‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 239 sur 486 · A M. ARNOUL · texte numérisé non relu

A M. ARNOUL

INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE

Saint-Germain, 19 aoust 167a.

J'ay examiné soigneusement le compte qui estoit joint à vostre lettre du 1 9 juillet, de tout ce que M. le marquis Centurion prétend luy estre deu depuis le 1er janvier jusqu'au dernier juillet. Je vous ay assez fait connoistre, par mes précédentes, combien ses prétentions sont chimériques; et pour sortir une bonne fois de toutes les difficultés que produit la subtilité génoise, et dont vos lettres sont pleines, je vous renvoyé le compte dudit Centurion avec mes apostilles, lesquelles vous devez exécuter ponctuellement et sans plus de retardement. Je donne pour cet effet les ordres nécessaires au trésorier de remettre le fonds pour le payement de tout ce qui luy est deu jusqu'au dernier juin, conformément à mes apostilles;

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vous trouverez enjointes des copies de ces ordres, de sorte que c'est à vous à présent à terminer promptement ce compte et à congédier le sieur Centurion.

Je ne doute pas que, conformément aux intentions du Roy qui vous ont esté expliquées par les ordres qui vous ont esté envoyés, vous n'ayez fait conduire à Marseille les galères de celte escadre, et qu'elles ne soyent à présent sur le pied des autres galères du roy l.

A l'égard des Turcs que M. de Centurion a nourris pendant quelque temps sur ses galères, par ordre de M. Matharel, il faut luy en faire payer la nourriture sur le fonds des galères, sur le pied ordinaire, sans avoir égard à ce qu'il dit qu'il les a mieux nourris qu'à l'ordinaire.

J'ay esté bien ayse d'apprendre le bon estât auquel se sont trouvées les galères à leur arrivée en Sardaigne; et ce n'<?st pas un petit avantage que, dans un voyage assez long, il ne soit mort que deux soldats et un marinier de rame.

J'approuve les mesures que vous prenez pour engager les matelots pour les galères; mais il est nécessaire que vous observiez soigneusement ce que je vous ay mandé sur ce sujet par ma précédente , qui est de ne jamais faire d'acte qui paroisse en public qui ne soit fondé sur un ordre du roy1.

H fout sans difficulté retenir les deux maistres charpentiers qui ont travaillé à la construction des deux derniers vaisseaux et les payer de leurs gages; faites-moy Bçavoir quel fonds il faudrait dans le courant de cette année pour les faire travailler.

Vous pouvez faire partir le siéur Gassion et luy donner 600 livres à compte pour la conduite de tous les animaux jusqu'à Versailles3.

J'écris à M. le marquis de Martel et au consul d'Alger sur le sujet du mauvais traitement qui a esté fait au patron de barque qui a esté emmené' dans ladite ville.

Je suis bien ayse que la seconde escadre de galères soit en estât de partir aussytost après le retour de lu première.

( Arch. de la Mar. ïirp'che* concernant k» <jaUrt$, 167» , fol. lll.)

AMBASSADEUR A LONDRES

Saint-Germain , 17 aouM 167a.

Je vous envoyé les deux présens que le Roy a destinés pour M. le dur de

' Voir pifce n" 3ofl. - » Voir ibnt. Sa. — 1 Voir patfc 980.

Buckingham et pour M. le comte d'Arlington : la boiste à portrait de sept grands diamans , avec le portrait du Roy par derrière, est pour M. le duc de Buckingham ; l'autre boiste , avec le portrait du Roy au milieu , et le grand diamant en bague sont pour M. le comte d'Arlington. Je crois que vous les trouverez assez magnifiques.

Je vous prie de travailler promptement à l'exécution du contenu en ma dépesehe cy-jointe; et surtout prenez garde de vous informer bien soigneusement de toutes les résolutions que le roy d'Angleterre prendra sur son armée navale, tant pour le temps qu'il aura résolu de la tenir encore à la mer et pour ce à quoy il voudra l'employer, que pour le temps de son désarmement, afin que nous puissions envoyer les ordres pour faire passer les vaisseaux du Roy dans les ports de France et les lieux où chacun devra désarmer, et qu'ils soyent informés, avant que de quitter la mer, de tout ce qu'ils auront à faire. Comme il n'y a pas un moment de temps à perdre pour cela , je vous prie aussy de m'écrire , par tous les ordinaires , ce que vous apprendrez sur cette matière.

Le Roy a ordonné à M. de Pomponne de vous écrire qu'il vous rappelleroit bientost, mais qu'il falloit que vous demeurassiez encore en Angleterre jusqu'à la fin de la négociation qui se va commencer1.

Je vous dois dire sur ce sujet qu'il me semble que vous pressez un peu trop le Roy sur ce congé, et que vous devriez, en le demandant, vous soumettre davantage à ce qu'il estimeroit convenable au bien de son service. Si vous vous ennuyez dans vostre ambassade, il faut revenir sans difficulté; mais, si vous en pouvez soutenir la dépense, je ne sçaissi la vie particulière vous semblera aussy agréable que les emplois publics. J'aurois bien des choses à vous dire sur cette matière. Mais je finis en vous assurant que jauray bien de la joye de vous revoir icy.

( Arrh. de la Mnr. Depécheê concernant le commerce, 167a, fol. 3&a.)

1 L'élévation subite du prince d'Orange au

Ira en France à la lin du mois de juillet. Mais, avant de quitter l'armée, il renouvela ses alliances avec l'Angleterre, et Von s'obligea de

part et d'autre â n'accorder ni paix ni trêve à la Hollande. Les services que Buckingham et

d'Arlington rendirent alors à Louis XIV motivèrent les présents dont il est question dans la lettre.

Mi

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