‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 24 sur 486 · A M. DE LA GUETTE · texte numérisé non relu

A M. DE LA GUETTE

INTENDANT DE MARINE A TOULON

De. . 3o novembre i<>6a.

Je suis inarry d'estre obligé de vous répliquer si souvent la mesme chose, et de vous dire que j'ay eu une matière de mortification fort sensible lorsque j'ay Vu la copie d'une lettre que vous avez écrite aux consuls des villes et communautés des costes de Provence et de Languedoc, par laquelle vous leur donniez avis que, 'le Roy voulant particulièrement s'appliquer au res-

1 C'était un des moyens d'encouragement que savait employer Colbert. I) écrivait, en mars 167* , au fondeur de canons, Baube, en lui envoyant une gratification de i,5oo livres: «Vous trouverez aussy cy-joinU? une médaille (Tôt de Sa Majesté qu'elle m'a ordonné de »»u* envoyer. Ainsy je ne doute pas que ces marque, de la bonté et de la munificence de Sa Majesté ne vous excitent fortement à vous appliquer à tons les ouvrages de ladite fon-

derie et à les rendre parfaits, en sorte qu'il n'y ayt rien à désirer de l'artillerie qui sortira de vos mains il (Dép. conc. la mor.

fol. 7a.)

1 Jean d'Espincba, baron, puis marquis de Ternes, capitaine de galère en i63A, lieutenant général des armées navales et des galères depuis i655. Mort le ly février 167* , à l'âge de quatre-viugt-seize ans.

3 Voir pièce n" * et note 3.

tablissement du commerce et tenir en tous les temps deux escadres de vaisseaux dans les deux mers pour l'assurer contre les brigandages des corsaires, c'estoit une pensée qui venoit de moy et qui devoit faire connoistre l'utilité de mes soins et de mon ministère. J'ay reçu après des complimens de quelques-unes desdites villes et communautés sur ce sujet, qui n'ont fait qu'augmenter l'inquiétude que j'ay de ces sortes de discours, lesquels pourroient estre de mise dans un autre temps que celuy-cy, mais qui ne sont ni recevables ( le Roy gouvernant son Estât et prenant la direction de ses affaires de luy-mesme) ni conformes à mon humeur et bien moins à lestât où je me trouve, Sa Majesté me faisant trop d'honneur de se servir de moy en qualité d'intendant des finances et comme le dernier du conseil royal1.

Le sieur Deslis, sous-argousin réal des galères, qui a esté pourvu de cette charge dès l'année i64i, par le feu Roy, est venu icy en demander à Sa Majesté la continuation, à présent que le corps des galères qui avoit esté supprimé en 1 660 a esté restably. Avant de prendre quelque résolution à son égard, Sa Majesté sera bien ayse d'estre informée par vous des bonnes ou mauvaises qualités dudit Deslis, et, si cette charge est absolument nécessaire dans ce corps, afin de se pouvoir résoudre avec plus de certitude et de connoissance.

(Areh. do la Mur. BkmH de diverw lettre, fol. i84.)

\à. — A M. DE LA GUETTE,

INTENDANT DE MARINE A TOULON

Du. . . 8 dëcciîibrtj i0(5u.

J'ay reçu presque en mesme temps trois de vos lettres, dont la dernière est du 39 du passé, en réponse desquelles je vous diray premièrement que, M. d' Aimeras ayant toutes choses nécessaires pour son départ, il faut le presser de mettre à la voile au quinzième du mois prochain au plus tard, prenant garde surtout que les victuailles ne commencent à courir que du jour dudit départ, M. l'Amiral luy ordonnant si précisément par cet ordinaire de ne plus différer à faire voile, que je ne crois pas qu'il osast demeurer davantage dans le port. .

M. Matharel vous envoyé un règlement avec l'attache de M. l'Amiral qu'il importe de faire observer exactement, et particulièrement que vous

1 Voir, mr le iitfmc Njet, pièce ne h, H I. Il, Alfi, piero n" f»

ciéeutiez avec vigueur et sans aucune circonspection , l'ordre qui vous est donné de destituer les capitaines qui ne voudront pas se conformer audit règlement, et d'en mettre d'autres en leurs places, l'intention du Roy estant que ces messieurs de la marine se soumettent à la manière dont Sa Majesté veut estre servie , et non pas de s'accommoder à leurs sentimens et à leurs humeurs.

