A M. ARNOUL FILS
INTENDANT DE MARINE A TOULON
Stint-Gerraain, aa may 1676.
Le courrier que vous avez dépesché est arrivé icy cette nuit, et m'a rendu toutes vos dépesches, et je vous assure que j'ay esté bien surpris de voir que, en une matière aussy délicate et aussy importante que celle de la relation d'une bataille *, vous ayez voulu la faire et la signer avec des rai* sonnemens de vostre chef, et qui sentent encore bien vostre jeunesse, sans
les moyens de surmonter cette difficulté. Les malades seront visités par le médecin, l'apothicaire et le chirurgien de marine, par un commis qui aura une inspection sur la manière dont ils seront traités, et par le contrôleur.
«Lorsqu'il arrivera un grand désarmement, il faudra tenir prest ledit hospilal de Saint- Mandrier, y envoyer un commissaire, le méderin, l'apothicaire et le chirurgien de marine avec les écrivains nécessaires pour recevoir tous les malades, et aussytost qu'il n'y en aura plus que cent et qu'il aura esté clairement reconnu qu'il n'y a point de mal contagieux , il faudra faire passer ces cent dans l'hospifal de Toulon et fermer celuy de Saint-Mandrier. . .» (Même provenance que la lettre, fol. 173.)
1 Colbert. en effet, s'il relevait vivement les fautes du jeune Arnoul, savait aussi l'encourager lorsqu'il le méritait:
«J'ay lu , lui avait-il écrit le a mai , le mémoire que vous avez envoyé à mon fils sur tout ce qui est à faire poor remettre en mer les trente vaisseaux qui doivent revenir de Messine, et comme je vous ay marqué souvent, depuis un an ou dix-huit mots, tout ce que vous faisiei de mal , je suis bien ayse de vous dire ce que vous faites bien et de vous faire voir, en niesme temps, que vous profitez des avis que je vous ay donnés. Je vous diray donc que ce mémoire m'a paru très-bien, et que je n'ay pas mesto*' trouvé qu'il y manquast aucune chose... ^(Dép. conc. la mar. fol. 1 63. )
« Le a a du mois précédent, du Quesne avait livré aux Hollandais, près d'Agosta, un combat dans lequel l'amiral Ruyter fut mortellement blessé. Les Français perdirent le chef d'escadre d' Aimeras, qui fut emporté par un boulet.
estre autorisé de la signature ni du rapport du capitaine qui vous a fait cette relation. C'est une imprudence, et, pour la mieux qualifier, une sottise qu'il seroit diilicile de pouvoir s'imaginer qu'un homme comme vous pust commettre. Apprenez une fois pour toutes que vous ne devez jamais mettre vostre style ni vostre rapport en des matières de cette conséquence, et que vous deviez faire faire la relation par le sieur de Saint-Aubin1, luy faire signer et l'envoyer. Il ne vous plaist pas mesme de dire par quel ordre, pourquoy ni comment ce capitaine est venu à Toulon, s'il est party avec toute l'armée ou sans elle, s'il l'a laissée dans la roule ou non, pourquoy il l'a quittée, si M. de Vivonne a ordonné à toute l'armée de revenir à Toulon ou non , qui sont toutes circonstances de la dernière conséquence pour le service du roy, parce que , si M. le duc de Vivonne est demeuré à Messine sans vaisseaux ni galères, assurément il court très-grand risque. Mais • toutes ces choses, qui sont plus importantes cent fois que la bataille, ne vous touchent point, et vous aimez mieux faire une relation ridicule d'une action que vous n'avez point vue, et dans laquelle vous mettez beaucoup de raisonnemens encore plus ridicules, que de vous informer, pour en informer ensuite le Roy, des points les plus essentiels et les plus importa ns.
Si ledit sieur de Saint-Aubin a quitté le pavillon sans ordre, croyezvous qu'il ayt bien fait? Pour l'ordinaire, ceux qui apportent les premiers les nouvelles d'une bataille ne sont pas les bienvenus, parce que c'est une preuve certaine qu'ils ont quitté les premiers. Comme je veux croire que l'armée sera arrivée lorsque cette lettre vous sera rendue, je pourray estre informé de toutes choses; mais, en cas que cela ne fust point et que ledit sieur de Saint-Aubin fust encore seul à Toulon , dites-luy que le Roy veut qu'il fasse une relation de tout ce qui s'est passé dans ce combat et qu'il la signe.
