GOUVERNEUR DE BRETAGNE
Versailles, 1/1 septembre 1 67A.
J'ay rendu compte au Roy du contenu en vostre dépesche du t o de ce mois, qui m'a esté apportée par le courrier que vous m'avez envoyé. Sa Majesté a trouvé la proposition qui vous a esté faite de la part du capitaine Braakcl 1 et du capitaine d'infanterie qui est sur son vaisseau fort avantageuse, mais aussy fort délicate et difficile à exécuter. C'est ce qui a obligé Sa Majesté à m'ordonner de vous redépescher vostre mesme courrier pour vous faire sçavoirses sentimens sur cette mesme affaire.
Vous aurez desjà bien reconnu combien il est difficile de se persuader que cette proposition fust sincère, et qu'un capitaine de marine, ancien
1 Jean van Rraakel, inarîn distingué*; il avait été puni par les Etais pour un acte de terorrilé à la bataille de Southwood-Bay.
dans le service des Estats, qui a fait cy-devant d'assez belles actions, puisse se résoudre à trahir honteusement ses raaistres pour un avantage de peu de considération; d'autant plus qu'il veut colorer sa défection de l'attaque et de la prise de son vaisseau par deux de ceux de Sa Majesté; et elle trouve qu'il est bien plus probable que c'est une ruse de guerre dont ce capitaine fait la tentative pour voir si l'on donnera dans le piège qu'il tend, pour en profiter en ce cas et rendre mesme ce service à ses maistres par la prise de deux des vaisseaux de Sa Majesté , pour ses propres avantages.
Sa Majesté n'estime pas mesme qu'il puisse y avoir aucune seureté en eiécutant ce qu'il propose , d'autant qu'il ne peut s'écarter beaucoup du reste de la flotte, qui doit estre vers Belle-Ile, et que les mesmes vents qui donneroient la facilité aux vaisseaux de Sa Majesté daller joindre ledit Braakel à l'isle de Grouais1 donneroient aussy facilité aux autres vaisseaux de la flotte d'y venir pour prendre ces deux mesmes vaisseaux. Sa Majesté veut donc qu'en ne négligeant rien de ce* qui peut faire réussir cette proposition l'on ne hasarde aussy ses vaisseaux en aucune façon; et quoyqu'il soit difficile qu'elle puisse d'icy dire les moyens de pouvoir pratiquer ce qu'elle désire, et qu'elle soit obligée de s'en remettre à vous et à M. le Vice-Amiral pour tout ce qui regarde la mer, elle veut toutefois que rous observiez de ne point entendre à cette proposition si vous ne voyez le vaisseau de Braakel en lieu où il ne puisse estre secouru par les autres, et que ceux qui négocient cette affaire avec luy ne l'obligent d'envoyer le capitaine d'infanterie en ostage dans le Port-Louis , et mesme, s'il est possible, encore quelque officier de son vaisseau, sans réserver aucun des xujels de Sa Majesté sur son vaisseau.
Si ce capitaine a une véritable envie de se rendre au service de Sa Majesté, elle ne doute point qu'il ne donne toutes les seuretésqui luy seront demandées: et ainsy la proposition se pourra exécuter seurement. Mais elle veut que vous observiez de ne rien entreprendre sans cette seureté, parce qu'il seroit honteux pour ses armes, qui sont glorieuses partout, de donner dans un panneau grossier d'un capitaine hollandois.
Supposé que vous y trouviez la seureté que Sa Majesté désire , elle vous permet de luy promettre tout ce qu'il demande, et au capitaine d'infanterie, que Sa Majesté se servira de luy, et luy donnera tel employ et telle récompense qu'ils auront sujet d'estre satisfaits du service qu'ils luy auront rendu.
(Arch. de ta Mnr, Ikycke» concernant In marine, ifi74, fol. 3io.)
» Petite Ile sur U côte méridionale de Bretagne, canton de Port-Louis , arrondissement de Lo-