AU SIEUR DE VAUVRE
COMMISSAIRE GÉNÉRAL DE MARINE AU HAVRE
Versailles, 6 aousl ifi75.
Pour réponse à vostre lettre du 39 du mois passé, aussytost que le sieur Bremand1 sera arrivé au Havre-de-Grâce, ne manquez pas de le faire arrester et d'informer ensuite contre luy, sur ce qui s est passé lors de la dernière occasion dans laquelle le sieur Pannetier a esté blessé. Je m'étonne que vous n'ayez pas exécuté les ordres que le Roy a donnés sur ce sujet, vu qu'ils ont esté envoyés le a 5 du mois passé.
Tous les avis que je reçois de Normandie me font connoistrc qu'il y a plusieurs petits corsaires qui naviguent le long de la coste. Je vous avoue que je suis surpris que les capitaines des frégates qui ont esté armées au Havre-de-Grâce ne chassent et ne combattent pas ces corsaires. Vous devez leur faire connoislre qu'en cela il y a de leur négligence , et que , comme Sa Majesté sçaura récompenser leurs services en cas qu'ils fassent quelque bonne action et rendent les costes libres, elle sçaura aussy les punir sévèrement s'ils ne font pas leur devoir. Faites-moy sçavoir soigneusement tout ce qui se passera , et les lieux où vous apprendrez que seront lesdites frégates.
A l'égard de la subsistance à donner aux femmes des matelots qui seront, à l'avenir, dans les voyages de long cours, vous devez vous conformer à ce qui vous a esté écrit par la lettre de mon fils du 1 o du mois passé. A quoy j'ajouteray qu'il ne faut rien payer aux femmes sans l'ordre par écrit de leurs maris, et que, le Roy ne voulant pas payer entièrement la solde en sorte qu'au désarmement il ne soit rien deu auxdits matelots, son intention est que, lorsque les mois d'avance qu'on leur donne en s'embarquant seront finis, l'on pourra donner une demy-solde ou le tiers à leurs femmes et familles , en cas qu'ils y consentent *.
Vous trouverez cy-joint l'ordre du roy pour casser le sieur Bitaud de Bléor3, elle rayer sur les listes; ne manquez pas de tenir soigneusement la main à l'exécution de cet ordre.
(Arch. de la Mar. Dépêcha concernant la marine, i675, fol. *76.)
' Michel Bremand, d'abord capitaine de brûlot, puis lieutenant de vaisseau en i665 et capitaine de frégate en 1666. Condamné à mort en i675, pour ne pas s'être trouvé à un «"ombal livré par Pannetier contre les Hollandais, il fut seulement enfermé à la citadelle du Havre le 35 juillet de la même année; élargi
et réhabilité le mois suivant. Mort au mois de mai i679-
1 Voir la pièce précédente et Isambert , I ne. Uni franc. XIX, Ordonnance du 7 août t67.r> pour la subsistance des femmes des matelots qui sont en mer.
s François Bitaud de Bléor, de Touraine.