H faut sans difficulté entretenir les matelots ponantois jusqu'à ce que les six vaisseaux que M. le chevalier Paul 1 doit commander aillent à la mer, en leur donnant simplement la subsistance et y observant toute l'économie praticable, et, après que j'auray rendu compte au Roy de vostre pensée, qu'il faut faire porter une partie de cette dépense aux capitaines, attendu le bénéfice qu'ils trouvent en faisant eux-mesmes les victuailles de leur équipage, et que Sa Majesté se sera expliquée de ses intentions à cet égard, l'on vous enverra un ordre de M. l'Amiral que vous n'aurez qu'à faire exécuter.

Je diray aussy au Roy que vous estes d'avis que, puisque Sa Majesté donne l'argent aux capitaines pour l'achat des victuailles, il n'est pas juste qu elle fasse la dépense et coure le risque de leur envoyer des chaloupes j-our leur en porter au rendez-vous qu'ils donneroient, leur faisant entendre que son intention est qu'ils ne rendent le bord en aucune manière que tous leurs vivres ne soyent consommés, et que, afin de leur en oster toute sorte de prétexte, il seroit nécessaire d'establir un commissaire à la suite de l'armement, avec quelque petit fonds pour faire nettoyer les vaisseaux de deux mois en deux mois. Cette pensée, à mon sens, est trèsbonne, et je crois qu'elle sera approuvée.

Sur la difficulté que l'on a appris que les capitaines ont faite de prendre du sieur Beuf les victuailles au mesme prix qu'on les luy a rendues , alléguant qu'ayant la liberté d'en acheter ils en trouveroient à meilleur marché, le Roy a ordonné qu'ils recevraient les victuailles sur le pied que ledit Beuf les a reprises, et il faudra que vous fassiez le régalcmcnt à proportion de ce qu'il en sera besoin pour chacun des six vaisseaux.

L'on travaille a redépescher M. du Quesne, et aussytost qu'il sera arrivé à Toulon, il faudra faire toutes les diligences possibles pour faire partir ses six vaisseaux au temps que l'on a projeté, évitant surtout, comme un des désordres les plus considérables de la marine, la consommation des vicluaiiîes avant que de faire voile.

' U dwralier Paul ( voir 1 , 1 07) avait suc- et de vice-amiral. — C ent sous lui que servi! arment obtenu le» commissions de chef d'abord, en <|iialité île volontaire, le dur de f*c*dn(t 6ft9) , de lieutenant flénénd (1 65fi) Beaufort.

Quant à la prétention dudit sieur du Quesne, vous ne devez en aucune façon vous y arrester, n'estant ni raisonnable, ni de qualité a estre admise dans la résolution que le Roy a prise, ainsy que je viens de vous dire, de faire la loy à ces messieurs les officiers, et de n'avoir point de condescendance pour leurs fantaisies et pour leurs inclinations.

Vous avez bien fait de faire donner six mois de solde et six mois de victuailles aux vaisseaux de M. d'Almeras, et il n'y a qu'à louer voslre zèle d'avoir avancé mesme de vostre argent pour cela , lequel vous sera remboursé.

Je suis bien ayse que l'affaire des matelots s'exécute et que vous ayez commencé d'en toucher quelque argent1. Je feray expédier les arrests du conseil nécessaires pour en faire remettre le fonds entre les mains du trésorier des galères, lesquels vous seront après envoyés.

Je suis bien ayse aussy que vous ayez fait désarmer le vaisseau la Lune, et je m'assure que vous aurez usé de pareille diligence pour faire pareillement des cinq autres qui ont rendu le bord.

L'avis que vous me donnez de la perte du vaisseau qui portoit quinze blocs de nos marbres m'estoit desjà venu de Cadix. C'est à la vérité un malheur, dont il faut néanmoins se consoler; mais tout ce qui me fait peine, c'est que le dessein pour lequel je les destinois sera retardé , non-seulement par la perte de ces quinze blocs, mais aussy parce que ceux qui son! arrivés icy ne sont pas propres pour ledit dessein2.

