AU SIEUR DE VAUVRÉ
COMMISSAIRE GÉNÉRAL DE MARINE AU HAVRE
Versailles, i i octobre 167*».
Pour réponse à voslre lettre du 3 de ce mois, je vous ay fait sçavoir par ma dernière ce que vous aviez à faire pour vous informer plus certainement de la nouvelle que vous avez eue que le jeune Ruyter 1 estoit à Porlland2 avec vingt-deux vaisseaux. Je ne doute pas que vous n'y ajez envoyé un bastiment exprès , et que vous n'ayez ordonné à celuy qui le commande d'aller au-devant de la flotte des gabelles9 en cas qu'il ayt trouvé cette nouvelle véritable. Je seray dans une grande inquiétude jusqu'à ce que j'aye eu de vos lettres à ce sujet ou que j'aye appris que ladite flotte, qui partit de Brest le 9 de ce mois, soit eu seureté.
Je vous recommande de tenir la main à ce que le charpentier de Dunkerque remette le Croissant en bon estât, et de ne le point renvoyer qu'il n'aytbasty les deux barques longues qu'il a commencées; surtout recommandez-luy de faire en sorte qu'elles puissent tenir la mer dans les gro> temps, sans toutefois estre trop chargées de bois.
Continuez à chercher quelques marchands au Havre ou à Rouen qui veuillent se charger de la fourniture des vivres aux vaisseaux qui seront armés au Havre, et faites-moy sçavoir si vous en aurez trouvé aucun.
Je vous envoyé cy-joinle la copie de deux règlemens que le Roy a fait
1 Enpel Ru j 1er, fils de fit seconde femme de 1 Petite ile d'Angleterre, dans la Manche,
I amiral, né on 16^9. Il mourut conlre-amiral sur la côte du comté de Dorsct. quelque» années ..près son père. 3 Voir pièce n* 3p, ■ , dernier panujiipk
expédier, l'un pour faire défenses aux intcndans et commissaires généraux de passer ou ordonner à l'avenir au munitionnaire général des armées navales aucune fourniture que celles dont il a esté chargé par les estais de Sa Majesté, l'autre pour empescher que les fonds faits pour la solde des . équipages et appointemens des officiers de ses vaisseaux soyent divertis à aucune autre dépense. Il est bien important que vous teniez soigneusement la main à l'exécution de ces règlemens, et que vous ne vous en dispensiez point pour quelque cause que ce soit, puisque vous devez comprendre que, si les inlendans qui doivent faire observer aux autres les règlemens de Sa Majesté se dispensoient eux-mesmes de les suivre, il serait impossible qu'elle pust continuer à se servir d'eux...
(Areh. de la Mar. Drpéclies co*c*rnaHt la marine, i675. foi. 356.)
CHEF D'ESCADRE
(Copie portant : Dictée par Colbert.)
Versailles, «6 octobre 1675.
Je vous écris seulement ce mot, en réponse à vostre lettre de la rade de Belle-Ile du 10 de ce mois, pour vous dire que j'ay esté extraordinairement surpris de voir, par la dernière ligne, que vous dites que vous serez à Brest le 10 du mois prochain.
Et comme Sa Majesté ne vous a mis en mer dès le commencement de Tannée, n'a fait la dépense de vostre escadre, fait l'armement des deux vaisseaux du comte de Blcnac, fait payer un écu par tonneau à tous les vaisseaux qui sont allés à la pesche de Terre-Neuve, et que sa principale occupation dans toutes les affaires de marine n'a esté pendant toute cette année que pour donner seureté au retour des vaisseaux de Terre-Neuve, qui ne reviennent , ainsy que vous le sçavez bien , que dans les mois d'octobre et de novembre, il se trouvera que vous serez justement dans le port dans le temps qu'ils courront le plus grand risque à la mer, sans que vous puissiez alléguer aucune raison ni excuse d'une action si contraire aux intentions de Sa Majesté et à la fin qu'elle s'est proposée pour le bien de son service et l'avantage de ses sujets.
Je vous avoue que je ne puis pas comprendre qu'un homme comme vous, qui a de l'esprit et de l'expérience, tombe en une faute aussy grossière que celle-là, n'estant pas possible que vous ne sçachicz bien que tous les vaisseaux de Terre-Neuve ne retournent qu'à la lin d'octobre et
dans les mois de novembre et de décembre, et que vous ne sçachiez aussy qu'en quittant la mer et revenant à Brest vous les abandonnez à la mercy de tous les corsaires, qui sont en grand nombre dans toutes ces mers, ainsy que vous en convenez vous-mesme. Il n'est pas non plus possible de croire que le défaut des vivres ou ccluy de vos vaisseaux vous puisse obliger à rentrer dans le port de Brest, vu qu'ils ont esté carénés et espalmés dans le milieu du mois de septembre et que le munitionnaire a eu ordre, dès le commencement de l'année, de vous fournir pour une année entière de vivres. Regardez donc de réparer cette faute avec une diligence incroyable, et, s'il est possible, remettez à la mer à l'instant mesme que vous aurez mouillé en rade et que vous aurez reçu cette lettre.
