‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 323 sur 486 · AU SIEUR RRODART · texte numérisé non relu

AU SIEUR RRODART

INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE

Au camp de NecraaseU, près Ninove, 16 juin 1676.

Après avoir bien examiné tous les mémoires et pièces que vous m'avei envoyés concernant l'hospital des forçats de Marseille, j'ay pris les ordres du Roy sur les propositions que vous avez faites, et je vous feray sçavoir, par la présente lettre, les intentions de Sa Majesté sur ce qu'elle veut qui! soit observé, quant à présent, au sujet dudit hospital.

1 Voir II, A go. — 1 Ce mémoire est de Seignelay.

Par les lettres patentes d'establissement du mois de juillet 1 6 46 , le Roy, entre autres choses, donne 9,000 livres par an pour la fondation et la dotation dudit hospital , et ordonne quelles seront payées de trois mois en trois mois.

De plus, Sa Majesté accorde 3 sols par jour pour la nourriture de chacun des forçats conduits audit hospital, qui seront payés par le trésorier sur les rôles desdits forçats, qui doivent estre arrestés, de trois mois en trois mois, par le commissaire général ou contrôleur en ce temps-là, et par conséquent par l'intendant des galères en celuy-cy.

Ces lettres patentes ont esté enregistrées en la Chambre des comptes, le dernier aoust 1 646, à la charge de rapporter le certificat du service et le double du compte qui aura esté rendu de l'administration dudit hospital. Si vous aviez tenu la main à l'exécution de ce qui est porté par les lettres patentes et par l'arrest d'enregistrement, vous seriez sorty de tout l'embarras dans lequel vous estes , et l'hospital auroit esté beaucoup mieux administré.

11 faut donc réduire cet hospital aux termes des lettres patentes de son establissement , c'est-à-dire donner aux directeurs et administrateurs les 9,000 livres portées par lesdites lettres, arrester tous les trois mois le rôle des forçats qui seront tombés malades, que vous m'enverrez, sur lequel il sera donné ordre pour la remise du fonds de 3 sols par jour pour chacun; que vous obligiez les directeurs à donner, tous les ans, un double de compte de leur administration , suivant l'arrest d'enregistrement de la Chambre, et que vous leur fassiez entendre que l'intention de Sa Majesté est que le double de compte me soit envoyé pour estre examiné; que vous f t ri i( /a l(i iiitti n à ce cjug tous 16S forçâls niciltidc^s so\ ^ 1 1 1 reçus dans ledit hospital, et qu'ils y soyent bien pansés et bien médicamentés, et que vous commenciez d'observer cette conduite au premier juillet prochain, afin d'achever les six derniers mois de cette année suivant l'esprit des lettres patentes. En cas qu'il y ayt quelque difficulté à l'exécution de ce qui vous est ordonné sur ce sujet, vous m'en informerez , afin que j'en puisse rendre compte à Sa Majesté et vous faire sçavoir ses intentions.

Sur le* sujet dudit hospital , je scray bien ayse. de sçavoir si toutes les autres clauses des lettres d'establissement s'exécutent dès à présent, c'està-dire si les quatre anciens administrateurs nomment tous les ans quatre personnes au général des galères pour en choisir deux qui doivent servir à la place de ceux qui sortiront;

Qui sont à présent ces administrateurs, et s'ils s'acquittent bien de ce «ju'ils doivent;

la MARINE

S'il y a, dans ledit hospitâl, un médecin, apothicaire, chirurgien, économe, infirmier et autres qui sont nécessaires pour avoir soin des malades;

Par qui ces officiers sont nommés ;

S'il y a un concierge, commis par le général des galères, qui soit chargé de la garde des forçats qui sont dans ledit hospital ;

Si le supérieur général de la mission a soin de l'administration spirituelle dudit hospital, suivant ce qui est porté par lesdites lettres;

S'il a pareillement soin de pourvoir chaque galère d'un bonprestre pour y servir d'aumosnier.

Ne manquez pas de me donner les éclaircissemens sur tout ce qui est contenu dans cette lettre , le plus tost que vous pourrez.

( Arcb. de la Map. Dcpéchcs «marnant U* Salère», i 676 , fol. 60.)

àU. - A M. ARNOUL FILS,

INTENDANT DE MARINE A TOULON

(Copie portant : De la main de Coltxrt.)

Paris, «8 juin 1676.

