‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 272 sur 486 · AU DUC DE SAINT -A1GN AN · texte numérisé non relu

AU DUC DE SAINT -A1GN AN

GOUVERNEUR DE NORMANDIE

Versailles, ai juillet 167/1.

Je suis sensiblement touché de tous les déplaisirs que vous me tesmoignez avoir eus de la conduite du sieur Brodart, mais je crois que vous jugerez facilement que les plaintes que vous faites contre luy sont telles que je n'ay pas deu me dispenser d'en rendre compte au Roy, et vous verrez , par la lettre que Sa Majesté vous écrit, la résolution qu'elle a prise (l'envoyer au Havre-de-Grâce M. de Creil.

Mais, comme voussçavez que j'ay proposé au Roy ledit Brodart pour l'envoyer au Havre, je crois estre obligé de vous dire qu'il y a douze ans entiers qu'il sert dans la marine, que tous les intendans sous lesquels il a servy ne se sont jamais plaints3 et ne l'ont point accusé de folie, et qu'il faut qu'il soit devenu fol depuis qu'il est au Havre, n'y ayant pas une plus grande folie que celle d'entreprendre de vous assassiner3 en tous lieux, et encore dans vostre gouvernement.

(Arcb. de la Mar. Dépêcha concernant la marine, 1674, fol. »5o.)

1 Charles-Félix de Galéan, comte de Gadagne, né eu 1631. Maréchal de camp en i65i, lieutenant général en i655. En i664, il prit Gigeri, en Afrique. Gouverneur de Dole en 1668 et de l'Aunis en 1673. Clément IX le créa duc, et la république de

troupes.

1 On a vu cependant plus haut, pièces n** 1 65 et a36, que Colbert avait eu souvent à redresser les écarts de conduite du sieur Brodart. La lettre suivante, adressée le 8 août à M. de Creil, nous donne des détails sur cette nouvelle affaire :

"J'ay reçu tous les papiers que vous m'avez envoyés par vostre courrier, et après les avoir lus et examinés, j'en ay fait rapport au Roy.

Majesté dès son commencement, elle a voulu entendre la lecture de voslre extrait et d'une partie des dépositions des tesmoins, et après l'avoir bien considérée dans toute son estendue , elle a résolu d'écrire à M. le duc de Saiul-Aignan la lettre cy-jointe, pour luy tesmoigner que , estant persuadée de la mauvaise conduite du sieur Brodart, elle le prive de son employ pour le punir, mais qu'en mesme temps elle luy pardonne les fautes qu'il peut avoir commises, et désire qu'il luy pardonne aussy. Au surplus, Sa Majesté luy écrit encore qu'elle vous ordonne de l'emmener avec vous, et c'est ce que Sa Majesté m'a ordonné de vous dire, voulant que cette affaire soit par ce moyen entièrement terminée, et qu'il n'en soit plus parlé du tout.» (Dey. roue, la mar. fol. 371.) 3 Persécuter.

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