A M. DE DEMUIN
INTENDANT A ROQUEFORT
Versailles, 11 septembre 1675.
Pour réponse à vos lettres des q6 et 3i du mois passé, je vous ay envoyé, par le dernier ordinaire, l'arrest que vous avez demandé pour faire le procès au cordier de l'arsenal de Rochefort et à ses complices.
J'ay reçu le jugement rendu par le conseil de guerre contre le sieur du Boisneau ', et je vous avoue que je l'ay trouvé ridicule, les officiers qui l'ont condamné à mort ne s'eslant pas expliqués de quel genre de mort ils prétendent punir son crime. 11 est nécessaire que vous retiriez la procédure qui a esté faite et que vous me l'envoyiez pour en rendre compte au Roy. Cependant, si vous aviez bien lu le règlement du a3 septembre 1673, vous auriez trouvé qu'il n'y a rien d'incompatible dans toutes les fonctions qu'a deu faire le major de la marine pour l'instruction et le jugement de re procès, dont l'intendant ne se doit jamais mcsler, la matière de laquelle il s'agit devant estre décidée par un conseil de guerre.
A l'égard de la première place dudit conseil, je vous enverray au premier jour une ordonnance pour empescher qu'à l'avenir aucun capitaine de la religion prétendue réformée y préside.
Je vous envoyé cy-joint Testât qui a esté expédié pour le payement des officiers présens au port de Rochefort pendant le mois d'aoust dernier, dans lequel sont compris les enseignes, qui avoient esté omis dans Testât de juillet; cependant vous devez bien prendre garde de ne point employer
1 Bardet du Boisneau, d'Olcron, capitaine rendu la Mutine, i! obtint un brevet de |jràcu
de frégate en 1 666 ; de vaisseau en 1 675. Con- le 9 février 1 683 , mais ne reprit plus de ser-
Jamné à mort le a septembre 1 676 |M>ur avoir vice.
dans les revues aucun officier qui n'ayt esté1 dans le port pendant tout le mois pour lequel vous l'cmployerez et qui ne soit pourvu par le Roy.
Pour ce qui est des marchandises à remplacer dans les magasins, observez exactement ce qui est porté par les ordonnances, et vous verrez que lesdites marchandises diminueront considérablement de prix.
Vous ferez bien de réformer à koo milliers le marché des chanvres qui doivent estre fournis par le sieur Henry1. Pour ce qui est des chanvres qui s'achètent aux foires de Rochefort, il faut tascher d'en diminuer le prix, le Roy ne voulant pas que vous en achetiez à 1 8 livres le quintal.
Vous avez vu, par mes précédentes, combien il importe au service du roy de faire plus de diligence que vous n'avez fait pour l'armement que Sa Majesté a ordonné à Rochefort, et je vous avoue que je suis un peu étonné que les trois vaisseaux qui doivent aller aux Isles ne soyent pas encore partis. Vous devez prendre à l'avenir vos mesures plus justes, pour exécuter ponctuellement les ordres que Sa Majesté vous donnera sur les armemens qu'elle fera faire en ce port, en sorte qu'ils puissent estre achevés en quinze jours ou trois semaines.
Faites-moy sçavoir soigneusement les lieux où sont l'Embuscade et la Folle , et prenez bien garde que ces frégates soyent continuellement à la mer et naviguent jusqu'à l'embouchure de la rivière de Nantes.
J'écris pressamment à M. le chevalier de Château -Renault de pourvoir à l'escorte des vaisseaux qui reviennent de la pesche de Terre-Neuve2; et, pour cet effet, de croiser incessamment entre les caps de Clare et de Finistère avec les vaisseaux qu'il commande. Comme cet ordre luy a esté donné il y a plus d'un mois, je m'assure qu'il n'aura pas. manqué de l'exécuter.
1 Jean -Baptiste Henry était l'un des four- Neuve; d'autant que Sa Majesté apprend qu'il nisseurs ordinaires de la marine. C'est lui qui , en est desjà revenu dans les costes du
lors de l'eipédition de Messine, avait sou- et qu'il en a desjà esté pris quelques-uns par
missionné les vivres des vaisseaux et des ga- les ennemis. . . Cependant vous estes à Brest ,
leres. — Il devint trésorier général des galères sans mesme faire mention dans vos leUrvs qw
en 1677, se démit de cette charge en 1691, y vous observiez ces circonstances, qui ne de-
ful rétabli , et la quitta définitivement en 1 706. vroienl pas vous permettre pour ainsy dire de 1 Voir pièces n" 385 , 3g6 , 397, 39g , etc. dormir, jusqu'à ce que vous fussiez en lieu — Colbert avait écrit le 1 o septembre à ce pour pouvoir donner à Sa Majesté la satisfaction qu'elle attend de l'armement qu'elle a
t Je ne puis assez vous exprimer combien il mis sous vostre commandement. L'amitié que
est important que vous sortiez du port de Brest j'ay pour vous m'oblige de vous dire qu'il faut
pour vous en aller où le Roy vous ordonne, et avoir plus de chaleur et partir aussytost que
je ne puis ra'empescher de vous dire que Sa vous aurez reçu celte lettre , en cas qu'elle vous
Majeaté trouve que vous n'avez pas assez de trouve encore a Brest." [Dép. eone. la tnar
chaleur pour l'exécution des ordres qu'elle vous fol. 33o.) — On verra , par les lettres suivantes.
a donnes pour l'escorte des vai&seaux de ses que ces pressantes exhortations sujets qui reviennent de la pesche de Terre- pression sur Cbàteau-Renault.
