AU SIEUR DALLIEZ DE LA TOUR
FOURNISSEUR DE LA MARINE
Saint-Germain , 13 octobre 1679.
M. Matharel m'ayant informé en détail de Testât de vos manufactures en Dauphiné, j'ay estimé nécessaire de vous écrire cette lettre sur le sujet des fournitures que vous faites pour la marine.
Pour le fer ouvré, il convient que celuy que vous avez envoyé en dernier lieu à Toulon est de meilleure qualité et mieux forgé que le précédent; mais les ouvriers hésitent de s'en servir pour des chaisnes de haubans, crocs de palans, et autres ouvrages où il est nécessaire de n'employer que de bon fer, ce qui les oblige de se servir encore à présent de celuy de Gènes. II est important que vous recommandiez particulièrement à vos commis et ouvriers de s'appliquer soigneusement au choix du fer et à le bien forger, en sorte que nous puissions nous passer entièrement de celuy des pays estrangers 2.
A l'égard des ancres, il est certain que les premières que vous avez fournies sont tellement défectueuses et disproportionnées qu'il est impossible de s'en servir que pour des amarres dans le port; mais, pour les dernières faites par le maislre hollandois que je vous ay envoyé, elles ont esté trouvées bien forgées et bien proportionnées. Ainsy je n'ay sur ce
1 On a vu plus haut, pièce n* 3o3, la raau- >aiw intelligence qui existait entre le vice-amiral d'Estrées et du Quesne.
1 Colbert écrivait le t a novembre suivant à Matbarel :
«Le sieur Dalliez m'assure que le fer de Bourgogne que Pou fabrique dans les nuirtii»"b de Vienne est des plus fins et aussy bon que celuy de Piémont, et que sans difficulté I on s'en peut servir pour les chaisnes de hau-
bans. Je vous prie de bien faire eiamincr si cela est véritable et de bien prendre garde que les ouvriers qui ont accoustumé de se servir du fer de Piémont auront peine à perdre celte habitude , si on ne les y force. Vous sçavez combien il est important de se servir des manufactures de France, et ainsy je ne doute point que vous n'en trouviez les moyens...''' ( Dép. conc. la tnar. fol. 716.)
MO
point qu'à vous recoin mander de fortifier et d'augmenter, et surtout d'éviter les défauts reconnus en celles qui ont cassé en Ponant , dont je vous ay donné avis.
Le sieur Malharel m'a assuré qu'il avoit trouvé les toiles noyales de la fabrique du sieur Roux d'assez bonne qualité. Comme les magasins de Toulon en sont dégarnis, il est nécessaire que vous y envoyiez promptement les q 0,000 aunes dont il est convenu avec vous, qui doivent estre de mesme qualité que l'échantillon de cœur de chanvre que ledit Roux luy a fait voir.
Pour les chanvres, il n'y a point de doute que ceux de Piémont sont ù beaucoup meilleur marché et estimés plus propres pour les câbles que ceux de Dauphiné et de Bourgogne. Mais, comme vous sçavezque le Roy ne veut se servir que de ceux du royaume , il faut que vous vous appliquiez à les mieux choisir encore que par le passé, ne doutant point qu'en y prenant garde vous n'en trouviez en France d'aussy bons qu'en Piémont. Je donne ordre dès à présent que l'on déplie les balles dans les magasins et (jue l'on rebute tout ce qui s'en trouvera de mauvais.
Quant aux masts, je seray bien ayse que vous conveniez avec le sieur Matharel d'en fournir de ceux de Savoie la quantité nécessaire pour le port de Toulon. Mais il faudra observer de n'en faire couper aucun qu'en présence d'un maistre charpentier qui sera envoyé sur les lieux. A l'égard du prix, je donneray ordre au sieur Malharel d'en convenir avec vous.
