‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 271 sur 486 · A M. ARNOUL FILS · texte numérisé non relu

A M. ARNOUL FILS

INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE

Paris, <j juin 1676.

Pour réponse à vos lettres des q a et a 3 du mois passé, je suis bien ayse ijue les Turcs qui estoient à Coilioure 1 ayent lieu de se louer du bon traitement qui leur a esté fait; et, quoyque la conduite de ceux d'Alger à l'égard des vaisseaux du roy devoit nous obliger à leur faire un autre traitement , il faut continuer et mesme les renvoyer, mais il faudra voir avec le temps ce qu'il y aura à faire pour mettre ces corsaires à la raison et les faire repentir des infractions continuelles qu'ils font au traité de paix2.

J'approuve la pensée que vous avez sur le sujet de l'enrôlement des matelots, et il n'y a qu'à commencer à travailler pour les mettre sur le pied que vous avez proposé, en retranchant de ces rôles ceux que vous ne jugerez point propres à ce service.

Continuez vos diligences pour avancer la levée des soldats et appliquezvous à tenir toutes choses en bon estât pour le retour de M. le comte de Vivonne. Je suis bien ayse que l'ordre que vous proposez d'establir dans les classes vous donne quelque facilité pour cette levée et que vous puissiez, par ce moyen, vous assurer de 7 ou 800 hommes.

' Le 9 avril, le ministre avait écrit à ce sujet à Arnonl 1

«Vous aurex esté informé qu'une barque •l'Alger fut contrainte de relascher au mois de février dans le port de Vendres, en Roussillon , et que le major de Coilioure , par mégarde , la lit arrester, et mettre en prison les Turcs et Maures qui en composoient l'équipage, ne sçachant pas que le Roy eust accordé la paix à la ville d'Alger. Vous aurex aussy appris que, depuis ce temps-là , les Espagnols ont brunie cette barque; et comme il importe beaucoup au commerce de Marseille de maintenir ladite paix d'Alger, et que le Roy a envoyé les ordres au gouverneur de Coilioure de mettre en liberté les Turcs et Maures de l'équipage de ladite barque, et de leur faire rendre lout ce qui leur appartient, j'estime qu'il est nécessaire que

seulement à envoyer quérir promptement lesdits Turcs et Maures, et i pourvoir à tout ce qui sera nécessaire pour leur subsistance , mais

mesme, lorsqu'ils seront arrivés à Marseille, à leur faire donner une autre barque, et tout ce dont ils auront besoin pour retourner à Alger...» (Dép. conc. la tnar. fol. 1 1 6.)

* La lettre suivante, adressée le 7 du mois précédent à l'intendant de Provence , nous montre encore à quels ménagements obligeait la situation :

«Le divan et milice d'Alger ont jusqu'à présent fort bien exécuté le traité qui a esté fait avec eux; nous voyons encore de. toutes parts que leurs corsaires traitent bien les vaisseaux marchands françois, et il est d'une conséquence infinie à la ville de Marseille, à toute la Provence et à tout le royaume, dans un temps comme celuy-cy, où le commerce sera fort troublé, de ne pas exciter une puissance

perdre le commerce si elle rompoil le traité. *.a {Dép. conc. la m or. suppl.) — Voir aussi pièce n' 365.

Vous pouvez sans difficulté mettre sur les galères les soldats que vous levez, afin de remplacer ceux que les vaisseaux ont emmenés.

J'ay reçu l'inventaire de ce qui compose l'équipage et Parmement d'une galère, l'instruction pour les écrivains et la table de réduction pour les bois. Tous ces estats m'ont paru fort bons; mais, pour en rendre l'usage plus facile, il faut travailler à les abréger, et les mettre, s'il se peut, en une feuille de papier comme ceux des vaisseaux.

Je suis bien ayse que vous ayez réglé toutes les fonctions des officiers du parc à l'exemple de celles de l'écrivain. Travaillez à faire des instructions pour chacun des officiers et à les mettre en abrégé.

J'examineray le mémoire que vous m'avez envoyé avec les plans de l'arsenal nouveau de Toulon ; cependant vous devez establir l'ordre que vous me proposez pour mettre le garde-magasin en estât de compter toutes les fois que vous le jugerez à propos.

Quand le Roy prendrait à présent sa résolution sur le nouvel arsenal, les dépenses de l'Estat empescberont que Sa Majesté puisse faire les fonds nécessaires.

Puisque vous croyez que l'on peut se passer de chirurgiens sur les bruslots, il n'y a qu'à les retrancher.

(Arch. de la Mar. Ordre* du roi concernant le, ff«lèr», t674, M. 87.)

. 361. — A M. D'ALMERAS,

CHEF D'ESCADRE

Sceaux, 1 1 juin 167*1.

Vous devez estre certain que le dessein de Huyter est d'attaquer l'isle de Ré et la rivière de Charente. Gomme il trouvera l'isle de Ré bien pourvue de toutes choses, il s'attachera certainement à la rivière; et, s'il n'en est empesché, vous pouvez faire estât qu'il mettra 8 à 9,000 hommes d'infanterie pied à terre pour attaquer le retranchement du Vergeroux et, s'il le force, brusler Rochefort et tous les vaisseaux du roy. Dans le mesme temps qu'il fera son attaque par terre, il se servira aussy de ses vaisseaux pour attaquer par la rivière; et, soit qu'il vienne a bout de son dessein ou qu'il ne le puisse exécuter, sa résolution est de fermer l'entrée de la rivière par le moyen desbastimens maçonnés qu'il mène avec luy.

La certitude de cet avis m'oblige d'envoyer ce courrier exprès à M. de

1 Am>ndi»semenl de Rochefori , à IVmbuuchure de la Charente.

Gadagne1, et de vous donner le mesrae avis, afin que vous redoubliez vos diligences, voslre application et vostre zèle pour le service du roy dans une occasion aussy importante que celle-cy.

(Arch.de la Mar. Dépêcha concernant la marine, 1674 , supplément. )

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