‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 237 sur 486 · A M. ARNOUL · texte numérisé non relu

A M. ARNOUL

INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE

Versailles, 37 juillet 167a.

J'ay reçu vos lettres des 1 6 et 19 de ce mois. J'ay donné ordre au trésorier de remettre promptement les i5,ooo livres dont il a esté fait fonds en dernier lieu pour le port des victuailles de la seconde escadre; c'est à vous à présent à faire en sorte que cette escadre parte précisément dans le temps que le Roy l'a ordonné, c'est-à-dire aussytost après le retour de la première.

Vous avez eu un peu de tort de faire une ordonnance de vostre autorité pour l'enrôlement des matelots pour les galères , ce qu'il ne falloit point entreprendre que sur un ordre du roy précis et exprès, et c'est ce qui vous manque en cette occasion ; sur quoy vous devez toujours observer de ne faire aucune ordonnance ni autre acte qui paroisse en public, de quelque qualité qu'il puisse estre, sur mes lettres, lesquelles ne doivent estre expliquées par vous que comme une approbation des propositions que vous faites , et non pas comme un ordre et comme un pouvoir que je vous donne d'agir en public, ma règle estant d'expédier toujours des ordres du roy pour cela. Dans l'occasion présente, il suflisoit de vous entendre avec M. Matharel pour enrôler tous les matelots qui se présenteroient pour les galères, afin qu'il s'abslinst seulement de les enrôler dans les classes.

Des deux vaisseaux qui ont esté pris par les galères, le premier a esté

relasché , n y ayant eu aucune apparence de le juger de bonne prise ; le second sera jugé au premier jour.

Tous les fonds qui ont esté faits pendant la présente année pour les dépenses des galères vous doivent estre remis suivant les ordres que j'en ay donnés au trésorier, et dont vous avez reçu des copies. Vous pouvez acheter toutes les marchandises dont vous aurez besoin et que vous trouveras à bon marché, pour les fournitures de l'année prochaine; j'auray soin de faire du fonds par avance, ainsy qu'il en a esté fait l'année dernière.

Faite» promptement l'inventaire de tout ce qu'il y a dans vos magasins, avec un estât de tout ce qu'il y faut remplacer pour armer toutes les galères Tannée prochaine ainsy qu'il est accoustumé, et mesme en construire de nouvelles; et ne manquez pas de m'envoyer le tout au plus tost pour le faire voir au Roy, afin que Sa Majesté prenne sa résolution sur les dépenses à faire pour les galères pour l'année prochaine, ce qu'elle fera aussytosl après son retour, c'est-à-dire dans le mois prochain.

Mandez-moy si vous avez absolument besoin de vostre fils pour vostre soulagement, parce que, si le restablissement de vostre santé vous pennettoit de vous en passer, je pourrais luv donner quelque autre employ; cependant, s'il vous est nécessaire, je le feray partir aussyiost après que l'armée navale aura désarmé.

J'ay reçu le mémoire des fleurs que vous avez fait partir; vous pouvez à l'avenir les adresser directement chez moy et m'en donner avis par une lettre particulière1. Il est nécessaire que vous preniez grand soin d'en avoir des plus belles qui se pourront trouver dans tous les lieux où vous arei des correspondans; mais prenez garde surtout que les oignons ne se pourrissent pas en les envoyant icy, ainsy qu'il est arrivé l'année dernière.

Je ne sçau roi s assez vous exprimer l'étonneraent où m'a mis la facilite avec laquelle vous avez reçu le refus que vous a fait le marquis Centurion de vous remettre l'économie des galères qu'il entretient suivant sa capitulation; et je vous avoue que je vous sçais tout à fait mauvais gré de la conduite que vous avez tenue en cette occasion. Il me semble que vous ne devez pas ignorer que, quand il s'agit de l'exécution des ordres du roy, il faut agir avec fermeté; et c'est sur ce principe que, dès l'instant que vous eustes reçu l'ordre do Sa Majesté de prendre soin de leur entretènement sur le pied de galères du roy à compter du i" juin, vous deviez obliger le sieur Centurion à vous les remettre, en vous servant pour cela de l'autorité de Sa Majesté que vous avez en main ; osier les officiers qui sont des-

' Voir p«rSi8o,3o6,3i9el 365.

ET GALÈRES. m

sus, et y en establir d'autres comme sur les galères qui sont à Marseille, ordonner en mesrae temps le payement de ce qui estoit deu audit sieur Centurion, conformément aux ordres qui ont esté donnés au trésorier et dont vous ave* reçu deux copies, et m'envoyer un mémoire du supplément de fonds qui est à faire, sans me remettre à examiner le compte d'un Génois qui fait des parties sur la pointe de l'aiguille, et dont la subtilité produit tous les jours de nouveaux incidens.

Je vous renvoyé les ordres du roy nécessaires pour retirer du port d'e Toulon les trois galères qui estoient sous son commandement, et les amener dans celuy de Marseille. Vous ne manquerez pas de les faire exécuter ponctuellement, et ce pendant vous recevrez dans peu tous les ordres nécessaires pour achever de congédier ledit sieur de Centurion.

Vous verrez, par la lettre du Roy cy-jointe à M. le comte de Vivonnc, que Sa Majesté approuve que le sieur de Manse, qui doit commander la seconde escadre de ses galères, monte sur la galère qui servoit de capilaue au marquis Centurion, pour ne pas mettre en mer la Réale en l'ab- *uce de M. le Général.

( Arcb. d* la M.ir. D&chm concerna les ^/«v», i67 j , fol. 177.)

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