Je suis fasché d'estre obligé de vous écrire des lettres de cette sorte aussy souvent que je le fais; mais la nécessité du service et l'amitié quej'ay pour vous m'y obligent1.
Profitez des avis que je vous donne et soyez assuré que, quelque cbaleur que vous voyiez dans mes lettres quand il est question de vous dire ce que vous avez à faire, j'en auray encore davantage quand il sera question de vous faire plaisir.
( Àrch. de la Mai-. Dépêcha concernant h tnarine , 1 675 , fol. 370. )
CIIEF DESCADRE.
( Copie portant : Dictée par Colbert. )
Versaiije», g novembre 1673.
Y ayant beaucoup d'apparence, par les lettres que je reçois, que tous les vaisseaux de Terre-Neuve sont arrivés , il faut penser à bien employer ceux que vous commandez jusqu'à la fin de vos vivres.
Si , par les avis que vous aurez , qui sont plus certains que ceux que je puis avoir, il reste encore des vaisseaux de Terre-Neuve à arriver, vous devez vous appliquer à leur donner une entière seureté pour leur retour, en croisant aux endroits que vous estimerez le plus à propos; et, si tous ces vaisseaux sont de retour, l'intention du Roy est que , suivant les vents qui doivent toujours diriger vostre navigation, vous preniez toutes vos mesures pour ebasser tous les corsaires qui pourroienl se retirer dans la coste sud de Bretagne jusqu'à la rivière de Bordeaux; que vous donniez une entière seureté à tous les vaisseaux marchands et estrangers qui vont
1 Voir pièce» 11" 397, 3yQ et /100.
charger dans cette rivière ou qui en retournent; et, lorsque les vents vous porteront à l'entrée de la Manche , Sa Majesté veut que vous y naviguiez aussy, et que vous cherchiez toujours les vaisseaux hollandois qui y passent continuellement, et sur lesquels vous pourriez faire des prises considérables.
Mais, comme elle estime plus de garantir un de ses sujets que de nuire à dix de ses ennemis, vous devez, par préférence à toutes choses, penser à • conserver ses sujets.
( Arth. de la Mar. Dépêche* concernant la marin», i675 , foL 3oo.)
m. — AU SIEUR GUILLON,
CAPITAINE DE VAISSEAU '
(Copie portant: Dictée par Colbert.)
Versailles, 13 novembre 1675.
Je ne puis assez vous expliquer l'étonnement où je suis que le vaisseau le Fendant ne soit point encore party de Bayonne pour venir à Rochefort.
Il y a plus de huit mois entiers que je commence de vous écrire que le Roy veut que, dans deux ou trois mois au plus, il sorte et vienne à Rochefort; j'ay fait remettre à Bayonne la somme de 10,000 tant de livres qui esloit due au sieur Dumont pour satisfaire à toutes les dépenses auxquelles il estoit obligé par son traité; j'ay donné et réitéré plusieurs fois les ordres au sieur de Demuin pour faire remettre à Bayonne les fonds nécessaires pour toutes les dépenses auxquelles ledit Durnont n'estoit pas obligé; tous les ordres ont esté donnés pour la levée des équipages; et, nonobstant toutes ces précautions et tant de lettres que je vous ay écrites sur le mesme sujet, nous voicy au 1 a novembre sans avoir pu parvenir à le faire mettre en mer.
Je ne puis pas m'empescher de vous dire qu'en cela, pour un vieil officier qui sçavez fort bien vostre métier, vous avez notablement manqué à ce qui peut estre du service et de la satisfaction du Roy. Et ce manquement ne peut estre réparé qu'en employant le jour et la nuit, dès lors que vous aurez reçu cette lettre, pour faire partir promptement ce vaisseau et l'envoyer à Rochefort, ce que vous devez faire d'autant plus facilement qu'il ne m'a paru, par aucune de vos lettres , qu'il vous manquast aucune des choses nécessaires.
1 Guillon , d'Olerou, capitaine «le vaisseau service, en 1679. Rétabli en 1681, il fut mis en i65a; capitaine de port, à Brest, en ensuite à la demi-solde. Mort le 1 a novembre 1676; à Rochefort, en 1677; se retira du 1690.
Prenez donc bien garde que j apprenne par vos premières lettres que ce vaisseau est party, et soyez assuré que vous ne pouvez alléguer aucune raison qui en puisse excuser le retardement; et, pour vous faire voir de quelle importance il est au service de Sa Majesté que ce vaisseau sorti* et vienne à Rochefort, elle m'ordonne de faire partir en poste un commissaire de marine de Rochefort pour s'en aller à Bayonne faire ce que vous n'avez pas encore fait, et ce commissaire sera porteur d'un double de cette tlépescbe
(Arcb. delà Mar. Dépécha concernant la marine, 1676, fol. %3.)