LOUIS XIV AU COMTE D'ESTRÉES
VICE-AMIRAL D PONAST.
Saint-Germain , 19 octobre 167a.
Les avis que je reçois de toutes parts que les Uollandois ont cinq vaisseaux de guerre à la barre de Cadix, et qu'ils en arment encore un pareil nombre à Amsterdam pour y envoyer, mont fait prendre la résolution d'y renvoyer en diligence le chevalier de Château-Renault avec les quatre vaisseaux qu'il commande, et de le fortifier de trois vaisseaux que je fais armer à Brest sous le commandement du chevalier de Valbelle, et de trois autres vaisseaux de l'escadre que vous commande!, que je fais encore armer à Rochefort , sous le commandement du marquis d'Amfreville. Mais, comme cette occasion me paroisl fort considérable pour la réputation de mes armes, qu'elle se passera à la vue de toute l'Espagne et de toutes les nations de l'Europe qui auront en ce lieu -là leurs vaisseaux pour charger les effets qui leur appartiennent sur la flotte de Neuve-Espagne qui y est arrivée et sur les galions qui doivent arriver dans le mois prochain , et qu'elle est d'une très-grande considération pour le bien général de mon royaume (en ce que, si mes forces maritimes sont supérieures à celles de mes ennemis, ils seront battus ou obligés de se retirer et d'abandonner leurs efFets, en sorte que les vaisseaux de mes sujets auront toute liberté de charger tout ce qui leur appartient, et mesme, par la protection qu'ils recevront en une occasion aussy importante, pourront charger les effets des autres nations et les rapporter dans mon royaume), j'ay résolu de vous ordonner de faire ce voyage, et, pour cet effet, de prendre tel de mes vaisseaux de l'escadre que vous commandez, que vous estimerez en meilleur estât et plus propre à cette expédition. Et, comme la diligence est absolument nécessaire pour le succès de cette entreprise, je désire que vous donniez toute vostre application pour vous mettre bientost en estât de partir, estant absolument nécessaire que vous arriviez à la barre de Cadix dans les deux ou trois premiers jours du mois prochain. Pour cet effet, je donne avis au chevalier de Château-Renault de ma résolution, avec ordre de se rendre à la hauteur de Brest et d'y attendre vos ordres; au chevalier de Valbelle d'attendre vostre arrivée à Brest, et au marquis d'Amfreville de venir reconnoistre Belle-Ile , où il recevra vos ordres.
Je désire donc que vous exécutiez ce qui est en cela de ma volonté, et que. après avoir envoyé vos ordres à Belle-Ile au marquis d'Amfreville,
pour vous joindre, et laissé à Brest vos mesmes ordres pour le chevalier de Château-Renault, en cas qu'il ne soit pas encore passé, vous partiez sans perdre un seul moment de temps avec les trois vaisseaux de Brest, et vous en alliez droit à Cadix, où vous arriverez certainement avant les vaisseaux qui s'arment à Amsterdam. Ainsy vous serez assez fort pour combattre les cinq vaisseaux hollandois qui y sont à présent; et les autres vous joindront peu de temps après vostre arrivée, en sorte que vous serez toujours supérieur. Et comme ils ne peuvent pas quitter la barre de Cadix sans abandonner entièrement leurs effets, qu'ils sont en lieu axe, d'où ils ne peuvent partir jusqu'à ce que les galions soyent arrivés, il est presque certain que vous ne pourrez pas manquer de les trouver; et peut-estre que le bonheur de mes armes vous pourroit donner l'occasion de prendre les bastimens qui partiront de la barre de Cadix après avoir chargé les effets venus sur ceux de la flotte de Neuve-Espagne, en battant leur escorte; et que, par ce moyen, vous empescheriez qu'aucun de leurs bastimens ne vinst pour charger leurs effets qui viendront sur les galions.
Les marchands de Saint-Malo ont armé en guerre , pour se rendre à la m es me barre de Cadix, cinq de leurs vaisseaux, qui serviront encore à vous fortifier.
