EN MISSION EN ANGLETERRE
(Copie portant : De la main de CclberL)
Saint-Germain, 91 novembre 167/1.
J'ay rendu compte au Roy de ce que le sieur Deane vous a dit sur les deux yachts 1 qu'il bastit pour Sa Majesté; sur quoy elle m'a ordonné de luy envoyer le mémoire cy-joint2 pour luy remettre, et je vous prie de le luy bien expliquer, et mesme de prendre garde qu'il l'exécute bien.
1 Ces yachts devaient mesurer quarante- 1 Voici ce mémoire :
rinq i quarante-huit pieds , et tirer trois pieds « Le Roy condescend volontiers à l'envie qu'il
d'eau au plus. (Dép. conc. la mm. fol. 309.) a de rendre les deux yachts, qu'U prend soin
M. l'ambassadeur d'Angleterre 1 a fait icy réclamer un vaisseau appelé l'Oranger, qui a esté confisqué par arrest rendu par le Roy niesnie. Voicy le fait.
Ce vaisseau est de fabrique angloise; son équipage est en partie anglois et partie flamand; les marchandises paraissent appartenir à des Hollandois. Mais le capitaine a dit qu'il n'avoit commission ni du roy d'Angleterre ni de l'amiral, ni aucun congé de l'amirauté, ni lettres de mer, ni aucunes autres pièces qui puissent justifier que ce vaisseau appartenoit aux sujets du roy d'Angleterre; et ce capitaine, pour s'excuser, a dit que ce n'estoit point la coustume en Angleterre d'en prendre.
Or, par les lois de toutes les nations, tout vaisseau trouvé en mer, quoyqu'il porte le pavillon d'une nation, s'il n'a commission ou congé de son prince, ou de son amiral, est confiscable sans difficulté. C'est ce qui a obligé Sa Majesté de le confisquer, et en mesme temps de vous dire de le faire sçavoir au roy d'Angleterre, afin qu'il donne ses ordres tels qu'il estimera à propos pour empescher que ses sujets ne naviguent sans commission, congé ou passe-port.
(Arrh. rie la Mar. l^che* amrtrmM Ut m,rim, 1 674, fol. 383.)
de faire bastir pour Sa Majesté, le* plus beaux et les plus parfaits qu'il sera possible, et pour cet effet d'en faire faire la sculpture en Angleterre. Mais pour cela Sa Majesté désire qu'il envoyé les figures ou plans des pièces qu'il estimeroit nécessaire d'orner de sculpture ou peinture, avec les mesures justes de chacune, afin que Sa Majesté puisse faire faire icy des dessins, et envoyer ensuite des sculpteurs pour les porter audit sieur Deane et les exécuter par ses ordres et sous ses yeux. . .» (Dép. conc. la mar. fol. 383.)
Colbert écrivait encore, le s 6 juillet 1675 , sur ce même objet au duc de Saint-Aignan , gouverneur de Normandie :
ieLe Roy ayant deu faire instance au roy d'Angleterre de permettre au sieur Deane de bastir deux yachts pour mettre sur son canal de Versailles, et Sa Majesté Britannique ayant bien voulu permettre audit sieur Deane de les amener en France, Sa Majesté m'ordonne de vous
luy donniez toutes les assistances qui pourront dépendre de vous, tant pour sa personne que pour les vaisseaux anglois qui escorteront les deux yachts, et mesme pour luy donner les facilités dont il aura besoin pour les faire remonter sur la rivière de Seine jusqu'à Saint-Cloud.» (Dép- conc. la mar. fol. 9 53.)
En 1679 (nous n'étions plus alors les alliés de l'Angleterre) , le sieur Deane fut emprisonné à Londres pour avoir eu des intelligences avec le marquis de Seignelay. A celte occasion, Colbert écrivit à l'ambassadeur en Angleterre, le 96 octobre, que, Deane ayant paru fort habile lorsqu'il avait amené les deux yachts en France, il fallait, quand il serait sorti de prison , «luy faire dire que, s'il vouloit passer en France, il y seroit bien traité. » (Dép- conc. la mar. fol. 538.)
1 Le comte de Sunderland.