J'apprends avec plaisir que la construction des vaisseaux aille bien et que vous receviez une grande quantité de bois de Bourgogne, estant nécessaire que vous teniez bonne correspondance avec M. le premier président de la chambre des comptes de Dijon, pour estre précisément ininformé des voitures qu'il vous enverra et du nombre et de la qualité des pièces de bois dont elles seront composées.

Je comprends bien que nous ne sçaurions avoir trop de masts de réserve dans les magasins pour les vaisseaux et les galères; mais, auparavant que le Roy se déclare sur la quantité qu'il voudra retenir de ceux que M. de La Londe fait descendre de la montagne, il est nécessaire d'en régler le prix avec luy, et c'est à quoy je vous prie de travailler.

1 Colbert écrivait à M. de La Guette, le i" septembre précédent : «M. d'Oppède me mande que la plupart des communautés de la coSte de Provence se disposent de payer en arpent ta levée de matelots que l'on avoit demandée. 1* Roy destine ce qui en provien-

dra pour les dépenses des galères, et vous en pourrez disposer à mesure que le fonds sera remis entre les mains du commis du trésorier

de la marine « (Ree.de diverse* lettres,

fol. 160.)

* Voir pièce if io.

J'espère que vous pourrez recevoir du soulagement de l'application du sieur Léger1, contrôleur de la marine, d'autant plus que, le croyant homme de bien, vous pourrez prendre confiance en luy.

Pour ce qui est des galères, je vous diray premièrement qu'il faut presser vivement les sieurs Chabert père et fils d'achever les deux qui sont sur les ateliers,* et aussytost quelles le seront, il en faudra commencer deux autres auxquelles il sera de conséquence de travailler avec la mesme chaleur et sans aucune discontinuation; car, bien que je ne sçache pas encore quelle résolution prendra le Roy sur l'achat des deux corps de galères que l'on pourrait faire à Gênes, je vous avoue, en mon particulier, que j'ay beaucoup de penchant à laisser cette pensée parce que, outre qu'il seroit aussy incertain si ces corps de galères seroient bien conditionnés et propres à rendre service, à mon sens, il vaut bien mieux que les galères de Sa Majesté soyent basties dans ses Estais que chez les estrangers; néanmoins, vous serez averty des résolutions que l'on aura prises à cet égard.

J'écriray, au nom du Roy, à M. de Maniban, avocat général au parlement de Toulouse , pour luy tesmoigner la satisfaction que Sa Majesté a du soin qu'il prend des criminels condamnés aux galères, et de l'assis- . tance que ceux que vous envoyez pour les prendre reçoivent de luy.

Je ne crois pas que M. le duc de Créquy ayt besoin de nos galères, de sorte que vous ne serez pas en peine de les mettre en estât de servir à son passage.

Quand M. de Ternes sera arrivé icy, si le Roy prend résolution de luy donner quelque récompense, en se démettant de sa charge, l'on examinera s'il sera plus avantageux de la faire faire cy-après par commission ou d'en pourvoir un sujet de mérite, après que l'on sera bien assuré qu'il se conformera en toutes choses au nouvel establissement. Je vous liendray averty de ce qui aura esté résolu.

Outre les 10,000 livres touchées en la manière que vous me mandez des officiers du séneschal de Toulon , M. le premier président d'Oppède m'écrit que , le parlement ayant enregistré leur édit , il les avoit fait convenir de payer les autres 10,000 livres la semaine d'après. Je m'assure que cette partie aura esté à présent reçue par le commis du trésorier des galères a.

Je suis persuadé comme vous qu'il n'y a rien de si important pour le

1 Jean Léger, commissaire de marine en i6aî, pais contrôleur général de l'arsenal et du port de Toulon. Il se relira eu 1670. ' Louis XIV avait obtenu du commerce de

Marseille »o,ooo livres, et pareille somme de la ville de Toulon, pour contribuer à rentrelion des galère*. (Voir pièce 11° ti.)

rétablissement de la chiourme que d'avoir des Turcs pour y mesler, et, pour cet effet, il faut dès à présent examiner les moyens de faire des descentes en Barbarie pour faire des esclaves.

( Arch. de la Mar. Recueil de di**r«* lettre* , fol. 1 84. |

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