Je donne ordre pareillement d'armer deux bruslots pour vous joindre.
Mon intention est que, dans vostre navigation et lorsque vous serez arrivé à ladite barre, vous donniez toujours une entière protection à tous les vaisseaux marchands de mes sujets que vous rencontrerez, que vous leur donniez toute la seureté dont ils auront besoin pour leur navigation et que vous combattiez mes ennemis partout où vous les trouverez.
Je désire de plus que vous demeuriez à la barre de Cadix tout le temps que les marchands, mes sujets, vous demanderont pour achever leur commerce et pour charger tous les effets qui viendront tant sur ladite flotte que sur les galions, et que vous n'en parliez point que ce commerce ne soit entièrement finy.
Lorsque vous aurez chassé les Hollandois et Zélandois de ladite barre , et cpie vous en serez entièrement le maistre, vous pourrez envoyer quelques-uns de mes vaisseaux croiser entre les caps et partout où vous esti-nierez nécessaire pour assurer la navigation. Surtout je désire que vous obligiez les vaisseaux de mes sujets qui auront chargé de s'attendre, jusqu'à ce que leur commerce soit entièrement finy, et de se joindre tous ensemble pour retourner dans les ports de mon royaume avec une partie de mes vaisseaux que vous leur donnerez pour escorte; el alors vous pourrez vous en revenir vous-mesme pour les escorter jusque dans les ports de
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leur décharge, et ensuite venir désarmer à Brest, en laissant toutefois le chevalier de Château-Renault avec une escadre de quatre ou cinq vaisseaux sur les costesde Portugal et d'Espagne pour y croiser jusqu'à la fin de ses vivres.
Je désire que vous visitiez soigneusement les vaisseaux de toutes les nations et que vous en reliriez tous les François; et, comme vous sçavez que je ne suis pas satisfait des Génois, vous visiterez les vaisseaux de cette nation avec plus de sévérité qu'aucuns autres.
A l'égard des Angloîs, vous ne les visiterez point, ni ne recevrez ni ferez aucun salut, suivant la convention que vous sçavez que j'ay faite avec le roy d'Angleterre.
(Arch. de la Mar. Ordre du roi }x>,v la uuxnne , 167*, fol. i«6>
AMBASSADEUR A LONDRES
Saint-Germain, 19 octobre 167».
Je vous ay prié, par mes précédentes, de me faire sçavoir en quel estât sont les yachts du roy d'Angleterre.
Je seray bien ayse d'estre informé de l'ordre qui s'observe en Angleterre sur le rang des capitaines de marine. Vous sçavez qu'en France les capitaines suivent le rang de leur ancienneté; en sorte que celuy qui est de deux jours plus ancien qu'un autre le commande sans aucune difficulté', quand mesme le plus jeune monteroit un vaisseau beaucoup plus considérable que l'autre; ce qui toutefois n'arrive guère, parce que Ton observe toujours de donner les vaisseaux suivant le rang des capitaines.
Je vois que beaucoup d'officiers de l'escadre qui ont servy cette année avec les Anglois prétendent que cet ordre ne s'observe pas par les Anglois, mais au contraire que le rang se règle par celuy des vaisseaux et non par celuy des capitaines, en sorte qu'un capitaine, dès sa première campagne, montant un vaisseau de premier rang, commanderoit au plus vieux capitaine de marine d'Angleterre qui en monteroit un du second. Je vous prie de me faire sçavoir si cela est ou non , estant nécessaire que le Roy en soit informé1...
(Arch. de la Mar. Dépêches concernant la marin,, 167a , fol. 6S9.)
1 Colbcrt avait déjà consulté son frère à ce cienneté des capitaines , je sera y Lion ayse qi*
sujet, le 11 novembre 1671 : «A l'égard du vous taschiei de m'en envoyer des attestation»
rang des capitaines, lui disait-il, puisqu'il se en forme afin de les pouvoir faire voir au
règle par le rang des vaisseau* et non par l'an- Roy. . . 1» ( Cap. de lettres de Cotttrt , fol. 73. )