A l'égard des canons de Bourgogne, excitez toujours le sieur Besche à perfectionner cette manufacture. Et comme la saison est à présent trop avancée pour commencer l'épreuve de ceux qui se trouvent en estât de la recevoir, et que d'ailleurs le Roy n'en a pas un pressant besoin, il faut eu remettre l'épreuve au printemps prochain, auquel temps je feray venir sur les lieux un commissaire dudit port avec un capitaine de marine.
L'entrcpost des marchandises et munitions au port d'Arles ayant causé, jusqu'à présent, une dépense considérable et fort inutile, je l'ay desjà supprimé pour les bois de Bourgogne que les voituriers rendent au port de Toulon , et j'ay donné ordre au commissaire Julien de ne plus recevoir audit port d'Arles aucuns bois, masts, ni autres munitions et marchandises pour les magasins de Toulon , d'autant qu'elles doivent y estre portées directement sans entrepost. H faut que vous fassiez la mesme chose à l'égard de toutes les marchandises que vous fournissez; et, en cas que vous ayez peine à trouver des voituriers qui se chargent de rendre vos marchandises à Toulon , vous pouvez vous servir du nommé Peyran , qui a traité pour la voiture des bois de Bourgogne jusque dans Toulon.
(Arch. de II Mnr. Pépérkeê ronrrrntint la mnrinr , 167a, fol. 6a«i )
ET GALERES. 671
Je ne vous sçaurois assez exagérer combien il est important que vous partiel et que vous vous en alliez droit à Cadix. Ne doutez point que vous puissiez manquer de vivres; je donne ordre au sieur Brodartet au commis du munitionnaire qui est au Havre de vous en donner la plus grande quantité qu'il se pourra; et, en mesme temps, je donneray ordre à Rochefort pour y faire charger une bonne fluste de biscuit, vin , et autres denrées, pour vous l'envoyer à Cadix, et aux consuls de Cadix et de Lisbonne de vous fournir tout ce dont vous aurez besoin, de sorte que vous voyez par là que vous ne pouvez pas manquer d'en avoir assez.
Partez et volez, s'il est possible, estant certain que vous ne sçauriez faire une trop grande diligence.
Outre les trois vaisseaux que le Roy fait armer à Brest sous le commandement du chevalier de Valbelle pour vous joindre, Sa Majesté m'a encore ordonné d'envoyer ses ordres à Rochefort pour continuer l'armement des trois vaisseaux le Prince, le Sage et l'Aquilon, sous le commandement du marquis d'Amfreville3, et de leur faire donner trois mois de vivres pour vous aller joindre pareillement à la barre de Cadix; et, outre ce nombre de dix vaisseaux du roy, les marchands de Saint-Malos en ont armé cinq en guerre qui doivent se rencontrer de mesme à ladite barre et vous obéir; en sorte que, si le bonheur de Sa Majesté veut que vous rencontriez les Hollandois, après avoir chargé les effets de la flotte, vous aurez en main une grande, belle et glorieuse occasion, de laquelle je ne doute point que vous ne profitiez pour faire voir à Sa Majesté ce que vous valez.
Je le souhaite pour la réputation de ses forces navales et pour vostre avantage particulier.
(Arch. de la Mar. Dèpicht* eonctrntnt la marint, 167., fol. 6oo.)
Loaia-François Ronsselet de Château-Re- Brest en 1 665 , capitaine en 1 666 , chef d'est, lieutenant de vaisseau en 1661 , capi- cadre à Toulon en 1677, lieutenant général à
1666, chef d'escadre en 1673. (Voir Brest en 1688. Mort en cette viHe le s no
II, ceux» 11.) vembre 1691. — Voir dans les mémoires de
Nous rétablissons l'orthographe de ce nom, Nicolas Foucault, p. 38a, la part que prit
d'après la signature même. d'Amfreville à l'affaire de la Hogue.
» Né i Honfleur; enseigne de vaisseau à » Voir II, 6'.o, pièce n' aAo et