‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 23 sur 486 · A M. DE LA GUETTE · texte numérisé non relu

A M. DE LA GUETTE

INTENDANT DE MARINE A TOULON

De. . . 5 novembre 1663.

J'ay reçu voslre dépesche du a k du mois passé. Je vous diray en premier lieu que jo crois tout à fait nécessaire de donner pour cinq ou six mois de victuailles aux trois vaisseaux qui doivent aller à la mer sous le commandement de M. d'Almeras, afin qu'il puisse passer dans l'Océan sans estre obligé de rendre le bord , lorsque les six autres vaisseaux qui seront séparés en deux escadres seront dans la Méditerranée. 11 faudra aussy leur donner leur solde à proportion des victuailles, laquelle sera reprise sur le fonds que je vais faire pour toutes les dépenses de la marine de l'année prochaine, dans lequel lesdils trois vaisseaux seront compris, à quov j'ay prié M. de Gravignan de donner ordre, vous répliquant de nouveau que, aussy tost que vous m'aurez envoyé vos sentimens sur le projet d'estal que M. Matbarel a fait et que vous avez reçu , je ne perdray pas un moment de temps à faire tout d'un coup tout le fonds nécessaire pour les dépenses de la marine de l'année prochaine.

Je suis bien aysc que la construction des vaisseaux aille fort bien; mais par toutes les relations que Ion nous a faites de ceux qui sont à la mer, qui, quoyque bons voiliers, ne sçauroient jamais approcher des Turcs, qui le *ont encore meilleurs, je crois qu'il faudra prendre la résolution de bastir des frégates légères, avec lesquelles on les puisse joindre; et, comme le bois ne vous manquera pas, M. Duguay 1 en achetant pour 60,000 livres <*n Bourgogne, et que l'argent pour cette construction sera fourny à point nommé par le commis du trésorier de la marine, dès aussytost que vous m'aurez mandé vostre sentiment sur le bastiment desdites frégates légères et que vous aurez eu ma réponse, je crois qu'il y faudra faire travailler en diligence.

L'ordonnance de 60,000 livres de fonds pour le parfait payement des dépenses des galères pendant l'année présente a esté mise, il y a quelques jours, entre les mains du trésorier, qui vraysemblablement vous remettra une partie de ce fonds-là par l'ordinaire d'aujourd'huy, en sorte que vous aurez de quoy subvenir à ce qui sera le plus pressé.

1 Premier président de la chambre des correspondance do Colbcrl nous le montre par •■«mpto de Dijon. — Eu août 1679, le Roi' ticulièremenl charge t en Bourgogne, des achats l'ii accorda un** pension de fi, 000 livres. — La <•! transports des bois propres à la marine.

Vous aurez vu, par mes dernières, que je croyois que nous pourrions mettre huit galères à la mer, l'année prochaine, et en avoir encore deux pour aller le long de nos costes, supposé que nous eussions delà chiourrae suffisamment, ainsy que je n'en doute pas; et je suis encore dans ce sentiment, en comptant la Capitane et h Dauphine, les deux que M. Chabert bastit, les deux qui sont revenues de la mer qui pourront encore servir une campagne suivant la visite qui en a esté faite, une que je vous ay mandé qu'il falloit faire bastir nécessairement à Marseille, et l'autre que l'on pourrait acheter soit de Gênes, soit de M. le Grand-Duc.

Je feray partir au premier jour le sieur Perrin , ayant fait un fonds de 3 0,000 livres pour l'achat des bleds nécessaires, afin de faire le pain des galères par économie, estant persuadé de sa fidélité par la conduite qu'il a tenue icy à la distribution du pain que j'avois fait faire aux Tuileries 1 ; mais ce sera à vous d'avoir l'inspection sur celle qu'il tiendrait d'observer si ceux qui se promettent avoir grand crédit sur son esprit luy feront faire quelque chose contre son devoir, et s'il fournira de meilleur pain à la chiourme que celuy qu'on luy donne à présent et mesme à meilleur marché, ainsy qu'il l'espère, s'assurant que, par son mesnage, le biscuit ne reviendra pas à î U livres î o sols la charge, qui est, ce me semble, le prix que vous en donniez au sieur Beuf. Si cela est ainsy, nous aurons lieu de croire que les personnes qui disent qu'elles en disposeroient aysément ne seront pas capables de faire perdre la bonne opinion que j'ay de sa probité ; mais si, au bout de deux ou trois mois, vous trouviez qu'il ne donnast point de meilleur pain que Beuf et que mesme la charge de biscuit revinst à plus de i h livres 10 sols, vous seriez alors en liberté de reprendre vostre premier marché, puisqu'il seroit plus avantageux pour le roy.

Par la copie du projet d'estat des galères apostilié de ma main que je vous ay envoyé , vous aurez vu ce que je vous demande pour estre éclaircy s'il sera avantageux que le Rov prenne à soy l'économie des galères ou de la laisser aux capitaines. Quand vous m'aurez répondu précisément sur ce sujet, je meserviray de vos raisons pour les opposer à celles que le sieur de Manse2 pourroit alléguer au contraire, quand il sera icy3.

Vous me mandez que vous avez fait partir des officiers de galères pour aller prendre les forçats qui sont dans les prisons du ressort de Toulouse et de Pau; mais vous ne me mandez pas que vous leur ayez donné ordre

1 Des fours pour la cuisson du pain avaient chef d'escadre en 1 670. Mort le a 6 août 168/1 .

été établis dans la cour des Tuileries pendant 1 On verra , par la pièce n° 1 4 , que de La

la famine de Tannée 166a. 'Guette fnl d'avis de laisser aux capitaines I»

• De Manse, capitaine de galère en 1 645 . fourniture des vivres.

de prendre ceux de Bordeaux qui sont eu grand nombre, suivant 06 que le procureur général de ce parlement m'en a écrit; je vous prie de n'y pas manquer.

J'ay donné une médaille d'or à mon secrétaire pour vous la faire tenir, afin que le sieur Chabertla reçoive de vostre main au nom du Roy1, vous priant de i encourager toujours à presser extraordinairement les deux galères commencées , et de luy confirmer qu'en Rappliquant avec soin à faire de bonne» et belles galères, j'auray celuy de luy procurer quelque grâce de Sa Majesté.

Je parleray au Roy de ce que vous me dites louchant les capitaines des galères et mesme de M. de Ternes*; mais je dois vous dire que je prévois beaucoup de difficulté de l'oster de la teste de ce corps, estant aussy âgé qu'il est et servant depuis si longtemps.

C'est un grand malheur qu'il meure tous les jours de nouveaux forçats. Quelques soins que vous y preniez, il faut que vous les redoubliez, en n'oubliant rien de tout ce qui sera humainement possible pour les conserver; pi quand vous y aurez fait vostre devoir, vous en serez déchargé envers Dieu et envers le Roy3.

( Arch. de la Mor. Recueil <U *«*r«* kllm, fol. 1 53 .)

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