Pour réponse à vos lettres des o. et 1 o de ce mois (laquelle je ne remets point à faire à mon fils, estant question d'une affaire très-pressée puisqu'il s'agit de remettre une armée navale en mer, parce que vous attendrie! bien encore huit jours sa réponse, qui arriveroit trop tard), je vous diray que j'écris à M. du Quesne qu'il .examine avec vous ies raisons contenues dans vos dépesches du q. , par lesquelles vous prétendez que si les vaisseau* demeurent aux isles d'Hyères il sera beaucoup plus difficile de les remettre en mer, et qu'il sera impossible d'y apporter la mesme diligence, afin que, après avoir examiné avec grand soin toutes ces raisons, vous preniez le party qui sera le plus avantageux au service du roy, c'est-à-dire que vous vous conformiez entièrement aux sentimens du sieur du Quesne, et que vous surmontiez, à force d'application, tous les obstacles et toutes les difficultés que vous prévoyez. Le principal consiste à bien faire connoistre au sieur du Quesne les expédiens que vous croyez pouvoir trouver pour empescher la désertion des équipages, parce que, comme c'est assurément le plus important et le plus nécessaire pour remettre en mer le* vaisseaux, il faut que tous les autres inconvéniens cèdent à celuy-là, si vous ne pouvez trouver d'expédient seur pour les conserver.

A l'égard de» la poudre, c'est à vous de chercher un expédient seur|iour

l'avoir de la qualité qui est nécessaire pour la marine, c'est-à-dire qu'il faut qu'elle soit plus chargée de salpestre, et, puisque vous estimez que l'éprouvette n'est pas seure, il faut que vous conveniez avec le commis du sieur Berthelot d'un autre expédient, tel que celuy que vous proposez. Surtout prenez bien garde, à l'avenir, qu'il ne soit embarqué sur l'armée navale du roy aucune poudre qui ne soit de la qualité nécessaire et telle que M. du Quesne vous le dira l.

Pour les bleds, je m'étonne que ceux qui ont esté achetés par les soins du sieur de La Tour Dalliez ne soyent pas bons, et qu'il en ayt envoyé une aussy grande quantité2; je ne veux point que l'on en charge du tout pour envoyer à Messine qui ne soit de très-bonne qualité; mais en cas qu'ils fussent seulement un peu moins bons qu'il ne conviendroit, et qu'en les convertissant en farines elles fussent fort bonnes, vous pouvez, en ce cas seulement, en embarquer 6,000 charges et rien davantage; pour le surplus et mesme pour toute la quantité, en cas qu'ils ne soyent pas bons, vous les laisserez entre les mains du sieur Dulignon, qui s'en servira ainsy que ledit sieur de La Tour Dalliez luy ordonnera.

Quant au sieur de Saint-Aubin d'infreville , vous devez faire un procèsverbal de tout ce qui s'est passé quand il a esté chez vous pour vous insulter, et envoyer ce procès-verbal à mon fils afin qu'il le fasse voir au Roy, l'intention de Sa Majesté estant d'autoriser toujours ceux qui ont son autorité en main et qui n'ont pas sa force; mais je vous avoue que je m'étonne que ledit sieur de Saint-Aubin soit si bien informé, non-seulement de la relation que vous m'avez envoyée , mais mesme de la lettre que je vous ay écrite3.

Ne manquez pas d'aller au-devant de l'armée, aussytost que vous croirez qu'elle pourra estre proche des isics d'Hyères, afin que le sieur du Quesne puisse entendre vos raisons auparavant que de mouiller auxdites isles.

1 Voir pièce n" 4ao.

1 CoJbert écrivait, le même jour, a Dalliez:

«Je suis étonné d'apprendre du sieur Dulignon que vous ayex envoyé' à Toulon 7,000 rliarges de bleds, sravoir 3,ooo la première fois et 4,ooo la seconde, et que tous ces bleds ne soyent pas bons , et je vous avoue que je suis surpris, m'ayanl pressé comme vous l'avez fait de vous donner la charge de faire ces achats, que ceux à qui vous vous estes adressé s'en soyent si mai acquittés. J'ordonne que l'on n'embarque que les bleds qui seront de bonne qualité; ainsy il faudra que vous les visitiez

pas estre envoyés » (Dép.conc. Ui

fol. j5o.)

• Le Roi donna l'ordre d'arrêter le sieur de Saint-Aubin d'infreville. Colbert, en lui notifiant cet ordre le 1 8 juin , s'exprimait ainsi :

«Je vous diray que les relations que vous avez envoyées à moy et â mon fils sont arrivées dans le mesme temps que celle du sieur Arnoul , et que ce n'est pas ce qui a obligé le Roy de donner l'ordre pur vous arrester; la seule raison vient de ce que vous avez abandonné son pavillon contre toutes les défenses de Sa Majesté qui ont esté si souvent réitérées." {Dép. .la «utr. fol. «5o.) - Voir pièce n' 4 19.

J'atlends avec [grande impatience les nouvelles du retour de l'armée et la confirmation de la nouvelle du grand combat donné par M. de Vivonne, dans lequel il y a eu onze vaisseaux et cinq galères qui ont esté bruslés 1 .

(Àreta. de ta Mar. Dépêche, concernant la marine, 1676, W. «48.)

LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES

(Copie portant : Dictée par Colbert.)

Sceaux, ai juin 1676.