J'ay bien de la peine à croire que M. de Vivonne ayt donné ordre à l'armée de revenir à Toulon, et qu'il se soit résolu de demeurer seul à Messine sans galères ni vaisseaux, à moins que les vaisseaux du roy ayent esté si fortement maltraités qu'il ne les ayt pu retenir; et j'ay encore plus de peine à croire qu'il ayt ordonné au sieur de Saint-Aubin de s'en revenir, sans luy avoir donné un ordre par écrit et une relation exacte du combat.
Pour ce qui est de vos besoins , le trésorier de la marine a eu ordre de
1 Louis Leroux, chevalier d'Infrevillc , sieur cadre en 169,3. S'étant retiré du service eu de Saint-Aubin, de Vernon, enseigne de vais- 1 707, il mourut à Lyon le a3 juillet 171a. — seau en i663, capitaine eu ifi6ii, chef d'es- Voir pièce n'ûaA.
vous envoyer 1 5o,ooo livres pour ces dépenses. Je luy écris encore qu'il prenne bien garde que ce fonds soit entre les mains de son commis qui sert auprès de vous.
Je vous ay envoyé un estât en table de tous les ordres qui ont esté donnés au sieur Dalliez pour les fournitures qu'il doit vous faire, contenant ce qui a esté fourny jusqu'à présent et ce qui reste à fournir; je le presse encore, par un billet que je luy écris, de ne pas manquer à ces fournitures, et mesme de vous envoyer tout ce que vous luy demanderez. Mais je dois vous dire sur ce point que les mémoires que vous faites sont trop amples et que vous supposez que les vaisseaux sont en si mauvais estai qu'il est impossible qu'ils puissent estre remis en mer. C'est encore un effet de vostre jeunesse de supposer toujours le mal plus grand qu'il n'est, et de vouloir avoir toutes choses en une pleine abondance et dans une entière perfection. 11 faut sçavoir se servir de tout ce que l'on a et ne pas demander une si grande quantité de toutes choses.
A l'égard des soldats et matelots, vous pouvez vous servir des équipages des garde-costes sans difficulté, et désarmer les cinq vaisseaux suivant ce que mon fils vous a écrit.
J'écris au sieur Duguay de faire partir promptement les radeaux. Cependant vous pouvez vous servir des bois que vous avez dans l'arsenal, mais prenez garde de ne pas faire servir les grosses pièces sans une absolue nécessité.
Voilà ce que j'ay à répondre à vos dépesches.
Servez-vous du sieur Brodart , et prenez garde à remettre tous les vaisseaux en mer avec une très-grande diligence.
(Arcb. delà Mar. Dépêche concernant la marine, .676, foi. iH3.)
/i20. — A DU QUESNE,
LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES
(Copie portant : De la main de Cotbert.)
Paris, 3o roay 1676.
Je ne sçaurois assez vous exprimer combien je suis touché de la gloire que vous avez acquise aux armes du roy par le second combat que vous venez de donner et en mesme temps de la gloire que vous vous estes acquise à vous mesme, et je ne doute pas que Sa Majesté ne vous fasse connoistre la satisfaction qu'elle recevra de deux aussy belles actions que vous avez faites cette campagne.
Je fais passer le sieur du Quesne1, vostre neveu, auprès du Roy; et comme Sa Majesté est à présent campée à Ninove, près de Bruxelles, et que je sçais bien qu'elle approuvera toutes vos pensées, j'ay expédié la lettre et l'ordonnance cy-jointes de Sa Majesté, et envoyé en mesrae temps les ordres au sieur Arnoul pour faire exécuter le tout.
J'ay desjà ordonné au sieur Berthelot que la poudre qu'il fournira à l'avenir soit meilleure que vous ne l'avez trouvée dans les derniers combats , et vous devez estre assuré que tous les avis que vous donnez pour le service du roy seront exécutés.
Surtout appliquez-vous à establir l'obéissance et la régularité dans toute la marine du roy, et soyez bien certain qu'il n'y a ni cabale ni écriture qui puisse vous causer aucune peine dans l'esprit de Sa Majesté 2.
( Arch. do la Mar. Dépêche, concernant la marine, 1676, fol. *o7.)