‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 223 sur 486 · A M. DAGUESSEAU · texte numérisé non relu

A M. DAGUESSEAU

INTENDANT A BORDEAUX

Saint-Germain, lâ avril 167s.

J'ay esté bien ayse d'apprendre, par vostre lettre du 8 de ce mois, que vous soyez enfin délivré de vostre indisposition, et que vous pourrez reprendre à présent les fonctions ordinaires de vostre employ. . J'ay appris par mon fils les diligences que vous avez faites pour envoyer un bon nombre de matelots pour servir à l'armement des vaisseau* du roy. C'est un secours qui leur est venu bien à propos dans la nécessité qu'ils en avoient pour fortifier les équipages. En tous rencontres pareils, je vous prie de leur donner toutes les assistances qui dépendent de vous.

Ce scroil un grand avantage pour le service du roy que tous ceux qui ont des vaisseaux dans la Guyenne, à Bayonne et dans les pays de Labour, les armassent en guerre contre les llollandois1; Et, comme on ne peut faire autre chose que de les exciter, faites-moy sçavoir soigneusement tout ce qui se passera sur ce sujet. Cependant je dois vous dire que, le Roy voulant continuer la fermeture des ports3 jusqu'à ce que Sa Majesté voyc les commencemens de cette guerre, il faudra bien que tous ceux qui ont des vaisseaux , ou qui servent à la mer, se résolvent à armer en cours pour gagner leur vie.

(Bibl. des Invalides, M». Corrupond**» de M. Colbert, 167t. fol. to«.)

1 Dans une lettre au duc de Chaulnes, du 16 avril, Logis XIV demandait que la Bretagne prit la même résolution :

« Estant important au bien de mon service et ou commerce de mes sujets de ma province de Bretagne d'armer promplement une escadre de vaisseaux pour assurer leur commerce contre les armateurs hollandois cl zélandois, je vous fais celte lellre pour vous dire que mon intention est que vous ayez a proposer de ma part aux députés des Estais de ma province qui sont â Paris de faire, pour l'armement de ladite escadre, on fonds de 1 10,000 livres, à quoy j'ay réduit et modéré celuy de i5o,ooo livres que les Estais de ladite province Grenl en 1 (16 7 pour la mesme lin , moyennant quoy je donneray tous les ordres nécessaires pour mettre

seront ladite escadre... (Dey. conc. le wmwa. fol. 1 1 6.)

Le mois précédent , Colbert avait écrit à son cousin de Terron :

p J'ay fait faire une compagnie de marchands , dont le Koy est le chef, pour armer six tauseaux d'escorte el de convoy pour la seurelé <lu commerce. Le Roy doit fournir trots vaisseam de 3o à Ao pièce», et un de a A. Faitca-moy sçavoir promplement s'il n'y en aura point a Roclicfort de ceUe qualité, non compris thn* tous les arméniens, dont on se peut servir.*' ( Dcp. ctme. la mar. fol. 71.) — Voir II , 65s , pièce n* a 43 et notes.

* L'ordonnance qui prescrit la fenneturr des ports est du 8 avril 167a.

INTENDANT A ROCI1KFORT.

Saint-Germain, 9 a avril 167a.

J'apprends, par vostre mémoire au Roy, du 17 de ce mois, que mon fils s'est embarqué ce jour-là. Vous pouvez croire avec quelle impatience j'attends à présent des nouvelles de son départ et de son arrivée à Brest. Mais si, par un malheur que je ne puis prévoir, il estoit encore aux rades de la Rochelle, ou qu'il n'en fust pas éloigné, je vous prie de luy faire sçavoir qu'il ayt à mettre promptement pied à terre et à s'en venir en poste avec toute la diligence qui luy sera possible, le Rov partant assurément le*8!.

Je vous avoue que je suis un peu surpris des mesures qui ont esté si mal prises pour former les équipages des vaisseaux du roy dans une occasion aussy importante que celle-cy, et mesme du peu (f expédions que vous m ouvrez pour y remédier à l'avenir. Je ne puis m'empescher de vous dire que je ne vois point par vos lettres que cela vous touche au point que vous devriez 1 estre.

Toute le gloire du Roy, le bien de l'Estat et un million de choses grandes et considérables dépcndoient de cet armement.

H y a huit mois entiers que je vous écris toutes les semaines trois fois, que je vous ouvre de ma part tous les expédiens qui me peuvent tomber dans l'esprit pour éviter ce mal; et cependant je trouve que, quand nous sommes à la conclusion, il nous manque encore de 7 à 800 hommes; et vous sçavez qu'en des matières de cette conséquence il n'y a point d'excuses envers le maistre, particulièrement quand on ne l'a point averty par avance de ce défaut et que l'on n'a pas eu recours à son autorité pour l'empêcher. Je ne puis vous dire sur ce sujet que ce que je vous ay répété tant de fois, qui est que j'attendray ce que vous aurez à me proposer pour empescher que cela n'arrive plus.

