est bien pointilleux et difficile sur ces matières, à quoy ajoutant qu'il prend conseil de gens malintentionnés, il est fort à craindre qu'il n'arrive beaucoup de sujets de division et de mécontentement pendant la campagne. Vous devez vous appliquer avec soin à y apporter tous les remèdes que vous pourrez et surtout à disposer l'esprit de M. le duc d'York à se rendre un peu plus facile; il me semble que tous ses intérests l'y doivent convier; et mesme vous pourriez peut-estre vous servir du roy d'Angle-

met en parallèle les succès obtenus par les Anglais sous Bougie, et l'inaction ou l'impuissance delà marine française a la même époque.

1 II a été déjà question plus haut des saluts (voir page 1 6 A , note). Le moment paraissait mal choisi pour aborder un sujet aussi délicat. Les Anglais prétendaient que le vice-amiral de France devait aliaisser son pavillon et amener ses huniers devant le pavillon royal d'Angleterre ou pavillon rouge, comme le faisaient le |wviIlon blanc et le pavillon bleu. Le chevalier Digby, envoyé par le roi d'Angleterre pour régler cette il illimité, proposa, le i3 mars, de décider que le pavillon français serait amené, à la condition que, si le roi d'Angleterre envoyait une escadre dans la Méditerranée pour servir d'auxiliaire, celle-cy en userait de même à l'égard dn pavillon français. (Dèp. enne. le eomm. fol. 67.)

Colbert écrivait encore à ce sujet à son frère le a3 mars : «Pour réponse à voslre lettre du

1 1 de ce mois, Sa Majesté veut que vous tiriex la déclaration pour establir les saluts aux tenues qu'elle vous a esté proposée par le roy d'Angleterre; si M. le duc d'York veut mettre If terme de mer Méditerranée, et qu'il ne veuille pas mettre et aiUeur», Sa Majesté veut que vous insistiez fortement à ne mettre ni l'un ni l'autre, mais seulement «en cas que le roy «d'Angleterre fist joindre une escadre de ses «vaisseaux à la flotte de France,» sans dire en quelles mers. Il faut vous tenir très-ferme sur cet expédient; mais en tous cas, si vous n'en pouviez venir à bout. Sa Majesté vous permet de passer outre parce qu'il faut éviter toute sorte de difficultés et venir à l'exécution et à ce qui est du service et de l'avantage des deux rois; surtout expédiex cette affaire et Uschez mesme de prévoir tontes les autres difficultés en cas qu'il y en puisse avoir, ce que j« ne crois pas.?» (Même protvnaHce que la lettre . fol. 17.)

(erre, qui paroist plus facile que son frère, pour contribuer à donner cette disposition audit Duc. Comme vous connoissez le dedans des esprits , leurs inclinations et tout ce qui les fait agir, c'est à vous à mettre en pratique les moyens les plus eflicaces pour leur donner les dispositions nécessaires pour que le service de nos maistres ne puisse recevoir aucun obstacle ni difficulté pendant la campagne, autant qu'il sera possible.

J'apprends par vostre mesme lettre la décharge que le roy d'Angleterre a donnée des droits d'entrée et de sortie de son royaume pour tous les vivres qui seront portés à Chatam pour l'escadre des vaisseaux du Roy; vous pouvez donner toutes les assurances qui vous seront demandées pour éviter les fraudes, et j'écris présentement au sieur Frémont afin qu'il ordonne au sieur Garbonnel de s'obliger en la forme que vous le désirez.

A l'égard du transport des vivres de France à Chatam, j'ordonne au sieur Brodart de s'entendre sur cette matière avec le sieur de Vauvré et d'exécuter tout ce qu'il luy écrira. Il faut qu'ils voyent ensemble tout ce qu'il faudra observer pour la seureté de ce passage.

Tous les vaisseaux armés à Brest estoient en rade prests à mettre à la voile pour sortir de la baye dès le dernier jour du mois passé-, et je reçus hier une lettre de M. de Terron qui porte ces termes : «M. de Seignelay a reçu ce matin vos dernières dépesches; il achève de donner ordre à tout et s'embarquera dimanche prochain pour passer à Brest; tous les vaisseaux sont à la rade des Trousses. » Cela vous fait connoistre clairement que rien ne manquera de la part du Roy.

II. le Vice -Amiral se postera avec toute l'escadre à la rade de Berthaunie, près Brest, où il attendra les avis du roy d'Angleterre pour entrer dans la Manche aussytost qu'il sçaura que la flotte d'Angleterre sera en mer. Tenez la main à ce qu'on luy envoyé quelque galiote ou yacht pour le tenir averty.

Le Koy estime qu'il seroit fort avantageux que la flotte d'Angleterre vîust jusqu'à Portsmouth; fuites en sorte que cette résolution, qui semble avoir esté prise par M. le duc d'York , s'exécute.

Sa Majesté a esté bien ayse d'apprendre que le présent ayt esté accepté avec l'agrément du roy d'Angleterre ainsy qu'elle l'avoit désiré.

Je vous envoyé cy-joint un mémoire de la chambre des assurances. Le Roy désire que vous demandiez la restitution des marchandises appartenant à des François et Italiens, qui ont esté assurées par ladite chambre '.

(Bibl. du Minisl. do rint M>. Copie de lettre, d* Collxrt, fol. a7. )

' Ce» man haudises se trouvaient «ai» doule surdes vaisseaux liollandatsraplurés par le» Anglais.

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