Envoyez-moy l'avis du conseil de construction sur le sujet des vaisseaux l'Excellent et l'Admirable; vous devez prendre garde de conserver soigneusement les vaisseaux qui sont dans le port de Rochefort.
Le Roy ayant résolu de faire passer M. de Guenegaud son envoyé extraordinaire en Portugal, sur les vaisseaux qui sont commandés par le sieur Louis Gabareta, en cas qu'ils ne soyent pas encore partis lorsque vous recevrez cette lettre, ne manquez pas de luy rendre la lettre cy-jointe et de tenir la main à ce qu'il exécute ponctuellement ce qui est en cela de l'intention de Sa Majesté.
(Arch. de la Mar. Dépêches concernant la marine, iC75, fol. 3o7.)
CHEF D ESCADRE
| Copie portan L : Dùlte par CoUmt. )
Versailles, 11 septembre 1675.
Je vous ay fait sçavoir si précisément mes intentions sur l'employ de l'escadre que vous commandez, par ma lettre du 26 juillet dernier, que je ne puis me persuader que vous soyez encore dans mon port de Rrest pour y caréner ou espalmer mes vaisseaux, vu que vous aurez desjà appris que les bastimens de mes sujets qui ont esté à la peschc de Terre-Neuve commencent à revenir, et que j'apprends mesme qu'il y en a desjà deux qui ont esté pris par les Espagnols et menés dans les ports de Biscaye; en sorte que, si vous n'estiez en mer à présent, j'aurois le déplaisir d'apprendre que toute la dépense que j'ay faite pour l'entretien et l'armement de l'escadre de mes vaisseaux que vous commandez seroit mutile, attendu que ma principale intention pour les mettre en mer a esté d'assurer le retour de tous les bastimens qui sont allés à cette pesche. C'est ce qui m'oblige de vous écrire ces lignes pour vous dire que, si vous estiez encore dans mon port de Brest lorsque vous les recevrez, vous ayez li partir sur-le-champ, sans y apporter aucun retardement, sous quelque cause et prétexte que ce puisse estre, pour aller croiser entre les caps de Clare et de Finistère, et exécuter au surplus les ordres contenus en ma
1 Claude de Guenegaud des Brosses , conseiller au parlement, puis mailrc des requêtes, commissaire du roi aux États d.» Languedoc en 1679 , envoyé extraordinaire à la cour de Portugal en 1675. Mort le 99 mai 1740.
* Louis Cabaret d'Oleron, lieutenant de vaisseau en 1 6fi 5, capitaine en 1666, capitaine de port à Rochefort en 1 (17 1 . Tue" à Tabago le 3 mars 1677. — Fils du chef d'escadre Mathurin Cabaret.
lettre du a h juillet. Pensez toujours à ce que je vous ay écrit, qu'il y va de ma satisfaction et du service que vous me devez rendre d'empescher qu'aucun des vaisseaux de mes sujets qui ont esté à cette pesche soit pris par mes ennemis.
(Arch. de la Mar. Ordre* du roi pour ta marine , 1670, fol. «7.)
CHEF D'ESCADRE
(Copie portant : Dictée par Colbert. )
Versailles, 18 septembre 1675.
J'ai reçu encore une lettre de vous datée de Brest, le 1 3 de ce mois, et, lorsque j'en ay rendu compte au Roy, Sa Majesté a esté encore plus étonnée qu'elle ne l'avoit esté par les deux précédons ordinaires, d'autanl plus qu'il ne paroist pas, par aucun terme de vos lettres, que vous ayez ou reçu ou vu la lettre de Sa Majesté du a h juillet, et que vous ne comptez non plus sur les vaisseaux de Terre-Neuve que si le Roy ne vous en avoil jamais donné aucuns ordres , ni écrit sur le sujet de leur seureté.
Je ne puis pas m'empescher de vous répéter que cette conduite, et le peu d'application aux ordres qui vous sont donnés, vous fait grand tort dans l'esprit de Sa Majesté, et ne peut estre excusée par aucune raison.
Sa Majesté a fort bien remarqué qu'il falloit, de nécessité, que lorsque vous recevez une instruction ou une lettre d'elle qui porte instruction, ou vous ne la lisiez pas, ou vous n'y fassiez aucune réflexion, et c'est ce qu'elle ne veut souffrir pour quoy que ce soit. Pour vous dire le vray, cela est indigne, non-seulement d'un commandant général, mais mesme d'un commandant de fluste.
Vous devez trouver bon et me remercier que je vous écrive aussy fortement que je fais, parce que le service du roy, vos avantages et vostre propre gloire dépendent uniquement de ce point, de bien examiner les volontés de Sa Majesté portées par ses instructions, par ses lettres et par ses ordres, et de les exécuter avec une religieuse ponctualité, sans vous en départir pour quoy que ce soit.
Il faut de plus que, par toutes vos lettres, vous rendiez compte au Roy de l'exécution de ses ordres et qu'il paroisse toujours que vous avei continuellement dans l'esprit l'obéissance que vous devez à ses commandemens.
Je ne crois pas que cette lettre vous trouve encore dans les rades de
Brest; mais, en cas qu'elle vous y trouvast, partez sans un moment de retardement et allez-vous-en croiser entre les caps de Finistère et de Clarc pour assurer le retour des vaisseaux revenant de Terre-Neuve et des isles de l'Amérique, qui commencent à rentrer dans les ports du royaume.
(Arch. de I* Mar. Dépêches concernant la marine, 1675, fol. 3a 1.)