Vous pouvez assurer les habitans des paroisses abonnées que Sa Majesté est si mal satisfaite de la difliculté que vous avez trouvée à former les équipages de ses vaisseaux qu'elle a résolu de révoquer leur abonnement et de les mettre fortement à la taille pour l'année prochaine2.

(Arch. de la Mar. Dépêche, concernant la mariné, 167* , fol. 198.)

1 Louis XIV avança son départ de trois * Sept jours après, le ministre écrivait à

jours, et partit, le a5 avril, pour rejoindre M. de Montigny, gouverneur de Dieppe: Tannée campée sous Charleroi. " Sa Majesté m ordonne de vous faire sça-

AMBASSADEUR A LONDRES

SainMîermain , 37 avril 1673.

Je viens de recevoir une lettre de M. de Terron, datée de Rocheforl, le •j3 avril à dix heures du soir, qui porte ces termes : «Je vous envoyé ce courrier exprès pour vous faire sçavoir que l'escadre est partie aujourd'huy pour Brest, entre une heure et midy. Dans le inesrae temps que l'on a mis à la voile, je me suis trouvé sur le vaisseau le Superbe, où j'ay rendu à M. le marquis de Seignelay la dernière lettre que vous luy avez écrite, datée du 17. Il a esté un peu embarrassé sur le party qu'il devoit prendre sur l'avis que vous luy avez donné du prompt départ du Boy; mais, s'estanl trouvé en route, il a mieux aimé continuer son voyage jusqu'à Brest, où, selon les vents qui soufflent à présent, ils arriveront lundy prochain a 5 de ce mois, à midy.»

Vous voyez bien par cette lettre que toute l'escadre est à la rade de Berthaume, préparée pour entrer dans la Manche dès lundy dernier, a 5 de ce mois;ainsy il y a apparence que le roy d'Angleterre n'aura pas sujet de se plaindre de la ponctualité; c'est à vous à présent à faire bien valoir et à bien assurer que tout ce que le Roy, nostre maistre, promettra sera exécuté de mesme.

M. le Vice-Amiral a ordre d'attendre à la rade de Bcrlhaume les ordres du roy d'Angleterre ou de M. le duc d'York, en sorte qu'il ne tiendra plus qu'à eux que la jonction ne se fasse.

A l'égard des vivres, je laisseray à Chatam ce qui y a esté envoyé jusqu'à présent, au Havre et à Dieppe ce qui y est, et M. le Vice-Amiral aura les ordres nécessaires pour les envoyer prendre quand il en aura besoin. Le commissaire général Brodart aura pareillement ordre de préparer toutes choses pour les envoyer au premier ordre que M. le Vice -Amiral donnera.

voir qu'elle ne peut pas souffrir la désobéissanec des habiLms de Dieppe sur le fait de l'armement de ses vaisseaux de guerre. Four les en punir, et comme jusqu'à présent elle a considéré cette ville cl l'a traitée avec des marques de bonté particulière (d'autant qu'elle a toujours fait estât que, dans une occasion de •pierre maritime, elle luy foiirniroil un nombre considérable de bons matelots et gens de mer ) ,

Sa Majesté, voyant qu'elle n'en peut tirer aucun secours dans un besoin de l' Estai aussy considérable que celuy-cy, elle en tirera d'une autre nature en envoyant des trou[>es en quartier d'hyver dans leur ville, afin que, par ce moyen , ils contribuent aux besoins de l'Kslat , puisqu'ils n'ont pu y contribuer d'une autre manière. •> (Dép. conc. la mm: fol. ai."».) — Voir pièce n" 336, et t. Il, lifty, pièce »•«*©.

J'envoye audit sieur Vice-Amiral les signaux que vous m'avez envoyés; mais il aurait esté bon, et il serait mesme absolument nécessaire que vous m'envoyassiez copie de l'ordre donné par le roy d'Angleterre ou M. le duc d'York à tous les officiers des armées navales et capitaines de ses vaisseaux de guerre pour éviter la rencontre des vaisseaux des deux nations et empescher qu'il n'arrive aucun inconvénient sur les saluts.

Envoyez-moy promptement Testât de toutes les places qu'il faut saluer.

Je ne crois pas que les vaisseaux du Roy ayenl besoin de pilotes anglois, et ainsy vous pouvez sans difficulté ne plus insister auprès du roy d'Angleterre pour en avoir.

(Bibi. du Minist. de l'Int M». Copie de lettre* de Colbert, U. 3i.)

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