‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 304 sur 486 · A M. ARNOUL FILS · texte numérisé non relu

A M. ARNOUL FILS

INTENDANT DE MARINE A TOULON

(Copie portant : Dictée par Colhert.)

Versailles, 18 septembre 167^.

Le sieur Bosquet1, qui commande Tune des barques armées à Toulon, m'a écrit la lettre cy-jointe, qui contient des points de très-grande importance sur le sujet de la conduite du sieur Soleillet4, duquel d'ailleurs je n'ay pas de trop bons rapports. Gomme il n'y a rien de plus important que d'est r-' véritablement informé de tout ce que les capitaines armés par le Roy font en mer, Sa Majesté veut que vous teniez soigneusement la main à ce que les officiers de l'amirauté s'informent exactement de la vérité de tous les rapports dudit Bosquet et entendent les équipages desdites barques pour sçavoir la vérité; en quoy vous n'aurez pas de peine, ainsy •jue vous verrez par ladite lettre, puisqu'il dit qu'il prouvera par cent témoins ce qu'il a avancé. Et , en cas que vous estimassiez que les ofticiers de l'amirauté fussent favorables audit Soleillet à cause qu'il est du mesrae paya qu'eux, ne manquez pas de me le faire sçavoir, parce que alors j'enverray un arrest à M. Rouillé pour juger souverainement ce capitaine.

Dans la mesme lettre dudit Bosquet, vous verrez qu'il dit que le sieur Soleillet a esté de port en port pour faire ses soldats, tant au voyage d'Italie qu'en celuy de Catalogne, et qu'en allant ainsy de |>ort en port inutilement il a perdu le temps favorable, et a consommé ses vivres en sorte qu'il n'en avoit plus que pour deux jours en arrivant à Cette. Vous devez vous informer avec grand soin si cela est véritable ou non, et me le faire sçavoir, parce que c'est encore un point sur lequel il faudra faire le procès à ce capitaine.

Prenez bien garde de découvrir la vérité de tous ces points, et considé-

1 AmableBotKjuel.de Toulon, lieutenant de 5 Soleillet, d'Antibes, lieutenant de vaisseau

vaisseau en 1 66*, capitaine de frégate en 1 69s. en 1 66 1 . Rayé des cadres en 1 675. Mort le 1 h février 1 696.

rezque,si nous avons l'indulgence de souffrir cette mauvaise conduit»-, toute la dépense que le Roy fait dans sa marine est entièrement inutile. C'est à vous à agir de telle manière que le Roy soit informé de la vérité exacte en réponse de cette lettre.

Ledit Bosquet m'écrit aussy que la barque qu'il commande et celle dodit Soleillet sont si pesantes qu'il est impossible qu'elles puissent joindre aucun des bastimens qu'elles rencontrent à la mer.

Informez-vous si cela est véritable; en ce cas, il faudra en faire bastir deux pour mettre à la place de celles-là, qu'il faudra vendre; cependant il est nécessaire qu'elles servent à l'escorte des bastimens qui seront ebargés des vivres qui doivent partir incessamment. Et vous devez observer, pour la construction desdites barques, de choisir le plus habile charpentier qui soit en Provence afin qu'elles soyent plus légères et meilleures de voiles qu'aucune qui ayt jamais esté mise en mer.

( Arrh. du la Mnr. I>rpéclit* rouerrnaut la marine, 167!», fol. 3*0.)

CHEF D'ESCADRE

( Copie portent : Dictée par Colbert.)

Versailles, a oriolirc ifi;».

J'ay rendu compte au Roy du contenu en vostre lettre du 20 du passé; je dois vous dire que Sa Majesté en a esté encore plus surprise que de tout ce qui est contenu dans vos autres lettres, dont Sa Majesté vous a tesmoigné ses sentimens par toutes les précédentes. En voicy la raison.

Vous avez reçu un ordre précis, du a U juillet, d'aller croiser entre les caps de Finistère et de Clare pour assurer le retour des vaisseaux de Terre- Neuve; vous ne l'avez point exécuté et vous n'avez pas mesme fait connoistre par aucune de vos lettres que vous y eussiez fait réflexion. Sa Majesté vous a envoyé trois ordres consécutifs par lesquels elle vous a tesmoigné son mécontentement du peu d'application que vous avez à l'exécution de ses ordres, et cependant, par cette dernière lettre, le Roy voit encore que, au lieu de les exécuter ainsy que vous le deviez, en disant mesme que les vents estoient alors favorables pour plusieurs routes, au lieu de vous en aller droit où elle vous ordonne, vous ne parlez (pie de naviguer entre Belle-Ile et la Rochelle et de revenir à Ouessant. C'est sur quoy elle m'ordonne de vous écrire que , si elle reçoit encore une lettre de vous par

laquelle elle voyc que vous n'ayez point exécuté son ordre, elle enverra celuy de vous faire arrester sur vostre bord.

Je suis bien fasché de vous écrire de cette sorte; mais comme je ne puis pas m'empescher de vous dire qu'il seroit difficile que la patience de Sa Majesté allast plus avant et que, estant de vos amis autant que je suis, j'ay esté sensiblement touché de ne pouvoir trouver aucune raison qui pust vous excuser auprès d'elle , je ne puis assez vous exprimer combien il est nécessaire que vous changiez de conduite à cet égard , et que vous fassiez un estât certain que le Roy veut estre obéy ponctuellement.

(Arch. de la Mar. Dqrtkei ronccruautla marine, i675. fol. 338.)

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