Il seroit difficile de vous pouvoir bien exprimer la joye et la satisfaction (jue le Roy a reçues en apprenant la continuation des grandes actions que son armée navale a exécutées cette année, et quelle vient de finir par la plus glorieuse et la plus avantageuse action qui ay t jamais esté exécutée par aucune armée navale2. Je me réjouis en mesme temps de la part considérable que vous y avez, dont je ne doute pas que le Roy ne vous tesmoignc sa satisfaction aussytost qu'il aura reçu toutes les lettres et les relations de cette grande et belle action, qui luy ont esté portées par le major de la marine et le marquis de Langeron s, qui sont partis cette nuit de Paris pour aller trouver Sa Majesté. Au surplus, j'envoye, dès à présent, au sieur Arnoul , des ordres du roy si pressans d'exécuter tout ce que vous désirerez pour remettre ses vaisseaux en mer avec toute la diligence qui est nécessaire pour continuer toujours de combattre et de vaincre les vaisseaux ennemis et les chasser enfin des mers de Sicile, que je ne doute pas qu'il n'ayt de quoy fournir à tout.

Vous aurez appris à vostre arrivée aux isles d'Hyères qu'il a ordre de se servir des cinq vaisseaux qui sont sous le commandement du sieur du Magnou4, pour les remettre en la place des cinq les plus maltraités de l'armée, et qu'il en a mesme fait préparer quelques-uns de ceux qui estoient dans

1 Le a juin , le duc de Vivonnc avait battu , devant Païenne, les flottes d'Espagne et de Hollande. Les ennemis perdirent 1 a vaisseaux , 6 galères, h brûlots, 700 pièces de canon et plus de 5,ooo hommes.

1 Joseph Andrnult, marquis de Langeron, enseigne de vaisseau en 1670, capitaine en

1671, chef d'escadre en 1689, lieutenant général en t697. Mort à Sceaux le «8 mai 17U.

* Pierre Guerusseau du Magnoti, de Poitiers , lieutenant de vaisseau en 1663, capitaine en 1666. Condamné à mort, au Havre, le 10 mars 1670, pour avoir perdu le flou** (voir pièce n° i36). Rétabli en 167a, chef d'escadre en 1693. Mort le 10 mai 1706.

le port pour le mesme effet. En cas que vous estimiez qu'il ne faille point faire de radoub aux isles, ni donner carène à tous les vaisseaux, et que vous aimiez mieux qu'ils retournent à Messine pour y faire des radoubs et leur donner carène l'un après l'autre dans le temps qu'ils pourront estre tenus dans le port, je luy donne ordre de préparer toutes les marchandises nécessaires et de les envoyer à la suite de l'armée à Messine, comme aussy d'examiner avec vous quelle sorte d'officiers il sera nécessaire d'y envoyer pour travailler auxdits radoubs et carène, et si l'on pourra trouver des ouvriers à Messine pour ce mesme travail.

A l'égard des poudres, je vous ay envoyé deux billets du sieur Berthelot, et il m'assure si positivement que celles qu'il fournira à l'avenir seront de telle qualité que vous en serez satisfait, que je ne puis presque en douter; je vous prie cependant de les bien examiner, et de convenir avec le sieur Arnoul et le neveu dudit sieur Berthelot, qui sera sur les lieux, des moyens seurs d'en faire les épreuves à l'avenir en telle sorte, s'il est possible, qu'on ne puisse jamais douter de leur bonté.

Aussytost que j'ay reçu vostre lettre du 3 de ce mois, j'ay écrit au commissaire Sacchi-Séjourné, qui est à Saint-Malo, d'arrester vostre maistre canonnier nommé de Caux, de lever en mesme temps ko ou 5o canonniers et mesme un plus grand nombre, s'il est possible , et de les faire partir sur-le-champ de Saint-Malo pour les envoyer à Toulon, souhaitant fort qu'ils y arrivent assez à temps pour s'embarquer sur vostre vaisseau et servir aux belles actions que nous avons sujet d'attendre de vous pendant le reste de cette année, après l'avoir si heureusement commencée.

J'écris au sieur Arnoul d'acheter les vaisseaux nécessaires pour servir de bruslots, mais je ne sçais si, parmy tant de prises qui ont esté faites à Messine, il n'y en auroitpas quelques-unes qui puissent servir à cet usage. Vous me direz vostre sentiment sur cela.

Je suis en peine de sçavoir si le chevalier de Château-Renault estoil arrivé lorsque vous estes party de Messine.

Pour ce qui est des récompenses des officiers, comme aussy des capitaines de bruslot qui ont fait quelque chose d'extraordinaire, vous ne devez pas douter que le Roy ne leur donne à tous des marques de sa satisfaction l,

(An*, de la Mar. Diptch» cmttmant In mmiw, 1676, fol. *&>.)

1 Voir pitre n* fi 99.

Page 1